LA SAGA DES MAKIS DE M’BOUZI À MAYOTTE - La Semaine Vétérinaire n° 1511 du 12/10/2012
La Semaine Vétérinaire n° 1511 du 12/10/2012

REPORTAGE

À bord d’une petite vedette, 7 bénévoles de l’association Maecha Komba na Zoumbe (MKZ) quittent le port de plaisance de Mamadzou, direction Shissiwa M’Bouzi (l’îlot des Cabris, en shimaoré, la langue locale). Situé à égale distance entre Petite-Terre et Grande-Terre, ce petit îlot est le théâtre d’une polémique qui agite Mayotte depuis plusieurs mois. Plusieurs associations se querellent sur le sort à réserver à une colonie de makis, les lémuriens locaux. Si le sujet semble dérisoire au vu de la situation économique et sociale de Mayotte, il en va tout de même de la survie de plusieurs centaines d’individus.

L’équipe de MKZ débarque sur une plage, avec pour objectif la poursuite de la campagne de contraception des femelles, afin de stabiliser la population des makis. « Le but est de limiter leur nombre sur l’îlot, explique Christian Schuler, le vétérinaire bénévole de l’association. Nous essayons donc de trouver des solutions concrètes, de façon à retrouver un équilibre écologique convenable. » Dès leur arrivée, des makis se précipitent, attirés par les bananes destinées à faciliter la capture des plus récalcitrants. Certains ont une partie de la queue rasée, signe que ce sont des femelles qui ont déjà été stérilisées.

Une population en augmentation constante

C’est en 1997 que l’histoire commence, quand Brigitte Gandon fonde Terre d’asile, une association qui se charge de récupérer les makis blessés ou abandonnés par des particuliers sur Grande-Terre. Mais, rapidement, leur nombre dépasse les limites du supportable pour le voisinage (nuisances sonores et olfactives). Brigitte Gandon doit se résoudre à trouver d’urgence une solution. Elle demande alors l’autorisation de transférer son activité sur l’îlot M’Bouzi, un lieu préservé de 84 hectares, recouvert d’une végétation diversifiée (forêt sèche, mangrove, etc.). Sans réponse des autorités, elle prend la décision d’installer un dispensaire dans l’ancienne léproserie et d’y emmener une vingtaine de makis. Durant des années, Terre d’asile gère ainsi l’îlot et ses makis… « Mais jamais personne n’a pensé à rapatrier les lémuriens sur leur lieu de recueil, comme cela se fait dans un centre de soins de la faune sauvage, explique Franck Charlier, président de MKZ. Du coup, la population n’a cessé d’augmenter et, début 2011, 730 lémuriens étaient officiellement recensés ! » Un nombre qui inquiète l’association Les Naturalistes de Mayotte1, chargée de la gestion de l’îlot (devenu une réserve naturelle en 2003) depuis le départ de Brigitte Gandon et de Terre d’asile.

Une euthanasie programmée

Mais, début 2012, un document d’une trentaine de pages, écrit conjointement par le gestionnaire et la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Mayotte, évoque l’euthanasie des makis de l’îlot. Avec toutefois la volonté de préserver 120 à 180 individus pour « éviter toute levée de bouclier de la part de l’opinion publique » ! Ce rapport explique même les méthodes à utiliser et leur impact financier : « Le tir avec arme à feu représenterait un coût de 2 480 à 3 500 €, l’injection létale un coût de 48 000 €. L’empoisonnement par la nourriture serait plus économique. » Plus fort encore, ce document d’un service de l’État précise que « l’idéal serait d’éliminer les cadavres en haute mer où la décomposition serait rapide et la pollution nulle »… Rappelons que le maki brun est une espèce protégée par la Convention de Washington !

La riposte s’organise

Une mobilisation s’ensuit, notamment avec MKZ qui alerte la presse locale, mais aussi des fondations (Brigitte Bardot, 30 Millions d’amis, etc.). Le résultat ne se fait pas attendre : « La fondation BB nous a donné un budget pour une campagne de contraception, ainsi que pour le marquage des lémuriens, précise Franck Charlier. Elle nous a aussi aidés à trouver des zoos prêts à accueillir les primates et à payer les frais de quarantaine, de vaccin et de transport vers la métropole. »

Mais coup de théâtre, en mai dernier, plus de 60 makis sont retrouvés morts : « Nous soupçonnons un empoisonnement. Par qui, pourquoi ? », s’interroge Franck Charlier. Une plainte est déposée. « Rien n’indique que ces lémuriens morts proviennent de la réserve (…). Aucune trace de mort-aux-rats n’a été retrouvée par le laboratoire Biolytics de l’école vétérinaire de Lyon », déclare l’association des Naturalistes, discréditant ainsi MKZ. L’enquête suit son cours…

Quoi qu’il en soit, l’équipe continue sa mission. « D’abord, les lémuriens, nourris artificiellement par Terre d’asile, doivent retrouver leur instinct sauvage. Puis il faudrait limiter à 200 le nombre de lémuriens sur l’îlot. Ensuite, la régulation se fera naturellement », estime le vétérinaire Christian Schuler.

Une chose est certaine, c’est que le projet d’euthanasie des makis, choquant, a mis en exergue la constante et inquiétante diminution de la population des makis à Mayotte. Et qui sait si M’Bouzi ne deviendra pas, dans quelque temps, l’unique sanctuaire pour ce petit primate ?

  • 1 Cette association n’a pas souhaité exposer sa vision du problème. Seul un e-mail nous est parvenu avec les rapports.

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