Réactivation de la cellule de veille sanitaire vétérinaire des boues d’épuration urbaines - La Semaine Vétérinaire n° 1616 du 06/02/2015
La Semaine Vétérinaire n° 1616 du 06/02/2015

Formation

PRODUCTIONS ANIMALES/BOVINS

Auteur(s) : Élodie Adamczyk*, Laurence Tavernier**, Stéphane Queffélec***

Fonctions :
*Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires à Marcy-L’Étoile (Rhône)
**Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires à Marcy-L’Étoile (Rhône)
***Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires à Marcy-L’Étoile (Rhône)

La mise en place des stations d’épuration des eaux résiduaires urbaines a constitué un véritable tournant dans la lutte contre la pollution des rivières. Le traitement et l’épuration de ces eaux usées (domestiques, pluviales, etc.) a pour objectif l’obtention d’une eau épurée, rejetée dans les cours d’eau, et de boues résiduaires qui concentrent les éléments polluants et leurs produits de transformation. Environ dix millions de tonnes de ces boues sont produites chaque année en France, soit un million de tonnes de matière sèche, dont 48 % sont des boues d’origine urbaine. Elles contiennent de nombreux fertilisants et amendements : particules minérales (argiles, carbonates), débris organiques grossiers (résidus végétaux), biomasse forte (résidus cellulaires, bactéries, etc.), constituants organiques et minéraux solubles. Leur épandage permet de réincorporer des éléments dans les cycles de production agricole et de diminuer l’apport de fertilisants minéraux classiques. Il s’agit donc d’une solution économique intéressante pour recycler les déchets urbains tout en mettant à profit leurs propriétés.

NÉCESSITÉ DE MAINTENIR UNE VIGILANCE

En raison de leur origine (matière fécale humaine pour l’essentiel), les boues d’épuration urbaines peuvent contenir des contaminants de nature diverse et des composés indésirables. Il convient de distinguer les risques sanitaires biologiques des risques sanitaires toxicologiques.

Les risques sanitaires biologiques sont liés à la présence d’organismes pathogènes : des bactéries (Salmonella, Campylobacter, Escherichia coli, etc.), des virus souvent à tropisme digestif (Rotavirus, par exemple), des protozoaires (agents responsables de cryptosporidiose, giardiose, toxoplasmose, entre autres) et des helminthes (Trichuris, Taenia saginata, etc.).

Les risques sanitaires toxicologiques sont liés à la présence d’éléments traces métalliques (ETM) tels que le plomb, le mercure, le cuivre, le chrome et le cadmium, de composés traces organiques (CTO) tels que les polychlorobiphényles (PCB), les dioxines (PCDD) et les furanes (PCDF), et de polluants émergents (résidus pharmaceutiques, perturbateurs endocriniens).

Dans l’optique de maîtriser les risques sanitaires, le législateur s’est doté d’un dispositif réglementaire rigoureux définissant les bonnes pratiques d’épandage, ainsi que les limites quantitatives pour un certain nombre de ces contaminants – des micro-organismes pathogènes (salmonelles, entérovirus, œufs d’helminthes) – et quelques ETM et CTO.

En complément de ces précautions réglementaires, il est indispensable d’instaurer une veille sanitaire pour s’assurer que la sécurité de l’environnement, des animaux et des hommes est ainsi garantie de manière efficace.

OBJECTIFS DE LA RELANCE DE LA CELLULE DE VEILLE SANITAIRE

La réactivation de la cellule de veille sanitaire a pour objectif de remettre en place une surveillance des populations animales, “sentinelles” de la santé de l’homme et de l’environnement, vis-à-vis de l’usage des boues d’épuration urbaines. Il s’agit donc :

→ de recenser les intoxications ou les contaminations pouvant être liées à l’utilisation des boues d’épuration sur les aires de pâturage ou les cultures fourragères ou céréalières ;

→ d’apporter une aide au diagnostic et à la détermination des vraies causes sanitaires lorsque la responsabilité des boues a pu être écartée ;

→ de permettre un retour d’expérience en enregistrant les renseignements liés à la pratique de terrain.

Si, pour la très grande majorité des cas rapportés à la cellule de veille sanitaire depuis sa création en 1997, la responsabilité des boues d’épuration a pu être exclue, la relance de la cellule est nécessaire pour maintenir la vigilance dans les opérations d’épandage.

FONCTIONNEMENT

La cellule de veille sanitaire est installée au sein du Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires (CNITV) de Lyon (Rhône), qui a mis en place une permanence téléphonique (heures de bureau) dédiée aux problèmes liés aux boues d’épuration. Les appels qui interviennent en dehors des horaires sont consignés par des étudiants vétérinaires spécialement formés, puis traités le jour ouvré suivant par les permanents.

Chaque cas fait l’objet d’un dialogue avec le demandeur (éleveur, vétérinaire, etc.) afin, d’une part, d’évaluer la responsabilité des boues d’épuration, d’autre part, d’apporter des informations sur la conduite à tenir (prélèvements), et d’une retranscription dans une base de données informatique dédiée.

La cellule de veille sanitaire effectue annuellement une synthèse des cas recensés, notamment pour mettre en évidence des facteurs de risque éventuel, et proposer des mesures préventives nouvelles, plus précises ou mieux adaptées.

Les données ainsi récoltées sont exploitées dans l’optique d’une diffusion des connaissances acquises auprès des professionnels de la filière, tels que les vétérinaires praticiens, les directions départementales de la protection des populations (DDPP) et les groupements de défense sanitaire (GDS). L’information, synthétisée et diffusée, concerne l’estimation du risque sanitaire associé à l’épandage agricole de boues d’épuration urbaines et les enseignements tirés des accidents étudiés, l’objectif étant d’améliorer les pratiques pour diminuer le risque d’incident.

Que faire lors d’accident sanitaire susceptible d’être lié à l’épandage de boues d’épuration ?

En premier lieu et dans tous les cas, l’éleveur doit contacter son vétérinaire traitant. Celui-ci peut alors signaler le cas à la cellule de veille sanitaire et en faire une première évaluation. Il se charge également de la réalisation ou de la délégation de tout examen complémentaire (y compris l’autopsie lors de mort de l’animal) qu’il jugerait nécessaire ou qui lui aurait été conseillé par la cellule de veille sanitaire. Il se met donc en relation avec le ou les laboratoires compétents pour transmettre les informations et les prélèvements requis. Au besoin, la cellule de veille sanitaire aiguille le vétérinaire dans la recherche de laboratoires en fonction des analyses souhaitées.

En règle générale, les prélèvements à effectuer dans les délais les plus courts sont les suivants :

→ échantillons de boues suspectées ;

→ échantillons de sol ou de fourrage ;

→ recueil chez les animaux, pour les recherches :

– toxicologiques : foie, rein, contenu stomacal ;

– microbiologiques et parasitaires : selon les orientations diagnostiques, cliniques et nécropsiques.

Les conditions de conservation et d’acheminement sont définies avec le laboratoire choisi. Sauf exception, les prélèvements pour les recherches toxicologiques peuvent être congelés, ceux pour les recherches microbiologiques et parasitaires sont systématiquement réfrigérés, et non congelés.

À partir des données recueillies, le CNITV rédige un rapport sur le cas concerné. Cette synthèse conduit à l’évaluation de la relation entre l’épandage et l’accident.

ÉLÉMENTS REQUIS LORS DE SUSPICION D’UN ACCIDENT SANITAIRE LIÉ AUX BOUES D’ÉPURATION

Pour toute suspicion d’intoxication ou de contamination animale pouvant être liée à l’utilisation des boues d’épuration, contactez la cellule de veille sanitaire :

Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires (CNITV)

1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-L’Étoile

Tél. : 04 78 87 45 85, cnitv@vetagro-sup.fr

en fournissant les informations suivantes :

→ Description de l’élevage concerné :

– contact avec l’éleveur, et éventuellement le conseiller agricole et le technicien du contrôle laitier ;

– niveau de technicité ;

– situation sanitaire avant l’accident (historique).

→ Données cliniques :

– date d’apparition de la maladie ;

– personne ayant observé les symptômes ;

– vétérinaire ou technicien contacté ;

– description clinique ;

– prélèvements effectués et analyses réalisées (nom du laboratoire).

→ Caractérisation de la station d’épuration et des boues :

– taille nominale/charge raccordée : nature et importance des flux non domestiques ;

– type de station : modalités de traitement des eaux et des boues (notamment stabilisation, épaississement et déshydratation, traitement complémentaire tel que chaulage ou compostage) ;

– état physique des boues : mode de stockage, capacité, durée maximale ;

– production annuelle des boues : tonnes brutes et pourcentage de matière sèche (MS), tonnes de MS ;

– maître d’ouvrage : nom d’un responsable, adresse, nos de tél. et de fax ;

– exploitant de la station d’épuration : nom d’un responsable, adresse, nos de tél. et de fax ;

– localisation géographique de la station d’épuration.

→ Description de l’organisation mise en place pour l’épandage des boues :

– plan d’épandage visé par l’autorité préfectorale ; date du visa ;

– suivi des épandages ; par qui ;

– chambre d’agriculture et/ou bureau d’études (BE) ;

– période d’épandage prévue dans le plan ; date effective d’épandage ;

– cheminement des boues de la station d’épuration à la parcelle et matériels en jeu ;

– préstockage sur site ; nature des aménagements ; rétention des lixiviats ; topographie ;

– personne ou organisme mandaté pour réaliser les épandages.

→ Description des circonstances dans lesquelles l’accident a pu se produire :

– date de production des boues et durée de stockage avant épandage ;

– modalités d’épandage : nom et localisation de la parcelle ; qui a fait l’épandage ; quand (date) ; avec quel matériel ; à quelle dose ;

– état de la végétation lors de l’épandage : herbe haute, herbe rase ; de la boue séchée adhérait-elle à l’herbe ;

– circonstances climatologiques lors de l’épandage et après épandage ;

– dates et modalités de contact des animaux avec la boue : pâturage, fourrage, etc.

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