PPA : « Tous les praticiens sont mobilisés »

Tanit Halfon | 10.10.2018 à 12:02:48 |
alain mayer
© Alain Mayer

Pour éviter l’introduction de la peste porcine africaine sur le territoire national, les autorités sanitaires ont mis en place un plan de surveillance renforcée qui mobilise les vétérinaires praticiens. Alain Mayer, vétérinaire à Vouziers (Ardennes), et référent local GTV du Grand Est, nous explique la situation sur le terrain.

Comment se sont organisées les visites obligatoires des élevages dans la zone d’observation renforcée?

En tant que membre du Conseil d’administration de la FRGTV (Fédération régionale des groupements techniques vétérinaires) Grand Est, j’ai été informé dès le 13 septembre au soir de la découverte de sangliers infectés par le virus de la peste porcine africaine en Belgique. Dès le lendemain, nous diffusions l’information aux vétérinaires sanitaires du Grand Est, en leur demandant de renforcer leur travail de sensibilisation des élevages porcins à la biosécurité. Par la suite, en complément de la Direction départementale de la Protection des populations (DDPP), nous avons contacté tous les vétérinaires habilités à effectuer les visites sanitaires dans les élevages porcins de la zone d’observation renforcée (ZOR), à savoir une quinzaine de vétérinaires, auxquels nous offrons notre appui technique. La permanente de la FRGTV a été d’une grande efficacité. Grâce à une mobilisation massive des praticiens, toutes les visites ont été réalisées dès la première semaine. Pour le suivi, les éleveurs sont appelés une fois par semaine. Certains d’entre eux sont soumis à des visites de suivi, si la DDPP estime que les mesures de biosécurité sont insuffisantes. Pour les parcs de sangliers, les agents de la DDPP se sont chargés des visites.

Comment les éleveurs ont-ils réagi au plan ?

Plusieurs petits détenteurs élevant des porcs « de basse cour » ont décidé de procéder à l’abattage de tout leur cheptel, afin de protéger l’ensemble de la filière porcine. Car si un seul porc domestique est infecté, c’est bien le statut indemne de tout le territoire qui saute ! J’observe aussi une grande cohésion entre les éleveurs et les chasseurs. Tout le monde veut faire face ensemble, en découle un grand élan de solidarité dans la région.

Quelle est la suite ?

La DGAL vient de donner son accord pour financer une formation pour apprendre aux vétérinaires le geste technique de la prise de sang chez les porcs, une compétence que le praticien a perdue faute de l’exercer. Nous attendions cette décision avec impatience, étant bien-entendu inconcevable que cette formation soit à la charge du praticien, alors qu’elle rentre, à mon sens, tout naturellement dans le cadre de son mandat sanitaire.

Pensez-vous que ces mesures seront suffisantes pour prévenir l’introduction de la maladie ?

A priori, on peut raisonnablement espérer que la faune sauvage ne sera pas touchée, car jusqu’à présent, la surveillance n’a rien révélé d’anormal et les résultats des analyses sont négatifs. Du reste, en dehors de la ZOR, les fédérations de chasseurs ont demandé aux chasseurs de faire baisser la densité des sangliers. Cependant, une partie de la ZOR, dans laquelle la chasse est interdite, fait face à une zone en Belgique, entre Bouillon et Florenville, où la chasse est autorisée ! Côté France, il me paraît déraisonnable de ne pas y autoriser la chasse sous certaines conditions, d’autant plus que la zone présente une forte densité de sangliers. Du côté des élevages de porcs, la menace me semble minime, il faut simplement continuer de serrer les rangs, comme nous avons pu le faire pour la fièvre aphteuse en 2001. Malgré tout, nous attendons toujours une présentation des mesures comme un tout cohérent, Mais aussi des réponses plus rapides de la part des autorités sanitaires : les arrêtés initiaux ne sont valables que jusqu’au 14 octobre, et pour l’instant, l’après reste flou hormis la biosécurité des élevages en ZO-ZOR réglementée par arrêté préfectoral ce matin*. Les mesures concernant la faune sauvage ne sont valables que jusqu’au 20 Octobre prochain.

* Le 8 octobre, deux arrêtés ont été publiés, relatifs aux mesures de prévention et de surveillance dans les élevages de suidés et en matière de chasse et d'activité forestière dans les zones réglementées. Ils officialisent les mesures déjà mises en place par les instructions techniques de la Direction générale de l'Alimentation (DGAL). Un autre projet d'arrêté pour lutter contre la maladie est également en cours. Il imposerait un nombre minimal de mesures de biosécurité à mettre en place dans les exploitations détenant des suidés sur l'ensemble du territoire national, avec notamment l'obligation par exploitation de disposer d'un référent en charge de la biosécurité, qui aurait suivi une formation reconnue par la DGAL.

NB : Dans la ZOR, 26 élevages ont été recensés. La majorité d’entre eux sont des petits élevages familiaux, seules deux exploitations sont d’intérêt stratégique pour la filière. Quelques uns avaient arrêté totalement leur activité.

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Pour rappel, la Direction générale de l’Alimentation a établi des mesures spécifiques de biosécurité et de surveillance dans les départements des Ardennes, de la Meuse, la Moselle, et la Meurthe et Moselle. Deux zones ont été définies : une zone d’observation renforcée (ZOR) le long de la frontière avec la Belgique, et une zone d’observation (ZO) pour le reste. Dans la ZOR, les exploitations détenant des porcs domestiques et des sangliers sauvages sont activement surveillés, via notamment des visites sanitaires par les vétérinaires praticiens. Côté faune sauvage, la chasse aux sangliers et aux cervidés, et le lâcher de grands ongulés sont suspendus. La surveillance des cadavres de sangliers est renforcée, plus particulièrement dans les zones à risque. En cas de découverte d’un cadavre, les prélèvements sont à réaliser sur place. Dans la ZO (niveau de risque 2b), la surveillance de la faune sauvage est renforcée, avec tous les cadavres qui doivent être traités. Des mesures de biosécurité obligatoires sont à mettre en œuvre dans les élevages et pour les transports, et la surveillance y est renforcée. 

 

Tanit Halfon
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