LE BISON DE RETOUR EN FRANCE APRÈS 12 SIÈCLES D’ABSENCE - La Semaine Vétérinaire n° 1506 du 07/09/2012
La Semaine Vétérinaire n° 1506 du 07/09/2012

REPORTAGE

Auteur(s) : MAËLLE GOUIX

Le plus grand mammifère terrestre d’Europe est de retour en semi-liberté dans les forêts méditerranéennes de la réserve des Monts d’Azur, dans l’arrière-pays grassois (Alpes-Maritimes), en compagnie du cheval de Przewalski. Un projet porté par Patrice Longour (L 82).

En 2005, une vingtaine de bisons européens sauvages (Bison bonasus), originaires de Pologne, ont été introduits dans la réserve des Monts d’Azur (Alpes-Maritimes). Le projet est né de la collaboration de Patrice Longour, vétérinaire passionné par les enjeux inhérents au retour des grands animaux sur le sol français, et de la coordinatrice polonaise du Programme européen d’élevage (EEP) de l’espèce1.

Une dizaine de chevaux de Przewalski (Equus ferus przewalskii) ont intégré la réserve en même temps. L’élan (Alces alces) sera le prochain invité de l’arrière-pays niçois.

Bisons européens et chevaux de Przewalski se sont rapidement adaptés à leur vie dans le parc de 800 ha. à ce jour, 25 bisons sont nés sur place, et 8 chevaux.

Les grands herbivores, essentiels à la biodiversité

Alors qu’il travaillait au Botswana pour l’organisation non gouvernementale Preserve®, Patrice Longour a rencontré Ian Kahma, l’actuel président du pays : « Il m’a suggéré de m’intéresser d’abord à ce qui se passait chez moi. Ce que j’ai fait ! » Il a donc créé la réserve, grâce à des investissements privés, avec 3 objectifs :

– démontrer que les grands herbivores sont nécessaires aux écosystèmes français ;

– désamorcer le conflit qui existe entre l’homme et la faune sauvage ;

– prouver que la faune sauvage peut être le moteur d’activités économiques durables.

Le bison européen et le cheval de Przewalski appartenaient à la faune locale, il y a plus ou moins longtemps, tout comme l’élan. Le bison a disparu de France au viiie siècle, victime de la chasse et de l’anthropisation de son environ­nement. Sans ces espèces, l’écosystème est perturbé, car il manque les grands herbivores nécessaires à la biodiversité : de même que les prédateurs carnivores modifient les populations de leurs proies, les « prédateurs du végétal » transforment leur habitat. L’action mécanique des grands animaux, qui cassent les branches et écorcent les arbres, contribue à ouvrir la végétation. Ils disséminent les graines de toutes les espèces végétales présentes dans leurs poils et leurs fèces, et les micro-organismes de leur flore digestive assurent le délitement de la matière organique, dont les aiguilles de pin, favorable à l’ensemencement et à l’apparition de prairies.

La biodiversité, végétale et animale, a bénéficié de l’arrivée des bisons et des chevaux. Certains milieux de la réserve qui ne comptaient auparavant que 3 ou 4 espèces végétales sont désormais riches d’une trentaine d’espèces. Les grands herbivores ont aussi favorisé l’installation des petits : chamois, chevreuil et cerf.

Les prédateurs carnivores sont également présents et complètent la pyramide écologique. Les renards sont souvent observés dans la réserve. Lynx et loups y passent parfois, en hiver surtout, comme le rapporte Patrice Longour : « Nos cerfs en font souvent les frais. Tant qu’ils ne s’installent pas et qu’ils ne sont pas trop gourmands, leur présence ne nous pose pas de problème, au contraire ! C’est la preuve de notre réussite en termes d’écologie… et un argument touristique indéniable ! »

Gérer les animaux au quotidien

5 écovolontaires sont employés à l’année par la réserve, et une dizaine de saisonniers complètent l’équipe en été. Ils sont polyvalents, car outre leurs compétences de naturalistes, ils doivent être capables de s’occuper des chevaux de trait, de guider les sorties à pied ou en calèche, de réparer les clôtures, voire d’aider à l’accueil des visiteurs.

La surveillance des animaux est quotidienne, par le vétérinaire et ses employés. L’équipe intervient le moins possible. La téléanesthésie est réservée aux affections sévères, en raison des risques qu’elle induit : Patrice Longour a ainsi traité avec succès un cas de dystocie chez une bisonne.

L’évolution des diarrhées, fréquentes chez le bison d’Europe, est suivie à distance ; elles se résolvent souvent naturellement. Chevaux et bisons vivent à l’état quasi sauvage : isoler un animal malade pour le soigner, en plus d’être un défi logistique, peut avoir des répercussions néfastes sur sa place hiérarchique au sein du troupeau (rejet ou agressivité des autres) comme sur sa santé (myopathie de stress entre autres).

La faune sauvage, un enjeu économique ?

Selon Patrice Longour, protéger la faune sauvage nécessite de géné­rer une activité économique, de trouver des outils modernes pour valoriser les animaux. Son espoir est de voir fleurir, à terme, de vrais parcs comme aux Etats-Unis ou en Afrique.

Avec 800 ha disponibles, la réserve est loin d’atteindre sa capacité d’accueil maximale. Quand cela se produira, Patrice Longour espère pouvoir « ouvrir les clôtures, tout simplement… »

  • 1 Un EEP est un programme qui recense, pour une espèce évaluée très sensible, tous les animaux captifs dont le pedigree est déterminé. Le coordinateur est un spécialiste désigné par ses pairs, il propose des transferts entre éleveurs afin de favoriser le brassage génétique en préservant la pureté de l’espèce. Ainsi, 3 bisons des Monts d’Azur seront bientôt exportés vers les Pays-Bas et d’autres vers l’Espagne.

  • 1 D’après l’International Union for Conservation of Nature (IUCN), http://www.iucn.org/fr

LE BISON D’EUROPE

Le bison d’Europe (Bison bonasus, interfécond bien que distinct de son cousin d’outre-Atlantique, Bison bison) est inscrit sur la liste rouge de l’IUCN1, dans la catégorie vulnérable (2012). Il fait l’objet d’un plan d’action européen.

Après la Première Guerre mondiale, les 54 descendants de seulement 12 survivants sauvages placés en zoo, ont permis de recréer une population estimée en 20061 à 1 800 individus libres (en Pologne et Biélorussie) et presque autant d’animaux captifs.

Au sein de l’espèce, bien que 60 % des individus soient sexuellement matures, la polygynie diminue le nombre de mâles qui ont réellement des chances de s’accoupler, ce qui réduit d’autant le pool de reproducteurs. Cependant, grâce aux introductions et réintroductions d’animaux élevés en captivité et au programme intensif de conservation, l’espèce Bison bonasus est en augmentation (20081).

Mais en Pologne, l’avenir des bisons européens est devenu incertain : ils sont infectés depuis plusieurs années par M. bovis, les derniers cas remontant à 2011 seulement. La tuberculose bovine serait endémique dans la population de bisons polonais, contaminée à l’origine par le bétail, puis devenue réservoir de la maladie.

LE CHEVAL DE PRZEWALSKI

Le cheval de Przewalski est menacé d’extinction, selon la liste rouge de l’IUCN 2011. Contemporain des hommes des cavernes, il est l’unique représentant vivant des chevaux sauvages (du genre ferus). Son caryotype compte 66 chromosomes, ce n’est donc pas l’ancêtre de notre cheval domestique qui n’en possède que 64.

Ces chevaux sont cependant interféconds, et leur descendance est fertile, d’où un risque de pollution génétique lorsque des individus domestiques et sauvages partagent un même territoire. La Mongolie est le seul pays à posséder une véritable population libre au sein de l’aire de répartition historique de l’espèce. Selon l’IUCN, en 2008, 325 individus y vivaient, tous issus de 13 survivants sauvages reproduits en captivité.

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