Un webinaire rappelle les points clés de la lutte contre l’IAHP - Le Point Vétérinaire.fr

Un webinaire rappelle les points clés de la lutte contre l’IAHP

Tanit Halfon

| 22.10.2021 à 12:08:00 |
© garethkirklandphotogrphy-iStock

Organisé par l’Itavi le 15 octobre 2021, une visioconférence a souligné que la mise à l’abri des volailles restait indispensable pour contrôler le risque de diffusion de proche en proche du virus. Au-delà des démarches individuelles, la gestion collective, à l’échelle d’un territoire, sera un levier incontournable pour prévenir les prochaines crises. 

L’Itavi, l’Institut technique de l’aviculture, a organisée le vendredi 15 octobre 2021, une visioconférence sur l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) : « Influenza aviaire : comment prévenir une future épizootie ? ». Plusieurs conférenciers (*) se sont succédés pour répondre à cette question.

Mettre à l’abri pour réduire le risque de diffusion

Parmi les points clés à retenir, Charlotte Dunoyer, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à la santé, à l’alimentation et au bien-être animal à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a souligné l’importance de la mise à l’abri des volailles en période à risque, pour contrôler le risque d’introduction mais encore plus le risque de diffusion de proche en proche de la maladie.

En Vendée et dans les Deux-Sèvres, les analyses phylogénétiques ont montré qu’il y avait eu 3 introductions pour 4 foyers au total, avec 100% des canards mis à l’abri. Dans le Sud-Ouest, c’est une seule introduction dans les Landes pour 475 foyers, avec de nombreux animaux en plein air. « C’est donc surtout la diffusion qui pose un problème », a indiqué la conférencière. Par ailleurs, pour le risque d’introduction, elle a rappelé que les oiseaux migrateurs n’étaient pas attirés par les groupes de canards plein air, mais par la topographie des lieus, avec les mares et zones inondées. « La mise à l’abri des canards, permet aussi d’éviter l’exposition de ces zones hautement contaminées en cas de forte pression virale environnementale », a souligné la conférencière. L’alimentation est aussi à protéger car elle attire l’avifaune commensale, qui pourrait alors jouer un rôle, même si faible, dans la diffusion de la maladie. La conclusion est que la combinaison « canards plein air + densité élevée » est un point critique pour la diffusion de proche en proche, via l’aéroportage et via toutes les zones humides. Des modélisations sont en cours pour affiner la maîtrise du facteur de risque densité d’élevages, dans les communes à haute densité d’élevages. Des analyses sont aussi en cours pour comparer les différents facteurs de risque selon le type d’élevages et donc identifier les points clés à améliorer pour chaque situation d’élevages rencontrées sur le terrain.

Penser collectif

Ce risque de diffusion est à appréhender plus largement, et cela a été tout l’enjeu de la définition des zones à risque de diffusion (ZRD). « Il y a un changement de paradigme : on passe de l’échelle du chacun chez soi à l’échelle territoriale, a expliqué Jean-Luc Guérin, enseignant-chercheur et responsable de la chaire de biosécurité à l’école nationale vétérinaire de Toulouse. On sait bien qu’il y a des clusters d’éleveurs voisins, et le virus ne fait pas de distinction. » Pour identifier les ZRD, ce sont les données de la crise de 2016-2017 qui ont été utilisées. Pour cette crise, la chaire de biosécurité avait modélisé une carte à risque sanitaire, permettant d’identifier des communes comme plus à risque (= probabilité de survenue d’un foyer) que d’autres suivant la présence de différents facteurs de risque. La comparaison de ce modèle, avec les foyers IAHP de 2021 notamment dans la zone Chalosse, a révélé une concordance très élevée entre la prédiction et la réalité, confortant la robustesse du modèle proposé. « C’est ce qui nous a amené à proposer ce modèle pour définir des ZRD, qui sont donc des zones pour lesquelles on considère qu’à niveau d’exposition égale, le risque de diffusion d’un foyer index est plus élevé que dans d’autres communes. C’est différent des zones à risque particulier où on prend en compte le risque de foyers index à partir de l’avifaune sauvage. » La variable d’élevages de canards s’est révélée un facteur de risque très important, mais ce n’est pas la seule. « On a fixé un seuil à 0,75, c’est-à-dire qu’on a 75% de risque de diffusion du virus si on a une exposition sur la commune », a précisé le conférencier. Les ZRD intègrent en plus, une zone tampon de 3km autour des communes. « Tout l’enjeu, dans cette gestion de crise et pour ces zones, est de trouver collectivement des moyens d’avoir un maximum d’effets, avec le moins de contraintes et d’impacts économiques possibles », a finalement résumé Jean-Luc Guérin.

A noter qu’à ce stade, d’autres questions restent aussi en suspens au sein des filières quant aux possibles alternatives possibles de mise à l’abri, eu égard notamment de ces conséquences néfastes sur leur comportement des animaux. « On comprend bien que ces alternatives soient indispensables, mais nous ne sommes pas rentrés dans le détail à l’Anses, a souligné Charlotte Dunoyer. Sortir quelques heures sur le parcours, pour aller dans la mare d’à côté, c’est évidemment à bannir, et il y a vraiment une question de topographie à réfléchir. » Selon elle, il y a aussi des expérimentations à mener pour valider les aspects techniques des différentes modalités d’alternatives.

Risque faible de transmission à l’humain

Au-delà des mesures de lutte pour protéger les filières animales, le webinaire a été aussi l’occasion de rappeler que les virus IAHP ont théoriquement le potentiel de se transmettre à d’autres espèces animales, voire à l’être humain. Cela a été rapporté lors de la dernière épizootie avec plusieurs cas de transmission à des mammifères. Ainsi, en décembre 2020, 7 cas humains infectés par un virus H5N8 très proche des virus aviaires ont été détectés en Russie, en lien avec un foyer domestique dans un élevage d’environ un million de volailles. Aucune transmission interhumaine n’a été notifiée. Plusieurs cas d’infections de renards et de phoques ont été aussi rapportés : au Royaume-Uni en décembre 2020 (5 phoques, 1 renard), en Suède en mars 2021 (1 phoque), aux Pays-Bas en mai 2021 (2 renards), en Allemagne en août 2021 (mortalité phoques) et en Finlande (renards). Enfin, 3 cas humains ont été décrits en Chine avec des virus A(H5N6) réassortants, et non H5N8, mais possédant une H5 de même clade 2.3.4.4b que les virus circulants en Europe.

Malgré ces cas, à ce stade, l’ECDC considère que le risque de transmission à l’humain en Europe reste très faible. Toutefois, en cas de foyer, la vigilance doit rester de mise avec le port d’équipements de protection individuelle.

(*) Le programme complet était le suivant : Impact économique des crises IA 2016-2017 et estimation des pertes 2021, François Cadudal (ITAVI) ; Bilan de l’épidémie 2020-2021 et point de situation à date, Béatrice Grasland (ANSES) Présentation de l’avis de l’ANSES, Charlotte Dunoyer (ANSES) ; Meilleure identification des zones à risques, Jean-Luc GUERIN (ENVT) ; Renforcer la biosécurité sur les élevages, Julie PUTERFLAM (ITAVI) ; Solutions de mise à l’abri, Joanna LITT (ITAVI).

Tanit Halfon

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