Occlusion intestinale chez un lapin - La Semaine Vétérinaire n° 1549 du 30/08/2013
La Semaine Vétérinaire n° 1549 du 30/08/2013

Formation

NAC

Auteur(s) : MARIANNE VERRY*, SAMUEL SAUVAGET**, EMMANUEL RISI***

Fonctions :
*praticien au CHV Atlantia à Nantes (Loire Atlantique).
**praticien au CHV Atlantia à Nantes (Loire Atlantique).
***praticien au CHV Atlantia à Nantes (Loire Atlantique).

POINTS FORTS

– La mesure de la glycémie chez le lapin est un examen complémentaire intéressant en cas d’arrêt du transit. Un lapin dont la glycémie atteint au moins 3,5 à 4 g/l est fortement suspect d’occlusion intestinale. Le traitement de choix est alors l’entérotomie.

– Une glycémie inférieure à ces valeurs oriente plutôt vers un traitement médical, alliant gestion de la douleur et stimulation du péristaltisme.

– Le traitement de soutien des fonctions vitales et la gestion de la douleur en phases peropératoire et postopératoire, ainsi que la surveillance de la reprise du transit, sont des facteurs clés de réussite du traitement chirurgical d’une occlusion intestinale.

CAS CLINIQUE

Anamnèse

Un lapin tête de lion mâle castré, âgé de quatre ans, est présenté en consultation pour une apathie, une anorexie et un arrêt du transit depuis environ 12 heures. L’animal a déjà été vu, un mois et demi plus tôt, pour un ralentissement du transit, malgré un bon état général. Il était alors en pleine mue et avait reçu un traitement symptomatique (métoclopramide et méloxicam), sans pour autant être hospitalisé.

Examen clinique

À son arrivée, le lapin est légèrement apathique, mais toujours alerte et capable de se déplacer. Il est en hypothermie modérée (température de 36,8 °C) et normohydraté. Il n’a ni mangé ni fait de fèces depuis une quinzaine d’heures. À la palpation, l’estomac est volumineux et rempli de liquide. Le reste de l’examen clinique est normal.

Examens complémentaires

Le transit est ralenti ou arrêté depuis moins de 24 heures. Les hypothèses d’iléus gastro-intestinal, de stase gastrique ou d’occlusion intestinale sont envisagées. Pour affiner le diagnostic, une mesure de la glycémie, ainsi que des radiographies abdominales (de face et de profil) et une échographie abdominale sont réalisées.

La glycémie est de 3,85 g/l.

Les clichés radiographiques de face et de profil montrent un estomac extrêmement dilaté, rempli de liquide, avec une bulle d’air au milieu. Les intestins n’apparaissent pas dilatés par de l’air (voir photo 1). L’hypothèse d’une occlusion du tube digestif proximal est donc favorisée. L’échographie permet d’observer un corps étranger situé dans le duodénum descendant (voir photo 2).

Traitement chirurgical

À la suite des examens complémentaires et du diagnostic d’occlusion, le traitement médical ne semble pas envisageable. Comme l’état général du lapin est correct, une entérotomie est décidée sans délai.

L’animal reçoit en prémédication du midazolam (0,5 mg/kg, par voie intramusculaire) et de la buprénorphine (0,05 mg/kg, par voie sous-cutanée), puis l’induction et l’entretien de l’anesthésie sont assurés par l’isoflurane (au masque à 5 %, puis par intubation à 2,5 %).

Une sonde naso-gastrique permet l’aspiration d’environ 60 ml de contenu stomacal liquide. Après une tonte abdominale large et une désinfection à la chlorhexidine (savon et solution), l’animal est installé au bloc opératoire et placé sous monitoring (électrocardiogramme et capnographie). Une perfusion de NaCl au débit de 10 ml/kg/h est injectée pendant toute l’intervention, via un cathéter 24 G posé à la veine céphalique.

Une laparotomie de 5 cm, centrée sur l’ombilic, est réalisée avec une lame de 11. Le duodénum descendant est extériorisé sur 5 cm environ autour du corps étranger et posé sur des compresses humides. Une congestion est visible sur 2 cm en amont et à la hauteur du corps étranger, mais aucun signe de nécrose n’est décelé. L’assistant du chirurgien repousse le contenu intestinal et saisit l’intestin entre deux doigts, de part et d’autre du corps étranger (voir photo 4). Une incision longitudinale de 1 cm est réalisée en partie saine et le corps étranger, un trichobézoard, est extrait avec une pince mousse (voir photo 5). L’incision est suturée par cinq points simples avec du fil monofilament résorbable 5-0 (voir photo 6), puis l’étanchéité de la suture est testée en poussant le contenu intestinal le long du duodénum. L’omentum est utilisé pour recouvrir la plaie. Les instruments, les gants et les champs chirurgicaux sont changés entre les temps septique et aseptique. La ligne blanche est suturée avec du fil tressé résorbable 4-0. Enfin, un surjet intradermique est réalisé à l’aide d’un monofilament résorbable 4-0.

Suivi

Le réveil s’effectue dans une couveuse maintenue entre 28 et 30 °C, avec un débit de perfusion de 3 ml/kg/h. Un traitement antibiotique, à base de métronidazole (20 mg/kg, per os, deux fois par jour) et d’enrofloxacine (10 mg/kg, par voie sous-cutanée, deux fois par jour), est mis en place pendant dix jours. La douleur est gérée avec de la buprénorphine (0,05 mg/kg, à la demande). Le lapin mange de façon spontanée dès le lendemain de petites quantités de foin et d’endives. Pour compléter l’apport énergétique, il est gavé pendant les 48 premières heures postopératoires (15 à 20 ml d’Oxbow Critical Care®, trois fois pas jour à la seringue). Quelques fèces, petites mais formées, sont alors observées. 48 heures après l’opération, la glycémie a chuté à 1,24 g/l. Le lapin est rendu à ses propriétaires, avec un bon état général cinq jours après la chirurgie. Deux semaines plus tard, l’animal a retrouvé un bon état général, ainsi qu’un transit et un appétit normaux.

DISCUSSION

Intérêt de la mesure de la glycémie

La mesure de la glycémie chez le lapin est un examen complémentaire intéressant en cas d’arrêt de transit, car elle augmente avec la douleur et l’atteinte digestive. Lorsque son taux atteint au moins 3,5 à 4 g/l, une occlusion intestinale est à suspecter fortement. Le pronostic est alors réservé, voire sombre, car le traitement est chirurgical et la mortalité périopératoire ou postopératoire élevée. En effet, les lapins arrivent souvent en état de choc ou affaiblis et, même si l’intervention est une réussite et que l’animal se réveille, la reprise du transit dans les heures qui suivent est délicate.

Traitement

Dans tous les cas, si le propriétaire souhaite tenter le traitement chirurgical, l’état de choc éventuel doit être géré en priorité, en perfusant le lapin à un débit minimal de 10 ml/kg/h avec du sérum physiologique tiédi et en le réchauffant à l’aide d’un tapis chauffant et/ou d’une soufflerie d’air chaud. Une glycémie inférieure à 3,5 g/l chez un lapin qui présente un arrêt du transit incite à tenter, en première intention, un traitement médical, en cage d’hospitalisation si l’état général est déjà dégradé ou à domicile si l’animal est en forme. Ce traitement vise à réchauffer et à réhydrater le lapin en cas de besoin, à réduire la douleur (buprénorphine +/– méloxicam) et à stimuler le péristaltisme (métoclopramide). Ensuite, si l’iléus est gazeux, il convient de gaver l’animal, généralement anorexique. En revanche, si la stase digestive est pleine, du jus de fruit ou de l’eau est donné avant un massage doux de l’estomac et des intestins, visant à en déliter le contenu et à faire repartir le transit.

Étiologie

Les causes d’iléus chez le lapin sont nombreuses et difficiles à identifier précisément. Toute source de stress peut entraîner cet état, comme un transport, l’introduction d’un autre animal ou encore l’enfermement prolongé sans possibilité de se déplacer librement au quotidien. Une douleur, quelle qu’en soit l’origine, peut également provoquer un ralentissement, voire un arrêt du transit.

Les troubles digestifs ont parfois aussi une origine iatrogène, par exemple à la suite de l’administration d’antibiotiques pendant une trop longue période ou avec une molécule délétère pour la flore intestinale. Par ailleurs, l’ingestion par le lapin de certains végétaux en grande quantité (notamment le chou) ou d’herbe très humide peut provoquer des fermentations, capables de perturber le transit.

Enfin, les races à poils longs sont particulièrement sujettes à l’ingestion de quantités importantes de poils qui, en se compactant, forment des trichobézoards, surtout en période de mue.

Les photographies de cet article sont des captures d’écran du film réalisé lors de l’intervention chirurgicale.

Pour en savoir plus

→ Jenkins J.R. Section II : Rabbits, chapter 21 : Soft tissues surgery. In : Quesenberry K.E., Carpenter J.W., eds, Ferrets, rabbits and rodents : clinical medicine and surgery. 3rd ed. St Louis : Saunders Elsevier ; 2012 : 273-274.

→ Harcourt-Brown F.M., Harcourt-Brown S.F. Clinical value of blood glucose measurement in pet rabbits. Vet. Record. 2012 Jun 30 ; 170(26) : 674.

→ Mehler S.J. Chapter 17 : Common surgical procedures. In : Meredith A., Flecknell P.A., eds, BSAVA manual of rabbit medicine and surgery. 2nd ed. Gloucester : British Small Animal Veterinary Association ; 2006 : 175-176.

→ Harcourt-Brown F. Chapter 10 : Digestive disorders. In : Harcourt-Brown F., Textbook of rabbit medicine. London : Elsevier ; 2004 : 249-291.

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