COMMENT DIAGNOSTIQUER LA LEPTOSPIROSE CANINE - La Semaine Vétérinaire n° 1631 du 22/05/2015
La Semaine Vétérinaire n° 1631 du 22/05/2015

Décryptage

Auteur(s) : Serge Trouillet

La récente publication d’un consensus européen1 sur la leptospirose permet d’exposer les connaissances actuelles sur cette maladie zoonotique, notamment sur les tests MAT et PCR. Avantages et limites de l’un et de l’autre.

Après les examens cliniques et les analyses sanguines et urinaires complémentaires, ces tests sont souvent requis pour confirmer une suspicion de leptospirose. Celui de microagglutination (MAT) sert à détecter les anticorps spécifiques dans le sérum. La polymerase chain reaction (PCR), quant à elle, permet de déceler une partie de l’ADN des leptospires. Ces deux tests sont utilisés de façon courante comme outils diagnostiques disponibles pour les praticiens. Chacun d’eux a ses avantages et ses limites. Leur performance dépend de différents facteurs, comme l’étape de l’infection ou le traitement antibiotique antérieur.

MAT et PCR sont deux tests complémentaires.

MAT : le test de confirmation de référence

La technique MAT fait référence aujourd’hui. Elle est le plus répandu des tests diagnostiques pour la leptospirose aiguë. Cette sérologie met en évidence une infection, quelle que soit l’ancienneté de celle-ci. Toutefois, cela n’apporte pas l’information sur le fait que l’animal soit porteur ou non, car les titres d’anticorps peuvent être en dessous du seuil de détection en cas d’infection chronique.

L’avantage de cette méthode est qu’elle est à la fois qualitative et quantitative : qualitative car des réponses variables pourront être déterminées en fonction des sérovars testés ; quantitative parce qu’un titre plus ou moins élevé sera obtenu pour chacun des sérovars testés. La positivité à un sérovar suggère, en théorie, une exposition à un sérovar appartenant au sérogroupe infectant (pas nécessairement le sérovar testé). Reste que la détermination du sérogroupe est sujette à interprétation et discussion. Pour éviter les faux négatifs, il faudrait que le panel de sérovars testés soit idéalement défini selon les données de prévalence propres à chaque espèce, dans chaque région géographique, afin de ne pas en oublier.

Une deuxième sérologie MAT pour confirmer

La mise en œuvre du test et l’interprétation de ses résultats sont donc délicates. Une difficulté supplémentaire est liée à l’impact de la vaccination, puisque celle-ci induit de la positivité à certains sérovars. La méthode étant quantitative, il est cependant parfois plus facile de distinguer une réponse vaccinale d’une réponse à une infection.

Enfin, dernière contrainte de la MAT, la séroconversion est possiblement tardive : c’est-à-dire qu’avec un prélèvement effectué au début de l’évolution clinique, la réponse sérologique peut s’avérer relativement faible ; d’où la nécessité, et cela a été évoqué aussi pour l’homme, de réaliser une deuxième sérologie pour pouvoir confirmer l’infection et éventuellement approcher le sérovar infectant. C’est ce que recommandent les auteurs du consensus européen, qui ajoutent la nécessité de confronter le résultat avec le passé vaccinal, pour les raisons précédemment évoquées.

PCR : avant un traitement antibiotique

La deuxième technique, la PCR, permet une mise en évidence directe de l’agent pathogène, puisqu’elle détecte une partie de son génome. Les tests disponibles en routine actuellement sont réalisables pour le vétérinaire praticien sur les liquides biologiques ; dans les laboratoires, aujourd’hui, les tests sur le sang et sur l’urine semblent toujours combinés dans le cas du diagnostic chez le chien. La mise en évidence des leptospires peut être aussi réalisée sur les organes tels que le foie et le rein. C’est une méthode sensible et spécifique, pour laquelle la vaccination est sans impact.

Par contre, la réponse du test étant la présence de leptospires pathogènes, le résultat ne permet pas d’identifier ou même d’approcher le sérogroupe infectant. De plus, malgré la sensibilité intrinsèque de la technique, il existe un risque de faux négatif dû à l’antibiothérapie. La PCR peut être, en effet, rapidement négative si le test est réalisé par prélèvement sanguin à la suite de la mise en place de l’antibiothérapie : des faux négatifs, en raison d’une charge bactérienne faible (insuffisante pour positiver la PCR) sont ainsi possibles. À l’inverse, le risque de faux positifs est possible avec la mise en évidence de leptospires dans l’urine chez des animaux porteurs, qui n’ont pas de signes cliniques.

Combiner les deux approches et interpréter avec précaution

La PCR sur les urines est le test de choix pour détecter un portage rénal, qui a été rapporté chez 1,5 à 8 % des chiens non suspectés de leptospirose. Cela montre un portage assez important en l’absence de signes cliniques. Pour autant, en raison d’un manque de données sur la sensibilité, la spécificité et les valeurs prédictives (positives et négatives) des PCR chez le chien, la MAT reste le test de confirmation préféré. La PCR peut être utilisée, associée à la MAT, chez les animaux avec un grand taux vaccinal, parce qu’une vaccination antérieure ne positive pas les résultats de la PCR.

Les auteurs du consensus européen recommandent, d’une part, que le test PCR soit effectué à la fois sur le sang et sur l’urine, et avant un traitement antibiotique ; d’autre part, que ses résultats soient toujours interprétés avec précaution et en association avec ceux de la MAT, en tenant toujours compte du contexte clinique. Combiner les deux approches doit permettre d’affiner, voire de renforcer l’hypothèse de leptospirose chez un chien qui présente des signes cliniques compatibles.

  • 1 Schuller S., Francey T., Hartmann K. et coll. European consensus statement on leptospirosis in dogs and cats. J. Small. Anim. Pract. 2015;56:159-179.

  • 1 Par exemple Witness® Lepto de Zoetis (voir La Semaine Vétérinaire n° 1625 du 10/4/2015, page 26).

TESTS RAPIDES

Le test Elisa (acronyme anglais pour “dosage d’immunoabsorption par enzyme liée”) permet de détecter les classes d’anticorps IgM antileptospires dans le diagnostic spécifique de la leptospirose1. Ses performances ne sont pas optimales, mais il peut faire partie des éléments permettant au clinicien d’étayer sa décision de prise en charge d’un animal en phase immune de la maladie (au-delà du 7e jour). Il peut, en effet, conforter les données cliniques et épidémiologiques recueillies. Pour autant, compte tenu de ses limites, les experts de la Haute autorité de la santé (HAS) précisent (juin 2011) que tout résultat positif ou négatif doit être confirmé par le test de référence MAT. Le test Elisa présente les avantages d’une lecture standardisée et d’une exécution facilitée par l’existence de kits commerciaux. Il est également réalisable par un laboratoire peu équipé et dans un délai court, ce qui est important pour une maladie potentiellement grave, comme la leptospirose.

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