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Se préparer ensemble aux enjeux en santé publique vétérinaire

Lorenza Richard | 17.01.2020 à 11:58:58 |
premier hub mondial en santé publique vétérinaire
© Lorenza Richard

Les risques de crises sanitaires, locaux comme mondiaux, aux conséquences économiques lourdes, nécessitent une collaboration de tous les acteurs pour chercher des solutions de prévention et de lutte efficaces.

« Il est nécessaire de se questionner sur l’évolution des enjeux en santé publique vétérinaire (SPV), et pour cela rien ne pourra remplacer une collaboration multidisciplinaire, multisectorielle, One Health » a déclaré Monique Eloit, directrice générale de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale), pour introduire la conférence donnée sur le sujet au siège de Boehringer Ingelheim à Lyon (Rhône), le 14 janvier 2020. Celle-ci a été organisée autour de deux tables rondes, à l’occasion de la signature de la charte d’engagement dans le premier hub mondial en santé publique vétérinaire, le HUB VPH (Veterinary Public Health), entre 9 organismes partenaires* de l’ecosystème lyonnais. « Seule une coopération entre organismes publics et privés peut permettre de trouver des solutions, a ajouté Erick Lelouche, président de Boehringer Ingelheim France. C’est une question de volonté et c’est en mettant en commun nos compétences et nos expertises que nous pouvons y parvenir. »
Les risques sanitaires augmentent en effet avec la mondialisation et la circulation de personnes, d’animaux, de plantes et de denrées alimentaires. La peste porcine africaine, aux conséquences sanitaires et économiques catastrophiques, est un exemple de la propagation d’une épizootie entre pays. « Je félicite le travail des pouvoirs publics et la collaboration de l’ensemble de la filière porcine, des vétérinaires et du monde de la chasse, notamment, d’avoir mis en place des dispositifs de biosécurité afin d’éviter jusqu’à présent l’introduction de la maladie en France » a déclaré Joël Limouzin, président de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles).

Vétérinaire sentinelle des maladies animales
« Le vétérinaire est la sentinelle des maladies animales, et sa responsabilité est de les détecter et de les déclarer, a rappelé Emmanuelle Soubeyran, directrice générale de VetAgro Sup. Le maillage vétérinaire est dans ce sens essentiel pour une réaction rapide en cas d’apparition d’un problème, en partenariat avec l’éleveur. » Une synergie est également nécessaire avec les Directions départementales de la protection des populations, ainsi qu’entre entre les services vétérinaires et ceux de l’Etat qui traitent de la santé publique humaine, pour prendre des décisions et mettre en œuvre des actions rapidement. 
Pour François-Loïc Cosset, directeur de recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), plusieurs maladies peuvent devenir des enjeux sanitaires en 2020, car le changement climatique accroit le risque d’en propager certaines, notamment en permettent à certains vecteurs d’envahir de nouveaux pays, de même que le changement du sol et de l’habitat, notamment avec la déforestation, et la modification des modes de vie. De plus, certains virus responsables de maladie animales peuvent franchir la barrière d’espère, comme cela a été le cas pour le virus de la fièvre de Crimée-Congo, qui a causé de nombreux cas chez l’homme. « Nous devons être vigilants, car de multiples scenarii peuvent se présenter, et le prix sociétal des maladies infectieuses est lourd à payer » a-t-il prévenu.

Expertise, surveillance et recherche
Laurent Lempereur, directeur du laboratoire lyonnais de l’Anses, a annoncé que « nous devons anticiper les crises en nous reposant sur trois piliers : les laboratoires nationaux de référence, l’épidémiosurveillance et l’investissement dans la recherche, notamment le développement de projets de recherche en médecines animale et humaine » Sébastien Cognat, du bureau de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) de Lyon, qui a affirmé que, alors que les investissements mondiaux pour la recherche en SPV restent insuffisants, « la santé animale est au cœur des préoccupations de la santé publique humaine, car les zoonoses font un million de morts par an dans le monde. Développer des formations et des procédures communes aux médecines humaine et animale est l’axe majeur de l’OMS. »  Ce point a été appuyé par Hervé Raoult, directeur du laboratoire P4 Jean Mérieux-INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), qui a également insisté sur la mise en place des mesures de prévention et de formation dans les pays émergents, car les impacts sanitaires et économiques sont encore plus importants si le pays n’est pas préparé. Dans le cas du virus Ebola, par exemple, dont l’épidémie a débuté avec la chasse aux grands singes, la mobilisation sociale a été le maillon faible, et la communication a dû être importante pour tenter de limiter certaines pratiques traditionnelles à risque. Ainsi, l’enjeu est d’aller au-delà de la collaboration intersectorielle technique, et de toucher les communautés qui font face aux épidémies locales, et parvenir à communiquer autour du risque. Quel que soit le pays, la population ne se rend en effet pas toujours compte des enjeux évoqués, et même le grand public doit être informé des risques encourus pour éviter certains cas de maladie, comme la rage, notamment.

Former et informer
Cela serait également important pour limiter les risques sanitaires alimentaires liés aux produits importés en France. « Notre système européen et français de préventions des risques de sécurité sanitaire et de lutte contre l’antibiorésistance est très strict, mais il est différent dans d’autres pays, où le maillage vétérinaire est plus faible » a constaté Emmanuelle Soubeyran. Notamment, dans certains pays, les antibiotiques sont en vente libre, et la réduction de leur usage en médecine vétérinaire est illusoire. « Nous tentons d’exporter notre modèle sanitaire, par exemple dans le cadre de jumelages entre écoles et de coopération avec les Etats, a-t-elle annoncé. Il convient d’imposer ces exigences aux acteurs économiques, qui devraient les voir comme des facteurs de compétitivité pour valoriser leurs productions et non comme des contraintes. » Enfin, l’accueil d’étudiants étrangers ne doit pas être négligé pour créer des réseaux avec d’autres universités et diffuser les informations. Pour Joël Limouzin, la sécurité alimentaire pourrait passer par une production localisée, avec une autonomie alimentaire sur les différents continents, pour limiter les échanges. En France, les circuits courts doivent être privilégiés, et notamment l’abattage en ferme est souhaité par les défenseurs du bien-être animal. « Cependant, il convient de s’assurer que la rigueur sanitaire est la même qu’en abattoir » a-t-il averti. Là encore, le partenariat éleveurs-vétérinaires est indispensable.

* VetAgroSup, Boehringer Ingelheim, Institut Mérieux, Bioaster, Lyonbiopôle, Université de Lyon, La Métropole de Lyon, Aderly, la région Auvergne-Rhône-Alpes, partenaires associés : anses et INRAE.

Photo : Table ronde 2 : Hélène Gateau, vétérinaire et journaliste, Erick Lelouche, président de Boehringer Ingelheim France, Laurent Lempereur, directeur du laboratoire lyonnais de l’Anses, Emmanuelle Soubeyran, directrice générale de VetAgro Sup et Sébastien Cognat, du bureau de l’OMS de Lyon

Lorenza Richard
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