Empathie et douceur entourent une euthanasie - La Semaine Vétérinaire n° 1509 du 28/09/2012
La Semaine Vétérinaire n° 1509 du 28/09/2012

Dossier

Auteur(s) : STÉPHANIE PADIOLLEAU

L’euthanasie d’un animal, a fortiori de compagnie, ne se conçoit pas comme une consultation ordinaire. Affaire de sensibilité, d’expérience, de contact avec le client, près d’un millier de confrères et de consœurs ont participé à notre enquête sur cet acte bien particulier.

En général, c’est toujours après une euthanasie qu’on reçoit des chocolats, jamais parce qu’on a bien soigné un animal. Allez comprendre ! » Bonne illustration du paradoxe constitué par l’acte d’euthanasie : offrir une belle mort est une situation qui valorise considérablement les vétérinaires. Lorsque leurs clients en parlent, c’est pour souligner l’empathie du praticien et de son équipe, leur humanité, leur gentillesse, leur disponibilité, mais aussi et surtout la douceur avec laquelle l’acte est réalisé (voir graphique 1). Les reproches et les litiges sont rares, réservés à des situations vécues difficilement par les propriétaires ou liés à des explications insuffisantes ou mal comprises : « La voie intracardiaque et les difficultés pour trouver une bonne veine sont mal vécues », « la façon dont on dispose l’animal sur la table compte, mieux vaut éviter de le porter la tête branlante », « les trémulations neuromusculaires post-mortem, les spasmes agoniques, le fait que l’animal ne ferme pas les yeux lorsqu’il est anesthésié ou mort » sont autant de sources d’incompréhension pour les maîtres. Du point de vue des confrères, « certaines personnes restent dignes, d’autres font des scènes incroyables ». « Le problème est qu’il n’est pas toujours évident de poser un cathéter à un chat difficile ou à un chien agressif, surtout quand le propriétaire exige d’être présent. Dans ce cas, je réalise une injection intramusculaire et propose au client de rester jusqu’à l’endormissement de l’animal, mais c’est parfois long, surtout quand il reste auprès de son animal à lui parler et à le stimuler », souligne l’un d’eux.

UN ACTE COURANT EN CANINE

Avec une répartition annuelle (voir graphique 2) variable pour 44,3 % des répondants, ou à peu près régulière (41,9 %) selon les clientèles, l’euthanasie est une constante de la pratique canine. Un praticien sur deux y a recours entre 5 et 10 fois par mois, soit au moins 1 ou 2 fois par semaine (voir graphique 3), et 2,5 % quasiment tous les jours ! Fait intéressant, la différence entre les hommes et les femmes est significative, pour ceux qui euthanasient peu (moins de 5 fois par mois) comme pour ceux qui euthanasient beaucoup (plus de 10 fois, voir graphique 5). Cela semble montrer que les hommes euthanasient un peu plus que les femmes : plus grande facilité masculine à jouer de la vitamine T ou simple conséquence d’une durée du travail inférieure (temps partiel) des consœurs qui les expose moins ? Difficile à dire : les clients choisissent parfois de faire appel à un autre vétérinaire que leur praticien habituel pour administrer la dernière injection, alors que d’autres n’envisageraient jamais d’en changer.

L’expérience ou le statut libéral ou salarié n’ont pas d’effet significatif sur la fréquence des euthanasies.

LA SANTÉ DE L’ANIMAL COMME MOTIF MAJEUR

L’état de santé motive la demande des propriétaires dans 92 % des cas, et c’est aussi le motif pour lequel 96 % des praticiens vont proposer une euthanasie. La dangerosité de l’animal vient ensuite. L’euthanasie « non justifiée » ou « de convenance » reste peu fréquente (moins d’une fois sur deux dans la plupart des cas) ou marginale (jamais demandée dans 38 % des cas). Elle peut générer des situations désagréables pour le praticien : « J’ai essentiellement droit à des critiques négatives lorsque je refuse d’effectuer une euthanasie, mais elles restent rares, car les motifs de mon refus sont généralement acceptés par le propriétaire », « nous avons été vertement critiqués pour notre refus éthique de pratiquer une euthanasie ».

LES QUESTIONS TARIFAIRES

Un rôle prépondérant est laissé aux auxiliaires, autant pour fournir des renseignements à l’accueil que lors de la prise de rendez-vous : « Je ne parle pas du prix. La question est abordée avec les ASV, soit au moment de la prise de rendez-vous, soit à l’arrivée des clients. » Une majorité de confrères préfèrent que tout soit décidé avant l’euthanasie, voire avant le rendez-vous pour 68 % d’entre eux. 14 % diffèrent la question du prix et du règlement après l’acte et 13 % s’adaptent au cas par cas : « Le paiement est souvent demandé lors de consultations antérieures ou au moment de la prise de rendez-vous », « je n’aborde pas la question du coût, sauf si le client me le demande ».

Côté tarifs, c’est un peu plus varié. L’acte est systématiquement présenté sous la forme d’un forfait pour les trois quarts des praticiens. Une fois sur deux, le prix est minoré lorsque l’animal fait partie de la clientèle depuis longtemps ou que l’euthanasie arrive comme la fin logique d’un traitement en cours. Le poids de l’animal entre en ligne de compte pour la moitié des praticiens, alors que pour 38 % d’entre eux, le tarif d’une euthanasie n’est jamais indexé sur la pesée. En outre, une anesthésie est systématiquement comprise dans le tarif pour 63,3 % des répondants, alors que ce n’est jamais le cas pour un quart des praticiens (voir graphique 9). Moins de 10 % des confrères n’abordent la question du coût de l’acte qu’au moment du règlement, qui est, là aussi, affaire de sensibilité : « En général, nous ne faisons pas payer le jour de l’euthanasie. Nous adressons la facture par courrier une quinzaine de jours plus tard, avec éventuellement un petit mot si c’est un client habituel », « soit nous faisons payer avant l’acte, ce qui permet aux propriétaires qui ne se sentent pas bien de sortir à tout moment, soit nous leur envoyons une facture ».

LE DÉROULEMENT DE L’ACTE

La signature préalable d’une autorisation, d’une décharge ou de tout autre document entérinant la demande du client et l’accord du praticien n’est systématiquement demandée que par un tiers des répondants. 36 % ne la demandent qu’une fois sur deux et 22,7 % n’en font jamais signer.

Il apparaît que les confrères libéraux sont significativement moins enclins à faire signer ce type de document que les salariés, et les hommes moins que les femmes (voir graphique 6). 94 % laissent le client décider s’il veut assister ou non à l’acte, ou à l’anesthésie qui le précède. Avoir ce choix est d’ailleurs un motif récurrent de satisfaction chez les clients. 40 % des praticiens s’adaptent à chaque situation, alors que 50 % préfèrent appliquer un protocole standardisé, quitte à faire quelques exceptions. Le recours à une anesthésie préalable (voir graphique 8) est systématique pour 71 % des confrères, et cité comme une source de réconfort ou d’apaisement de la part des clients car, ainsi (si l’anesthésie se passe sans heurts), cela renforce la sensation de calme et de douceur ressentie par les propriétaires.

35,5 % des confrères posent systématiquement un cathéter (voir graphique 7). La différence est significative entre les hommes (26,6 %) et les femmes (18 %) qui n’en utilisent jamais, ou au contraire ceux qui en posent un au moins une fois sur deux (49,7 % pour les confrères versus 54,2 % pour les consœurs). La comparaison entre libéraux et salariés montre une tendance à un recours plus fréquent au cathéter pour les seconds (65,9 % plus d’une fois sur deux, versus 51 % pour les libéraux). D’autre part, l’anesthésie et la pose d’un cathéter sont un peu moins fréquentes avec l’expérience (mais sans être significatif, vu le faible effectif de jeunes confrères ayant participé à l’enquête).

MÉTHODOLOGIE

Les réponses ont été recueillies entre le 12 et le 17 septembre 2012, par l’intermédiaire d’environ 5 000 courriels envoyés aux praticiens ayant une activité canine ou mixte majoritairement canine. 968 réponses complètes ont été dépouillées.

76,7 % sont libéraux, ce qui est légèrement supérieur au pourcentage de l’échantillon, et 51,3 % sont des femmes. Ils ont entre 2 et 10 ans (30,6 %) ou plus de 10 ans (66,4 %) d’expérience. La faible proportion de réponses parmi les jeunes est regrettable.

Les répondants exercent en canine pure (79,6 %), dans une ville de moins de 10 000 habitants (41,7 %), de 10 000 à 50 000 habitants (34,1 %) ou de plus de 50 000 habitants (23,3 %).

« Si l’animal est suivi et l’euthanasie envisagée au terme d’une longue maladie ou d’une vieillesse douloureuse, on en parle, même longtemps avant d’y avoir recours. Je sais ainsi ce que veulent les propriétaires pour leur animal et cela évite de reposer des questions le jour même. »

« J’essuie des reproches lorsque je n’accepte pas d’euthanasier un animal, pour des raisons qui ne sont pas bonnes pour moi (vieux chien ou chat mais pas malade, chien ou chat hérité dont on ne veut pas, chien ou chat devenu indésirable, chien ou chat que l’on peut soigner pour un prix tout à fait abordable, etc.). »

« Les clients apprécient que l’on prenne soin de leur animal jusqu’au bout et que l’euthanasie se fasse dans le calme, sans douleur et avec douceur. Ils apprécient aussi de se sentir soutenus et compris : j’essaie de prolonger un peu la conversation avec le propriétaire après l’acte afin de m’assurer qu’il est en état de repartir et d’essayer d’orienter ses pensées vers les aspects positifs de la vie de son animal. »

« Les clients apprécient l’empathie, la gentillesse, l’accompagnement de l’équipe. Nous adressons un petit mot de soutien (sincère, personnalisé, manuscrit) le lendemain de l’euthanasie, ce qui est fort apprécié des propriétaires et des auxiliaires. »

« Le plus dur pour les maîtres est souvent de devoir emmener leur animal à la “mort”, même si les euthanasies à domicile sont en réalité parfois plus difficiles pour tous. »

« Les principaux reproches concernent surtout certains refus de l’acte, ou bien les demandes d’euthanasie à domicile qu’il n’est pas toujours possible de satisfaire. »

« Je reçois davantage de fleurs ou autres présents après une euthanasie qu’après avoir sauvé un animal ! Je pense que c’est dû à l’accompagnement, à la compréhension, à la “douceur” de l’acte, au temps pris pour l’accomplir. »

« Une réflexion revient souvent : “Ah, c’est dans cette salle qu’on a fait l’injection à Kiki”. C’est pourquoi, si les propriétaires désirent assister à l’anesthésie préalable et/ou à l’euthanasie en elle-même, cela se passe en salle de préparation, un lieu dans lequel ils ne reviendront jamais avec leur prochain animal. De cette façon, ils n’ont pas de mauvais souvenirs attachés à une salle de consultation en particulier. Il serait effectivement intéressant de laisser en salle d’attente un document à remplir sur leur ressenti, s’ils ont déjà vécu ce type d’expérience, mais sans forcément leur demander “à chaud”. »

« À domicile, c’est une vraie spécialité. Nous faisons beaucoup plus d’euthanasies que les structures sédentaires, car les propriétaires préfèrent souvent que cela se termine à la maison, même si nous ne sommes pas le vétérinaire traitant. D’ailleurs, aux États-Unis, il existe une spécialisation “euthanasie”. »

« Certains propriétaires ne comprennent pas qu’ils doivent payer pour une euthanasie. »

« Le terme “compassion” revient souvent, les propriétaires semblent bien plus sensibles à l’attitude du vétérinaire qu’à la technique de l’acte en lui-même. »

« Pratiquer une anesthésie permet un accompagnement par le propriétaire qui, de ce fait, n’assiste bien souvent pas à l’injection fatale. C’est moins choquant de veiller son animal endormi plutôt que de le voir passer de la vie à la mort, avec parfois les difficultés pour trouver une veine… surtout chez le chat. »

« Je n’aborde pas la question du prix, sauf si le client me le demande. En général, nous ne faisons pas payer le jour de l’euthanasie. Nous adressons la facture par courrier une quinzaine de jours plus tard, avec éventuellement un petit mot s’il s’agit d’un client habituel. La question du devenir du corps est abordée sur demande des propriétaires, lorsque l’animal est très malade, ou sinon au moment de l’euthanasie. »

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