Le syndrome hypersensibilité- hyperactivité du chien - Ma revue n° 112 du 22/09/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 112 du 22/09/2017

DOSSIER

Auteur(s) : DOMINIQUE LACHAPÈLE 

Le comportement du chien hyperactif désespère et épuise ses maîtres. Il convient toutefois de le différencier du chien qui manque d’activité ou souffre d’autres troubles. L’accompagnement du propriétaire est souvent indispensable.

Le syndrome hypersensibilité-hyperactivité (HS-HA) est un trouble du développement rencontré de plus en plus fréquemment dans les cliniques vétérinaires. Il est défini par un déficit des autocontrôles et un trouble de l’attention. Certains chiens HS-HA peuvent être caricaturaux et faciles à repérer : la dénomination d’hyperactifs leur est facilement attribuée, car leur activité motrice permanente et incontrôlée ne passe pas inaperçue. D’autres sont plus modérés dans leur expression, c’est la facette hypersensible qui prédomine : le chien ne filtre pas les informations et réagit à la moindre stimulation, monte en excitation, peut être brutalement impulsif. L’observation et des tests réalisés en consultation, associés à un recueil des données auprès des propriétaires, permettent de repérer tous les chiens atteints du syndrome HS-HA.

Des chiens à haut risque d’abandon

Le syndrome HS-HA est un trouble du développement du chien, handicapant pour l’animal. Il conduit à la dégradation des relations avec ses maîtres. Le risque est important de voir l’animal devenir anxieux, agressif, être rejeté et souvent abandonné par son maître.

Le chien HS-HA présente une hyperactivité. Il est incapable de s’arrêter : le déficit des autocontrôles est systématique. Il manifeste aussi des troubles de l’attention : il réagit à toutes les stimulations, sans faire le tri. Il est souvent aussi très impulsif. Mais selon les individus, certains aspects sont plus marqués que d’autres (tableau ci-dessous).

Le plus souvent, à l’origine, le chiot a été séparé précocement de sa mère, sans être en contact avec des adultes éducateurs compétents. Ou bien ses premiers acquis n’ont pas été entretenus et approfondis lors de l’adoption par les maîtres. Le trouble persiste chez l’adulte. Les symptômes ne disparaissent pas spontanément si rien n’est fait ; la plupart du temps, une dégradation est même constatée.

Des signes repérables à la clinique

L’auxiliaire vétérinaire peut repérer certains signes présentés par le chien. D’emblée, son arrivée ne passe pas inaperçue. L’animal peut déjà aboyer et être très agité dans la voiture qui se gare. Sa sortie du véhicule est acrobatique. Et les propriétaires sont ensuite tractés jusqu’à la salle d’attente. Il rentre souvent de façon précipitée, et peut même poser ses pattes sur le comptoir.

En consultation, il s’agit souvent d’un chien qui est content de venir, très excité par un contexte inhabituel. Il saute, fait la fête, prend beaucoup de place. L’examen clinique est souvent difficile, l’animal étant très agité. Il peut parfois être agressif, car il supporte mal la contention.

Une exploration désordonnée est observée, le chien refait cent fois le même trajet, attrape les papiers dans la corbeille. Il explore souvent en hauteur, s’agrippe à la paillasse ou au bureau, cherche à prendre en gueule ce qui est accessible. Il peut aussi se dresser sur un mur, sans stimulation particulière. Il ne se pose jamais, ou uniquement pour très peu de temps, car il est stimulé par tout ce qui se passe. Attention, certains chiens peuvent être inhibés dans la clinique, alors qu’ils sont intenables chez eux. Chez des individus hypersensibles, il existe parfois une association avec un syndrome de privation. L’animal est peureux en dehors de chez lui, le trouble du développement comportemental est donc réel.

Impulsif, l’animal réagit très vite et de façon excessive, sans réfléchir, sans analyser la situation : il saute, aboie quel que soit le contexte. À noter qu’un chien hypersensible qui paraît calme monte en excitation s’il est stimulé.

Quelques tests de vérification

Dès qu’une personne bouge dans la clinique, il prend contact avec elle en sautant, en lui saisissant le bras ou la main. Chez les propriétaires, ces membres sont souvent égratignés ou présentent des hématomes. Il est intéressant de tester le mordillement en appelant le chien et en le stimulant pour qu’il prenne une main ou un bras dans sa gueule. Le vétérinaire vérifiera ainsi si le chien fait vraiment mal.

Sur le plan de l’obéissance, les propriétaires ne communiquent pas toujours de la bonne façon avec leur chien. Il est donc nécessaire de réaliser quelques tests : demander un “assis”, par exemple, et voir si le chien sait le faire et, surtout, s’il est capable de rester dans cette position plus de deux secondes. Il est également intéressant de jouer avec une balle, afin d’observer comment il se comporte et s’il se lasse. Un chien hyperactif qui ne s’arrête jamais de bouger est difficile à récompenser.

Enfin, certains chiens présentent des stéréotypies : du tournis peut se manifester en consultation.

Des propriétaires épuisés

Le plus souvent, les propriétaires arrivent totalement épuisés car leur chien est “infernal”. Ils ont plusieurs raisons de se plaindre, qui constituent généralement le motif de consultation : destructions, malpropreté, etc. (tableau ci-dessous).

Les destructions ont lieu aussi bien en leur absence qu’en leur présence et commencent dès le plus jeune âge. Au fil du temps, elles peuvent devenir massives : canapé éventré, trous dans les murs, papiers peints arrachés, destructions de tous les objets qui traînent, jardin saccagé.

La malpropreté n’est pas systématique. Mais quand elle est présente, elle persiste chez des chiens adultes qui n’ont jamais été propres. Cela concerne aussi bien l’élimination urinaire que les défécations, en l’absence et en présence des propriétaires. Quand l’animal est promené, il est tellement stimulé qu’il “oublie” d’éliminer… et le fait en rentrant !

L’agitation est rapportée. Les propriétaires décrivent un chien qui ne s’arrête jamais, qui est un vrai bulldozer, ne respecte pas les limites et peut sauter sur les canapés, les tables. Ils ne peuvent pas le laisser jouer avec les enfants, il est trop brutal. Il saute sur tout le monde, même en promenade. La vie sociale devient très compliquée, car les amis et la famille ne le supportent plus. En outre, il ne dort pas de la journée ! Il se réveille parfois même la nuit.

Ces individus présentent des difficultés d’apprentissage. Les propriétaires pensent souvent que leur chien n’a que “deux neurones”, puisqu’il ne retient rien. Il faut répéter sans cesse, il n’obéit pas aux ordres. Souvent, les propriétaires font appel à un éducateur, qui est lui aussi mis en échec.

Les maîtres décrivent aussi un chiot qui mordille beaucoup, aussi bien les mains que les bas de pantalons, les bras s’ils sont à sa portée. Ils comprennent que ce n’est pas de l’agression, et pourtant il peut faire mal. Ce comportement peut persister jusqu’à l’âge adulte, avec un chien qui cherche toujours à prendre contact avec la gueule ouverte.

Enfin, les propriétaires peuvent consulter pour trouver des solutions, car leur chien leur coûte cher en frais vétérinaires. Non seulement il détruit tout, mais il avale tout, et pas seulement la nourriture (jouets, cailloux, chaussures) ! Le chien HS-HA fait souvent des occlusions digestives ou est sujet aux troubles gastro-intestinaux. Son activité motrice désordonnée le prédispose aux accidents de la vie : accidents de la voie publique, chute d’une table ou d’un muret, traumatismes divers et variés, œdème de Quincke car il gobe tous les insectes.

HS-HA ou seulement turbulent ?

Tous les chiens agités ne sont pas des HS-HA. L’animal peut être juste tonique. Parfois aussi, il manque d’exercice, de cadre ou souffre d’autres troubles comportementaux ou organiques.

Un chien laissé seul de 7 heures du matin à 18 heures peut trouver le temps long et il s’occupe avec ce qui se présente à sa portée. « Dog needs to play » (“Un chien a besoin de jouer”), dit la marque de jouets Kong. Tout comme nous, les chiens ont besoin d’une activité physique et intellectuelle. Les longues périodes de solitude avec rien à faire peuvent déboucher sur des destructions. De plus, le chien est vigilant et il réagit au moindre bruit en aboyant.

Le reste du temps, en présence d’un humain, l’animal, cette fois, est normal et ses comportements sont cohérents car adaptés à la situation. En revanche, il risque de devenir anxieux à la suite des punitions infligées de la part des propriétaires lorsqu’ils rentrent à la maison. Une punition est éducative si elle est pratiquée dès le début de l’action répréhensible. Lorsqu’elle intervient a posteriori, le chien perçoit l’engueulade du propriétaire comme une agression injustifiée, même si la punition n’est pas d’ordre physique. Il va redouter le retour de son maître, ses émotions vont être perturbées… et il fera des bêtises lorsqu’il sera tout seul.

Premiers conseils au propriétaire

L’auxiliaire peut relayer plusieurs conseils afin de favoriser et d’améliorer l’acquisition des autocontrôles d’un chiot et de gérer un chien hyperactif au quotidien.

Pour un chiot, il est possible de reproduire les séquences d’arrêt maternelles. Le propriétaire essaye de se comporter comme une mère chien qui sanctionne les chiots dont les comportements débordent en les immobilisant. Quand le chiot s’énerve, que son activité devient désordonnée et sans finalité, le maître doit l’interrompre en le plaquant au sol ou en le tenant entre ses mains. Le but est d’obtenir une vraie détente du chiot avec quelques secondes de calme, puis de le libérer.

Points importants, il faut essayer d’intervenir le plus tôt possible, dès que le chiot entre en excitation. Cette intervention doit aussi se faire en silence et sans regarder le chiot, pour obtenir son retour au calme. Les propriétaires ne doivent pas se fâcher, ni se mettre en colère, même si le chiot ne se calme pas tout de suite, surtout les premières fois. Sur des animaux de gros gabarits ou plus âgés, cette manœuvre est toutefois plus risquée et envisagée selon les capacités des maîtres.

Le propriétaire intervient aussi pour interdire les mordillements. Quand il joue avec son chiot, si les mordillements deviennent douloureux, il crie clairement : « aïe ! ». Si le chiot ne modère pas son activité, il doit interrompre le jeu.

Enfin, il est utile de proposer des activités encadrées : mettre en place des exercices courts, faciles à faire (rappel, assis, etc.), qui finissent par une note positive. Le propriétaire est récompensé car le chiot l’a écouté, et le chiot est récompensé par une friandise ou une félicitation. Pour ses jouets, il est préférable de choisir des objets à mâcher résistants, qui seront laissés en permanence au chiot. Il convient également de lui prévoir un lieu d’isolement et d’apaisement.

Gérer l’adulte hyperactif

Pour un chien adulte, l’observation à la clinique est fondamentale, car elle permet d’analyser la communication entre l’animal et ses maîtres, afin de leur donner les conseils adaptés, à commencer par éviter la montée en escalade. Face aux aboiements et à l’agitation du chien, le maître a souvent tendance à crier, à gesticuler, à s’énerver. Malheureusement, cette réaction n’est pas productive. Elle peut, au contraire, renforcer les comportements indésirables, voire déclencher des séquences agressives de la part du chien.

Il est intéressant de proposer en salle d’attente, en testant les réactions :

- de parler bas, doucement ;

- d’ignorer le chien (ne pas lui parler, ne pas le regarder, ne pas le toucher) et de “faire l’arbre” (rester immobile les bras le long du corps) ;

- de le mettre provisoirement à l’écart, sans énervement de la part des humains.

Il convient aussi d’apprendre à récompenser son chien. Les chiens HS-HA sont en général “sur-punis”, lorsqu’ils sont responsables de destructions ou de malpropreté. La relation avec les propriétaires se dégrade. Il est bon de rappeler qu’on apprend mieux avec une récompense qu’avec une punition. Mais encore faut-il savoir quoi récompenser, quand et comment !

En salle d’attente, à nouveau, il est utile de proposer, en testant les réactions :

- de travailler sur l’attention et la motivation : avant de donner des ordres, le premier travail est d’obtenir l’attention du chien, car certains sont en excès mais d’autres en déficit d’attention et ont du mal à se concentrer ;

- des exercices d’obéissance nécessitant de la concentration : rappel, assis, assis sans bouger, etc. ;

- de féliciter le chien : les encouragements sont donnés avec une voix enjouée, sans geste brusque, ni caresse appuyée qui pourrait déclencher l’excitation de l’animal ;

- de récompenser rapidement : pour éviter de récompenser le “assis” alors que le chien est déjà en train de sauter à nouveau !

Prise en charge précoce

Si le tableau clinique est cohérent, la prise en charge du syndrome HS-HA est mise en place sans attendre, pour améliorer le pronostic et éviter une perte de chances pour le chien.

Si les propriétaires interrogent l’ASV, cela prouve que l’animal et ses maîtres ont besoin d’un accompagnement spécifique. Dans tous les cas, une consultation avec un vétérinaire apportera une meilleure solution.

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