VISITE DE LA NOUVELLE UNITÉ “POISSONS” À L’INRA DE RENNES - La Semaine Vétérinaire n° 1535 du 12/04/2013
La Semaine Vétérinaire n° 1535 du 12/04/2013

Reportage

Auteur(s) : Carole André

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Dans les pièces aseptisées, qu’éclaire une lumière blafarde, de ce lieu dernier cri, le “glouglou” des aquariums bruit doucement à longueur de journée. Quatre espèces de poissons y sont examinées sous toutes les coutures, de la naissance à l’abattage. La truite arc-en-ciel, le poisson rouge, le poisson zèbre et le médaka ont ainsi été choisis pour occuper les dix salles d’élevage du tout nouveau laboratoire de physiologie et de génomique des poissons de l’Inra de Rennes. « Notre travail consiste à appréhender les grandes fonctions biologiques du poisson comme la croissance, la reproduction et l’adaptation au milieu, explique Patrick Prunet, le directeur du laboratoire. Nos sujets de recherche sont dérivés des grandes questions de la filière aquacole. » Les éleveurs ont, en effet, besoin de connaître au mieux ce qui peut affecter la croissance de leurs animaux.

Un collectif de recherche de quelque 70 personnes

À Rennes, les poissons se reproduisent et sont élevés sur place. Cela permet de maîtriser entièrement leur cycle de vie, ainsi que d’influer sur des critères environnementaux, par exemple en modifiant la température de l’eau ou la nourriture. Pour certains groupes de poissons, à différentes étapes de leur vie, il est possible d’évaluer leur comportement et la réaction de leur organisme à ces changements.

« L’objectif est de comprendre l’impact au niveau des cellules, voire des gènes, précise Patrick Prunet. Nous faisons beaucoup de cultures cellulaires in vitro. »

Quelque 70 personnes composent le collectif de recherche, parmi lesquelles 50 titulaires Inra (dont une quinzaine de chercheurs) et une vingtaine d’étudiants. Le laboratoire est l’outil de travail central de ces équipes spécialisées dans l’étude des poissons.

Utilisation d’organismes modèles

La plupart des études s’appliquent à comprendre les mécanismes de la vie des poissons. Cependant, une partie d’entre elles concernent des recherches plus finalisées qui intéressent directement la filière aquacole. Ainsi, des travaux spécifiques sur certaines étapes de la reproduction ou sur les réactions face à des situations de stress sont menés dans le laboratoire.

Les travaux prennent en compte les contraintes piscicoles actuelles liées aux demandes de diversification en matière d’espèces et de systèmes d’élevage, ainsi que les préoccupations environnementales, dont le changement climatique. Une partie des recherches ont également trait à l’action biologique des polluants sur les poissons.

La priorité est donnée aux approches génériques apportant des connaissances susceptibles d’être généralisées à différentes espèces. Cela explique l’utilisation d’organismes modèles, comme le poisson rouge, le poisson zèbre et le médaka, particulièrement intéressants pour l’étude des différents mécanismes. Les résultats obtenus chez ces derniers peuvent être extrapolés à la plupart des autres espèces. Ils fonctionnent à peu près comme des souris de laboratoire.

Une coopération avec les vétérinaires de terrain

En plus de sa propre recherche “Inra”, le laboratoire participe à d’autres programmes, notamment pour la conservation des différentes espèces animales en France (projet CRB-Anim). Le centre de Rennes est référent pour les espèces aquacoles. L’objectif est d’assurer la cryogénisation des ressources génétiques aquacoles élevées sur tout le territoire. Toutes les souches d’espèces et les lignées, naturelles ou créées par le laboratoire, sont cryogénisées selon leurs caractéristiques. Cela évite de maintenir en élevage des milliers de poissons.

Les chercheurs travaillent en partenariat avec les vétérinaires qui sont au contact des filières et des élevages. « Ils nous rapportent ce qu’ils observent sur le terrain, donnent leur avis et offrent des retours d’expérience, souligne Patrick Prunet. Ils ont une expertise sur le bien-être des poissons et leur santé au sein des exploitations. » Il y a un échange permanent entre la recherche cognitive et la recherche finalisée. L’idée est d’aider la filière aquacole à créer des élevages durables et performants, composés de poissons parfaitement adaptés à leur milieu.

Le laboratoire de physiologie et de génomique des poissons de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) a inauguré ses nouvelles installations expérimentales, le 14 février dernier à Rennes (Ille-et-Vilaine), en présence des équipes locales et de François Houllier, président-directeur général de l’Inra. Unique en France, ce dispositif d’élevage et d’expérimentation multi-espèces est dédié aux recherches en biologie et en génomique des poissons. Le nouveau bâtiment a été construit selon les principes de la haute qualité environnementale (HQE) afin de réduire la consommation d’énergie et d’eau.

Des centaines d’aquariums accueillent les petites espèces comme le poisson zèbre ou le médaka.

François Houllier, à la tête de l’Inra, a inauguré les nouvelles installations du laboratoire de physiologie et de génomique des poissons.

Patrick Prunet dirige le laboratoire de physiologie et de génomique des poissons de Rennes.

Les œufs des truites arc-en-ciel sont disposés dans de petits bacs avant leur éclosion. Le laboratoire gère l’ensemble du cycle de vie des poissons.

Une dizaine de salles d’élevage se succèdent dans le nouveau bâtiment. Certaines sont exclusivement dédiées à l’alevinage des poissons.

Les poissons rouges font partie des quatre espèces élevées à l’Inra de Rennes, avec la truite arc-en-ciel, le poisson zèbre et le médaka.

Des opérations de transgenèse sont menées sur certains poissons. Il s’agit de vérifier quels gènes activent ou bloquent certains mécanismes chez ces individus.

Les salles techniques servent à filtrer l’eau et à surveiller tous les aspects de sa production. Les installations ont été construites spécifiquement pour les besoins du centre, en partenariat avec les techniciens et les animaliers afin qu’ils puissent intervenir en direct.

Les truites de plus grande taille sont installées dans de grands bassins. Le milieu est totalement contrôlé grâce à un circuit de production de l’eau fermé et réalisé sur place.

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