La filière porcine française en mal de compétitivité - La Semaine Vétérinaire n° 1623 du 27/03/2015
La Semaine Vétérinaire n° 1623 du 27/03/2015

Formation

PRODUCTIONS ANIMALES/PORCS

Auteur(s) : Serge Trouillet

Fonctions : Article tiré de la conférence
de Michel Rieu (Ifip, Institut
du porc), lors des journées sciences
du muscle et technologies
des viandes (JSMTV)
à Clermont-Ferrand,
le 4 novembre 2014.

La France est le troisième producteur de porcs de l’Union européenne. Depuis une quinzaine d’années, sa production et sa consommation sont cependant en baisse. Toute la dynamique de la filière s’en trouve affectée. La balance commerciale, négative, se détériore en raison du différentiel entre des exportations de produits bruts et des importations d’autres élaborés, donc de valeur ajoutée. L’élevage souffre d’investissements insuffisants. Par ailleurs, l’augmentation de l’âge moyen des exploitants soulève des interrogations relatives au renouvellement des générations et à l’attractivité du métier.

Le secteur de l’abattage-découpe ne s’est pas restructuré et n’a pas investi à la hauteur de ses principaux concurrents : sa rentabilité se révèle insuffisante. La marge nette de l’industrie charcutière est, quant à elle, affaiblie par la hausse des prix de sa matière première. Il s’agit, par conséquent, pour toute la filière, de retrouver du dynamisme. L’ensemble de ses acteurs doivent définir des stratégies appropriées, soucieuses des attentes de la société, et considérant davantage la demande des consommateurs via des produits mieux adaptés à l’évolution des modes de vie.

UN BILAN DÉGRADÉ

Après une nette hausse entre 1985 et 2000, la production française de porcs s’érode depuis, pour totaliser 2,2 millions de tonnes équivalent-carcasse en 2013. Elle reste la troisième en Europe, après l’Allemagne (5 Mtec) et l’Espagne (3,6 Mtec). L’Union européenne (22 Mtec) devance les États-Unis (10 Mtec), mais la production mondiale (110 Mtec) est assurée pour moitié par la Chine. La consommation est également en baisse. Avec 32 kg équivalent-carcasse par Français et par an (tous produits confondus, frais et transformés), elle diminue par rapport à 2 000 (36 kg.ec), mais demeure la viande la plus consommée en France devant la volaille (26 kg.ec) et la viande bovine (24 kg.ec). Le porc est globalement valorisé dans notre pays à 25 % en viande fraîche (côtes, rôtis, etc.) et 75 % en produits transformés (principalement des charcuteries, très diversifiées).

Si le solde des échanges français de porc est positif en poids (depuis 1995), il est négatif en valeur, en particulier depuis 2006. La France exporte des produits bruts (animaux, carcasses, pièces brutes, abats) et importe des produits plus élaborés (pièces désossées, charcuteries et salaisons), donc de la valeur ajoutée, depuis l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. Par ailleurs, la protection du marché communautaire des importations des pays tiers pourrait être remise en cause avec les accords de libre-échange, en cours de mise en œuvre ou de négociation, avec les États-Unis ou le Canada.

DES INVESTISSEMENTS INSUFFISANTS

Plus de 99 % du cheptel français est détenu par 11 400 exploitations. Celles-ci emploient 2,3 personnes en moyenne, dont 72 % d’actifs familiaux et 28 % de salariés. Depuis une quinzaine d’années, les élevages porcins souffrent d’investissements insuffisants. Le mouvement de modernisation et de restructuration des exploitations a été fortement freiné par un renforcement des contraintes d’applications des règles environnementales et par l’opposition du public à des projets de construction et de modernisation. Il en résulte une détérioration relative des performances des élevages français par rapport à leurs principaux concurrents, notamment danois, néerlandais et allemands.

Toutefois, en raison d’un coût alimentaire contenu et de faibles charges d’amortissement (conséquences d’investissements limités), le coût de production du porc en France reste un des plus faibles de l’Union européenne. Cela explique que le prix perçu par les producteurs se situe aussi parmi les plus bas. La production porcine française est donc compétitive pour le moment, mais sous la menace de détériorations et de baisses si des investissements ne sont pas rapidement réalisés.

L’ensemble des produits en charcuterie-salaison sous Label rouge ne dépasse pas 3 % de la production nationale totale et celle de porcs biologiques, 0,4 %. Le haut de gamme qui provient de races faisant l’objet d’un programme de conservation représente des volumes très limités.

TROP FAIBLE RENTABILITÉ DES OPÉRATEURS INDUSTRIELS

Les abattages contrôlés de porcs ont atteint 23,6 millions de têtes en France métropolitaine en 2013, versus 25,9 en 2000. Les dix premières entreprises (Cooperl Arc Atlantique, groupe Bigard, groupe Gad, etc.), dont certaines possèdent plusieurs abattoirs, concentrent 83 % des abattages nationaux. La société Gad a fermé un de ses deux établissements en 2013 et reste en difficulté actuellement. Quand, dans d’autres pays, les principaux groupes ont renforcé leur leadership, y compris par des acquisitions à l’étranger (Allemagne, Danemark), les restructurations en France ont été limitées ces dernières années.

Le secteur de l’abattage-découpe de porcs souffre d’un déficit de compétitivité par rapport à ses concurrents européens, en raison d’investissements plus faibles en moyenne, de l’automatisation moindre, de la standardisation limitée de l’offre, d’écarts de coût de la main-d’œuvre avec l’Allemagne et l’Espagne. Sa rentabilité insuffisante rend les investissements difficiles, tant industriels que commerciaux, entraînant le secteur dans une spirale d’appauvrissement et de perte de valeur.

En charcuterie-salaison, les 11 sociétés les plus importantes détiennent ensemble 39 % de l’activité en valeur et emploient 35 % des effectifs. Toutefois, 55 % des entreprises comptent encore moins de 50 salariés. Sur le territoire français, la Bretagne et les Pays de la Loire concentrent près de 50 % de la production en volume, versus 40 % en 2000. Dans les dernières années, la marge nette du secteur s’est établie entre 0 et 1 % du chiffre d’affaires, affaiblie par la hausse des prix des pièces de porc destinées à la transformation.

UN INDICATEUR DE COMPÉTITIVITÉ ÉCLAIRANT

L’Ifip, Institut du porc, a élaboré un indicateur de compétitivité, mesurée par 39 variables. Il résume en un seul chiffre une vision de la compétitivité des filières porcines en Europe. Les résultats mettent en évidence le manque de compétitivité de la filière porcine française, qui obtient le score le plus faible (0,29), derrière le Danemark (0,77), l’Allemagne (0,59), les Pays-Bas (0,54) et l’Espagne (0,47). La France n’obtient de résultats corrects qu’en élevage, grâce à des coûts de revient plus faibles. Toutefois, ils sont principalement dus à de moindres amortissements, qui font peser des menaces sur la pérennité des exploitations.

La compétitivité de l’aval de la filière française est en retrait par rapport à celle des autres pays. Malgré des coûts de main-d’œuvre dans la moyenne européenne, la France est pénalisée par de faibles investissements en abattage-découpe, des outils de taille plus réduite que ses concurrents et des opérations moins automatisées, en raison notamment d’une demande très diversifiée de la distribution. Les performances du commerce extérieur sont entamées par l’important déficit en valeur pour les produits du porc.

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