TenBoma, la révolution de la data au service du contre-braconnage - Le Point Vétérinaire.fr

TenBoma, la révolution de la data au service du contre-braconnage

Source : IFAW | 14.12.2018 à 11:57:10 |
Elephant mort
© PinkPython - iStock

Le projet tenBoma est un programme de contre-braconnage mis en œuvre par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) au Kenya en partenariat avec le Kenya Wildlife Service (KWS).

Faye Cuevas, Vice-présidente d’IFAW, le Fonds international pour la protection des animaux, Céline Sissler-Bienvenu, Directrice d’IFAW France et Afrique francophone et le Pr. Judi Wakungu, Ambassadrice du Kenya en France, ont présenté en conférence ce 11 décembre le projet tenBoma, un programme de contre-braconnage mis en œuvre par IFAW au Kenya en partenariat avec le Kenya Wildlife Service (KWS).

En Afrique, un éléphant est tué pour son ivoire toutes les 26 minutes. Tout comme le trafic de stupéfiants, d’êtres humains et d’armes, le commerce illicite d’espèces sauvages se classe parmi les crimes internationaux les plus lucratifs. Pour lutter contre le braconnage et le trafic des espèces protégées, IFAW a mis en place au Kenya, en 2015, un projet pilote avec le KWS, unité d’élite qui œuvre pour la protection de la faune dans ce pays. Baptisé tenBoma, ce projet est destiné à créer un centre interservices de renseignements sur la criminalité faunique.

Cette initiative anti-braconnage d'un nouveau genre est supervisée par Faye Cuevas, Vice-présidente d’IFAW. Lieutenant-colonel des unités de réserve de la Force aérienne des États-Unis et vétéran décoré, Faye Cuevas a servi l’armée pendant 19 ans et a participé à plusieurs déploiements au Moyen-Orient et en Afrique. Elle a consacré plus de la moitié de sa carrière militaire aux services de renseignement dans la lutte contre le terrorisme et a collaboré avec des forces spéciales pour des opérations de guerre contre-insurrectionnelle, de soutien militaire aux populations civiles, de développement des capacités nationales et d'action directe. Plus récemment affectée au Commandement des États-Unis pour l'Afrique, Faye Cuevas a supervisé plus de 100 missions spéciales de renseignement, de surveillance et de reconnaissance en Afrique de l'Ouest, en Afrique centrale et dans la corne de l'Afrique. Elle a notamment créé un système de renseignement s’appuyant sur des dispositifs technologiques éprouvés ainsi que des techniques de communication, un traitement de l'information et des méthodes d'analyse efficaces, aujourd’hui utilisé par IFAW dans le cadre de l'opération tenBoma. S’appuyant tout autant sur l’humain que sur les nouvelles technologies de tracking et d’analyse prédictive, tenBoma a pour objectif de réduire le champ d’action des braconniers dans les parcs nationaux d’Amboseli et de Tsavo et de démanteler les réseaux de trafiquants. Depuis sa mise en place, tenBoma a remporté plusieurs victoires-clés et reçu l’aval d’Interpol lors de la CoP17 de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) tenue à Johannesburg (en octobre 2016).

Dix bomas – ou villages – pour veiller les uns sur les autres

Le projet tenBoma tire son nom d’une philosophie kenyane de vie en communauté appelée « Nyumba Kumi » en swahili, ce qui signifie « dix maisons ». Cette philosophie existante parmi les communautés africaines assure que dix bomas, ou villages, sont en sécurité s’ils veillent les uns sur les autres. TenBoma conjugue cette philosophie de sécurité aux pratiques de suivi des réseaux criminels les plus sophistiquées. Le projet s’appuie ainsi, en premier lieu, sur les communautés vivant à proximité des animaux menacés, qui constituent une première ligne d’ « yeux » et d’ « oreilles » contre le braconnage. 

De ses années de service dans l’armée américaine, Faye Cuevas, Vice-présidente d’IFAW en charge du projet tenBoma au Kenya, a en effet retenu que l’information de terrain était primordiale pour combattre les réseaux terroristes. Elle applique ici les mêmes méthodes au service de la protection de la faune sauvage. L’un des enjeux de tenBoma est de convaincre les populations locales de coopérer pour recueillir le plus d’informations possible. Les Masaïs, notamment, sont sollicités. Ils connaissent leur terre comme personne et sont à même d’identifier rapidement des indicateurs de braconnage et d’en informer les écogardes du KWS. Habitants des communautés concernées et écogardes du KWS, tout comme d’autres acteurs tels que les services de police, les agences de force de l’ordre et des organisations non gouvernementales, forment ainsi un puissant réseau de surveillance et de renseignement.

L’analyse de données en deuxième ligne 

Toutes les informations de terrain sont ensuite transformées en données, précises et vérifiées. Dans un premier temps, les écogardes du KWS ont reçu l’équipement et les compétences nécessaires à la collecte des informations utiles. Puis, une plateforme collaborative de surveillance géospatiale a été mise en place pour synthétiser les données, conduire des analyses ciblées et diffuser des informations afin d’identifier des indicateurs de braconnage. TenBoma exploite notamment des données aériennes en haute résolution, des images satellites, des rapports de terrain du KWS et diverses sources participatives. 

L’analyse prédictive pour intervenir en amont et prévenir la perte de vies animales

Le programme bénéficie d’outils ultramodernes d’analyse de ces données inspirés de ceux de l’armée américaine, qui permettent de repérer des tendances d’activités en lien avec le braconnage et de donner les moyens au KWS d’intercepter les braconniers avant que des éléphants ou d’autres animaux menacés ne soient tués. Plus les données s’accumulent, plus les analystes de tenBoma sont en mesure de générer des modèles prédictifs, de comprendre les habitudes des braconniers, de retracer leur parcours et de proposer des mesures de prévention du braconnage, tels que la sécurisation de corridors pour les animaux ou l’orientation des patrouilles vers les zones les plus à risques. Ce projet pilote, qui porte déjà ses fruits au Kenya, a pour ambition être adopté et répliqué ailleurs en Afrique pour endiguer la crise du braconnage.  

Source : IFAW
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