Semaine Vétérinaire_Supplément Mensuel n° 115 du 25/01/2018

MÉDECINE CANINE

FORMATION

DELPHINE NICLOU . 

Les pansements et bandages sont variés et s’adaptent au type et à la localisation des plaies. L’auxiliaire intervient dans la préparation du matériel, l’aide à la pose, la surveillance et le conseil au propriétaire.

Acte pratiqué très régulièrement par les vétérinaires avec l’aide de l’ASV, la réalisation d’un pansement ou d’un bandage sur un chat ou un chien n’en demande pas moins une bonne connaissance des différentes techniques de réalisation et, surtout, des types de matériaux à utiliser. Alors, comment choisir le bon pansement ou bandage ? Et comment le réaliser ?

Trois couches pour un seul pansement

Le choix du pansement ou du bandage à appliquer dépend du rôle que l’on souhaite lui faire jouer, ainsi que de sa localisation. En effet, suivant la nature et l’étendue de la plaie, la méthode de réalisation et les dispositifs utilisés ne seront pas toujours les mêmes.

De manière générale, les pansements sont constitués de trois couches :

- la couche de contact a une importance primordiale puisque posée directement sur la peau. Elle doit être adaptée à la phase de cicatrisation : pansement hydrocolloïde ou hydrogel, miel, etc. ;

- la couche d’absorption représente la couche intermédiaire. Elle est le plus souvent composée de compresses de gaze stériles superposées en couches plus ou moins épaisses. Elle se doit aussi d’être adaptée à la plaie et la couvrir au-delà de ses berges (photo 1) ;

- la couche de contention, aussi appelée couche de protection, est la plus superficielle (photo 2). À l’aide de bandes sèches, adhésives ou cohésives, elle assure la solidité et la stabilité des dispositifs médicaux que sont le pansement ou le bandage.

Un pansement, mais pour quoi faire ?

Les rôles premiers du pansement, véritable dispositif médical, sont de couvrir, protéger et favoriser la guérison d’une plaie. Isolé du milieu extérieur, le risque d’infection de celle-ci est aussi limité.

Il existe de nombreuses sortes de pansements ! Chacune répond à une indication précise. Se distinguent ainsi les pansements gras stériles, recommandés, par exemple, pour le soin des plaies en phase de bourgeonnement et d’épidermisation, les pansements cicatrisants, superabsorbants ou en tulle gras, qui protègent les tissus et limitent la douleur. Le pansement permet aussi, dans certains cas, la contention et l’immobilisation de la zone blessée.

Le vétérinaire se base sur plusieurs facteurs pour déterminer la typologie de pansement à employer sur la plaie, dont le type de traitement choisi, la nature de cette plaie (traumatique, postchirurgicale ou chronique), sa localisation, sa profondeur et l’état de son pourtour, le stade de cicatrisation et la durée d’évolution.

Le matériel servant à réaliser les bandages est divisé en trois grandes catégories :

- les bandes adhésives, utilisées pour les pansements collés, la fixation de bandes sèches, la consolidation d’un bandage ou d’un pansement, la contention ou encore la protection externe du pansement de Robert Jones ;

- les bandes sèches servent au maintien du pansement (sur une patte, une oreille, etc.) et à la fixation du dispositif ;

- les bandes cohésives, autoadhérentes, sont également employées pour la réalisation et le maintien de pansements, ainsi que pour la contention et la protection.

Réaliser un pansement collé : le plus commun

Le pansement le plus souvent réalisé par le vétérinaire, avec l’aide de l’ASV, est le pansement dit “collé”. Il sert de protection postopératoire à une plaie de stérilisation ou de castration chez le chien, par exemple.

En pratique, l’ASV prépare le matériel nécessaire et le met ainsi à disposition du vétérinaire. Il s’assure également de la bonne contention de l’animal et contribue à vérifier que le pansement tient bien.

Le pansement collé est réalisé à l’aide de compresses de gaze imbibées de solution antiseptique, appliquées en couche mince sur la plaie, assurant ainsi la protection de la suture. Dans le cadre d’une plaie jointive simple, dont les bords sont propres comme après une castration de chien, les compresses de gaze sont tout à fait indiquées. Stériles, elles limitent les risques d’infection.

Puis, pour assurer la fixation du matériel de soins et le maintien du pansement, le vétérinaire vient généralement appliquer sur la peau tondue un sparadrap tissé à l’oxyde de zinc, sans latex, perforé, permettant une bonne perméabilité à l’air (photo 3).

Enfin, pour garantir la protection et le maintien du pansement collé, le vétérinaire peut confectionner une “chaussette” à l’aide de jersey tubulaire, qui n’entrave nullement les mouvements de l’animal. Celle-ci doit toujours rester propre et sèche.

Ce pansement collé simple n’est ainsi constitué que de deux couches (contact et contention). Mais parfois, lorsque la plaie est suintante, il est impératif d’ajouter une couche d’absorbant entre les deux (pansement américain, épaisseurs de compresses de gaze, etc.). C’est le cas, par exemple, d’une plaie au coussinet chez un chien. Difficilement suturable, la plaie est d’abord tondue et largement désinfectée, puis recouverte de pommade cicatrisante. Le vétérinaire applique ensuite des compresses autour du coussinet, afin de préserver un environnement favorable à la cicatrisation. Le tout est maintenu en place avec des bandages cohésifs, de façon à ce que le pansement ne glisse pas. Pour une meilleure tenue dans le temps, une bande adhésive en coton à 100 %, aérée par stries et élastique, peut être fixée au pelage : elle limitera la macération et assurera la protection de la plaie, ainsi que la solidité et la stabilité du pansement (photo 4).

Contrôle et changement réguliers

Ce type de pansement, dit occlusif (imperméable) ou semi-occlusif, doit faire l’objet de contrôles réguliers, à raison de deux ou trois fois par semaine, voire davantage. Il doit aussi être changé autant de fois que nécessaire. Le remplacement s’effectue impérativement dans des conditions les plus propres possible (voire quasi stériles pour certains) ; il est donc utile de préparer tout le matériel sur un chariot préalablement nettoyé et désinfecté.

Durant toute la durée du traitement, l’ASV assiste le vétérinaire et peut, à la demande du praticien, retirer l’ancien pansement à l’aide d’un produit spécialement conçu pour diluer les adhésifs, afin de faciliter le retrait et de limiter la douleur de l’animal. Il doit aussi vérifier que le pansement tient bien et qu’il n’est pas trop serré (photo 5).

Enfin, il est du ressort de l’auxiliaire de s’assurer que le propriétaire a bien compris les consignes, notamment garder le pansement propre et sec, et sans gêne pour l’animal. Toute anomalie doit l’inciter à venir effectuer une visite de contrôle afin, si nécessaire, de changer le pansement. Un simple nettoyage ou son remplacement par le propriétaire lui-même est déconseillé pour ce type de dispositif.

Pansement compressif lors de saignements

Les pansements compressifs, en cas de plaies hémorragiques, sont également fréquents en pratique vétérinaire. Ils sont très serrés, afin de bloquer la circulation sanguine, et réalisés à l’aide de compresses de gaze et de bandes cohésives.

Ils sont laissés en place un minimum de temps (de quelques minutes à 1 ou 2 heures en fonction de la localisation de la plaie), jusqu’à ce que l’hémorragie soit contenue grâce à l’intervention du vétérinaire. L’animal ensuite hospitalisé nécessite une surveillance accrue. Une fois un collier carcan posé pour empêcher le léchage, l’ASV doit veiller à ce que la plaie ne saigne pas et s’assurer que le pansement reste toujours propre et ne représente pas de gêne pour l’animal. Le vétérinaire sera immédiatement alerté en cas de problème.

La contention par le Robert Jones

Le pansement de Robert Jones est spécifique. Il est utilisé pour contenir et immobiliser une fracture, une entorse, une luxation d’un membre… ou une plaie importante pour laquelle il est nécessaire de limiter le plus possible les mouvements. Le “Robert Jones” est réalisé avec plusieurs types de bandes et une grosse épaisseur de ouate de rembourrage orthopédique, conformable et confortable, contenant un agent bactériostatique. Sa maille aérée permet à la peau de respirer, évite la macération et le développement d’odeurs désagréables.

Le rembourrage est comprimé par des bandes placées autour de lui, de manière à permettre d’enserrer le membre sans avoir de compression vasculaire. Généralement, le vétérinaire termine en posant encore autour un bandage adhésif, qui empêchera le pansement de glisser du membre.

Pendant la réalisation, l’ASV assure non seulement la bonne contention du membre, mais vérifie aussi que le bandage n’est pas trop serré aux extrémités : il doit rester possible de passer un ou deux doigts (selon la taille de l’animal).

Répéter les consignes au propriétaire est également essentiel : prendre soin de ne pas mouiller la ouate de rembourrage, afin de ne pas provoquer de phénomène de macération, et, surtout, éviter une souillure trop importante et rapide. Pour cela, il est possible de protéger l’extrémité du membre immobilisé à l’aide d’un sac plastique ou d’un gant ménager jetable.

Sensibilisation des propriétaires

Quelle que soit la nature du pansement, la sensibilisation des propriétaires à la conduite à tenir chez eux est fondamentale, afin qu’ils puissent réagir de façon rapide en cas de doute sur sa tolérance ou son aspect.

Les principaux conseils à relayer concernent la surveillance et l’hygiène du pansement ou du bandage : le maintenir propre et au sec, éviter les efforts qui pourraient altérer la bonne tenue du dispositif, surveiller l’absence de gonflement de la zone qui l’entoure, signaler une plaie qui viendrait à suinter ou serait malodorante. Le risque d’infection est en effet toujours présent.

Lorsque la cicatrisation se passe bien, le pansement n’est conservé qu’une quinzaine de jours, sauf en cas de plaies complexes comme les brûlures. Ne pas hésiter alors à insister sur l’importance du port de la collerette ou du collier lune auprès des propriétaires, qui éviteront à l’animal de retirer son pansement, ses points, de se lécher ou de se gratter (photo 6).

L’ASV pourra aussi proposer un rendez-vous de suivi, afin de contrôler la bonne qualité des soins apportés à l’animal et la bonne tolérance du dispositif. En effet, un pansement mal toléré, non entretenu ou trop serré peut avoir de graves conséquences sur le processus de cicatrisation.

CONSEILS PRATIQUES POUR RÉALISER UN PANSEMENT

- Tondre largement la zone à panser pour une meilleure tenue du pansement.
- Nettoyer et sécher la peau pour un résultat optimal sur la durée.
- Ne pas appliquer les sparadraps ni les bandes en contact direct avec la plaie. Recouvrir au préalable d’un pansement adapté ou d’une compresse.
- Découper en arrondi les angles des bandes adhésives ou des sparadraps pour accroître significativement la tenue du pansement.
- Refaire le pansement dès qu’il est souillé ou en cas de signes évidents de gêne pour l’animal.
- À la pose du pansement, veiller à ne pas exercer de tension excessive au niveau de la plaie pour optimiser l’adhésivité et éviter le risque d’écartement des berges (désunion de la suture).
- Pour faciliter le retrait, utiliser un produit spécialement conçu pour diluer les adhésifs.
- Pour des raisons pratiques, il est recommandé de recouvrir d’un tiers chaque tour de bande précédent.
- Veiller à doser le serrage des bandes élastiques (adhésives, cohésives ou sèches), afin de réduire le risque de garrot.
Delphine Niclou Auxiliaire spécialisée vétérinaire dans la Loire. Art1_51-Encadre-Auteur-Image_E1.jpg

Pansement de l’extrémité d’une patte : les compresses de gaze stériles disposées en seconde couche couvrent une zone très élargie.

Sur le même animal, recouvrement du pansement par des bandes cohésives pour protéger et stabiliser le dispositif.

Pansement collé chez une chienne stérilisée.

Une bande adhésive fixant le pansement au pelage finalise le dispositif.

Le bandage ne doit pas être trop serré, sous peine de gêner la circulation veineuse de la patte.

Le collier carcan évite à l’animal d’accéder au pansement le temps de la cicatrisation.

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