« Si le consommateur n’a plus confiance, il faut en tirer les conséquences » - La Semaine Vétérinaire n° 1553 du 27/09/2013
La Semaine Vétérinaire n° 1553 du 27/09/2013

Entretien avec Jean-Pierre Kieffer

Dossier

Quel regard global portez-vous sur le rapport d’information sur la filière viande en France et en Europe ?

Je salue l’écoute des membres de cette mission sénatoriale. Ce rapport est très documenté. Les sénateurs ont entendu toutes les personnes concernées, les religieux, les distributeurs, les associations de protection animale, etc. Je félicite les deux sénatrices, Sylvie Goy-Chavent et Bernadette Bourzai qui ont accompli un travail énorme. Elles ont toujours gardé leur sérénité et un certain recul face à des personnes parfois agressives. Fille d’éleveur, Sylvie Goy-Chavent a rempli cette mission dans le respect de l’animal. Elle aborde avec sincérité le sujet de la protection animale et le métier d’éleveur, et apporte toute sa crédibilité.

La proposition 39 qui vise à instaurer un étiquetage obligatoire du mode d’abattage, selon des modalités non stigmatisantes, a suscité une vive polémique. Dans ce contexte, pensez-vous qu’elle puisse recueillir un écho positif ?

Le climat politique est actuellement difficile. Je crains que certains sujets ne se politisent en effet. Du point de vue du respect du consommateur et de l’animal, cette proposition me paraît pertinente. Certes, elle a été vivement contestée par des responsables religieux, ce qui risque d’influencer les politiques. La rapporteure a même été la cible de menaces de mort sur les réseaux sociaux ! Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, s’était engagé, il y a un an lorsque nous l’avions rencontré, à être un fervent défenseur de la laïcité. Si le gouvernement a demandé une mission et qu’il enterre le rapport, cela démontrera qu’il ne souhaite pas agir. Envisagera-t-il une étude de faisabilité économique ? A-t-on une idée du nombre de consommateurs qui refuseraient de consommer de la viande si l’animal n’était pas abattu sans étourdissement ? Si le ministre de l’Agriculture ne donne pas suite à ces propositions, une minorité aura alors imposé ses règles à l’ensemble des consommateurs. Et pourtant, le scandale de la viande de cheval nous rappelle que si le consommateur n’a plus confiance, il faut en tirer les conséquences qui s’imposent. En outre, je retiens un encadrement de l’abattage rituel et non une interdiction, donc cette solution de l’étiquetage ne peut que satisfaire les deux parties, le consommateur et les religieux. Pour les associations de protection animale, c’est le minimum !

Ne craignez-vous pas que ce rapport finisse au rang d’autres rapports étayés, mais dont les concrétisations se sont faites rares ?

Il présente l’intérêt de faire réfléchir, comme c’était le cas des rencontres Animal et société, même si l’on peut déplorer l’absence de suivi concret de la commission du Grenelle de l’animal. Sylvie Goy-Chavent a déjà déposé une proposition de loi sur l’étiquetage du mode d’abattage, donc c’est un espoir. Elle fait d’ailleurs écho à la réflexion européenne en cours : un rapport de la Commission européenne est attendu sur cette question de l’étiquetage d’ici à la fin de l’année. Rappelons néanmoins que la Pologne a confirmé récemment qu’elle interdisait l’abattage sans étourdissement.

Mais c’est aussi un mal bien français : d’autres textes peinent à être appliqués. Le 15 octobre prochain, c’est l’Aïd-el-Kébir, et sur des sites internet ouverts spécialement pour cette occasion, le constat sera fait que certains opérateurs n’auront pas l’agrément spécifique de la dérogation à l’obligation d’étourdissement prévu par les textes. Le ministère de l’Agriculture trompe le public, les textes ne sont pas appliqués !

La proposition d’augmenter le nombre d’agents et de vétérinaires inspecteurs est-elle réalisable ?

Disposer d’un contrôle vétérinaire renforcé au poste d’abattage est une bonne mesure demandée d’ailleurs par l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) dans un rapport rendu public en mai 2013. En effet, dans les abattoirs, les agents sont à l’inspection des carcasses, mais rarement sur les postes de mise à mort de l’animal. Réorganiser les équipes n’induit pas un coût supplémentaire, il serait ainsi pertinent de réorienter les effectifs et de disposer d’un vétérinaire pour le poste d’abattage.

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