Le syndrome de privation chez le chat - La Semaine Vétérinaire n° 1618 du 20/02/2015
La Semaine Vétérinaire n° 1618 du 20/02/2015

Formation

ANIMAUX DE COMPAGNIE

Auteur(s) : Gwenaël Outters*, Françoise Schwobthaler**

Fonctions :
*praticienne à Carquefou (Loire-Atlantique)

POINTS FORTS

– Le syndrome de privation est un trouble du développement qui induit un défaut d’adaptabilité du chat.

– Le traitement médical se révèle indispensable, souvent sur une longue durée.

– Le propriétaire doit apprendre à décrypter et à comprendre le comportement de son chat. Il réorganisera également son biotope.

– L’animal reste handicapé toute sa vie. Il est susceptible de rechuter lors d’une modification de son biotope.

La nomenclature des maladies comportementales du chat a fait peau neuve et le syndrome de privation n’y a pas échappé. Jadis scindé en syndrome de privation (de stades 1 et 2) et en dépression de privation, il est actuellement dénommé schézipathie ontogénique et syndrome de privation de stade 2. Ce trouble du développement de l’homéostasie sensorielle, bien connu chez le chien, induit des réactions de peur (fuite, évitement, agression) face à un ou des stimuli plus ou moins identifiables et perturbe à terme la capacité du chat à s’adapter à son biotope. Il est le résultat d’un développement dans un milieu hypostimulant par rapport au cadre de vie ultérieure.

SÉMIOLOGIE

Schézipathie ontogénique

Diagnostic nosographique, ce terme caractérise des réactions de peur intense, qui trouvent leur origine au cours du développement (ontogénique) vis-à-vis de certains individus provoquant un trouble de la relation (préfixe schézi-). Dès le plus jeune âge, le chat doit être sociabilisé vis-à-vis des espèces qu’il côtoiera ultérieurement et cette sociabilisation doit être entretenue. À défaut, le félin développera des réactions phobiques et anxieuses lorsqu’il rencontrera des membres non familiers de cette espèce. Certains chats, par un processus d’habituation, réussiront cependant à se familiariser avec quelques personnes de leur entourage, sans que ce soit généralisable.

Cette maladie se rencontre particulièrement chez les chatons de cage, sauvages ou de ferme, adoptés en famille. Il existe cependant une vulnérabilité individuelle, une intervention probable de la génétique ou du tempérament. Néanmoins, elle résulte toujours d’une inadéquation avec le milieu de vie future, parfois aggravée par des relations inadaptées (punitions, cris, etc.) avec les propriétaires.

À l’état phobique, les symptômes observés sont ceux de la peur caractérisés par des manifestations organo-végétatives (mydriase, salivation, diarrhée, tachycardie, vidange des glandes anales, mictions émotionnelles, sudation des coussinets) et comportementales (fuite, agression, inhibition). L’évolution se fait vers l’état d’anxiété intermittente (“stress chronique”), lorsque le chat se trouve dans l’impossibilité de se soustraire à l’espèce humaine. Il présente alors des signes cliniques de type diarrhée chronique ou cystite interstitielle et des manifestations comportementales marquées par une augmentation des agressions par peur et par irritation (“chat caressé-mordeur”) et de la malpropreté généralisée.

Syndrome de privation de stade 2

L’anxiété permanente est caractéristique de ce stade, en particulier chez des chats sensibilisés à des stimuli sonores, depuis toujours ou à l’occasion de travaux et à une augmentation du niveau de bruit de l’habitation. L’alopécie extensive et des activités de substitution (boulimie) dominent le tableau clinique. L’obésité et l’hypersomnie sont également notées, même si elles sont rarement remarquées par le propriétaire.

PRONOSTIC

Les schézipathies ontogéniques peuvent se stabiliser par la création d’un lien d’hyper-attachement entre le chat et un membre de la famille patient et rassurant. Cette situation est cependant précaire et l’animal peut rechuter à l’arrivée d’une autre personne dans le foyer ou d’une hospitalisation, par exemple.

Du stade 2 peut découler un état dépressif, notamment avec l’âge, traduit par des troubles du sommeil et de l’alimentation et par un arrêt du toilettage (bourres de poils).

TRAITEMENT

Chimiothérapie

La médication est importante : elle doit être précoce et au long cours. L’utilisation de psychotropes, choisis comme toujours selon les caractéristiques symptomatiques, permet de stabiliser l’état émotionnel et de favoriser l’habituation.

Lors d’inhibition, d’évitement, de léchage et/ou de diarrhée émotionnelle, la sélégiline à 1 mg/kg est indiquée. La clomipramine (0,25 à 0,5 mg/kg) vise davantage les troubles du sommeil, la malpropreté (effet anticholinergique) et l’alopécie extensive (signe d’anxiété permanente). La fluoxétine produit de bons résultats lors de conduite agressive (1 à 2 mg/kg). L’α-casozépin a, quant à elle, révélé une excellente efficacité à la posologie de 15 mg/kg lors de schézipathies ontogéniques. La phéromonothérapie (fraction F3) est un outil de tous les états anxieux marqués par une diminution du champ d’exploration et une absence de marquage facial.

Thérapie comportementale

Chez le chat, la thérapie comportementale du syndrome de privation est plus limitée et plus simple que chez le chien. Elle s’organise principalement autour du biotope, qu’il convient de réorganiser afin d’offrir des zones d’apaisement, en hauteur ou cachées. L’accès et la distribution de la nourriture sont correctement organisés.

Le propriétaire doit apprendre à créer un lien d’attachement par une manipulation et des caresses douces, non forcées, et l’initiation de jeux. L’habituation est un phénomène long et le maître devra faire preuve de patience et de persévérance. Il doit également être capable de repérer les signes précurseurs de l’agression : le praticien identifiera les séquences à partir des descriptions des propriétaires.

La privation sensorielle (sociabilisation, homéostasie sensorielle) au cours du développemen induisan u défaut d’adaptabilité du chat constitue toute sa vie un handicap et les symptômes sont modulés selon les modifications du biotope.

L’adéquation entre le milieu de développement et celui de vie future est une règle d’or à l’adoption d’un chaton afin d’éviter l’apparition d’un syndrome de privation.

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