Pays-Bas : 130 vétérinaires s’expriment dans un quotidien sur l’abattage sans étourdissement

Bénédicte Iturria | 06.07.2018 à 10:48:26 |
Abattoir
© IP Galanternik D.U. - iStock

130 vétérinaires néerlandais ont tenu à faire part de leur point de vue concernant l’abattage sans étourdissement dans la rubrique Opinion du célèbre quotidien national Trouw le 31 mai dernier.

Ces confrères sont les membres de Caring Vets, une association vétérinaire qui prend position afin d’améliorer le bien-être des animaux, sur la base de l’article 2 du Code de déontologie (article qui impose notamment aux vétérinaires de respecter et promouvoir le bien-être des animaux dont ils ont la charge). Concernant l’abattage sans étourdissement, Caring Vets soutient la position de la Fédération Vétérinaire Européenne (FVE) dont fait partie la Société Royale Néerlandaise de Médecine Vétérinaire (KNMVD) et considère « l'existence d’exceptions à l’étourdissement comme totalement inacceptable, car le bien-être et la protection des animaux devraient toujours venir avant toute considération de nature culturelle, traditionnelle, économique ou religieuse ».

Dans cet article intitulé "130 vétérinaires : Reconnaissez simplement les horreurs de l'abattage rituel", les praticiens ont tenu à réagir aux propos tenus sur l’abattage rituel dans le journal Trouw, une semaine auparavant, par Hanneke Gelderblom-Lankhout, ancienne sénatrice du parti D66 et membre du Conseil consultatif juif, chrétien et musulman. Pour cette dernière, avec une jugulation bien réalisée, un animal perd conscience en quelques secondes, parce que son cerveau ne reçoit plus de sang ni d'oxygène. Mais les praticiens réfutent cette affirmation à laquelle ils opposent « une agonie de plusieurs minutes ». De plus selon eux « Gelderblom-Lankhout décrit les horreurs de l'abattage conventionnel quand il se déroule mal et voit cela comme un argument pour accepter l'abattage sans étourdissement. C'est un sophisme. Le fait qu’il y ait des problèmes occasionnels lors de l'étourdissement ne signifie pas qu’il est préférable de dégrader considérablement le bien-être par l’abattage en pleine conscience ». 

Nos confrères ont justifié leur point de vue : « Dans le cas d'un abattage sans étourdissement, la gorge est tranchée sur un animal pleinement conscient, suivie d'une agonie de quelques minutes jusqu’à ce qu’il soit vidé de son sang. Cette agonie peut durer jusqu'à 14 minutes1 chez les bovins. Ceux-ci ont en effet une artère supplémentaire qui longe les vertèbres vers le cerveau. Lorsque le cou est tranché, c’est ce vaisseau qui va se charger d’irriguer le cerveau en maintenant l'animal conscient. Il ressent la douleur consécutive à l’énorme blessure dans les muscles du cou et la section des veines et de l'œsophage provoque l’écoulement du sang et du liquide du rumen dans la trachée (elle aussi sectionnée), ce qui est aussi extrêmement douloureux. Parce que le nerf (Nervus Vagus) est également coupé, l'animal éprouve, en plus de cette douleur intense, le sentiment d'étouffer. Le fait qu'il s'agisse d'une atteinte sérieuse au bien-être des animaux est clairement décrit dans de nombreuses études scientifiques, ce qui explique pourquoi la KNMVD, la NVWA (autorité néerlandaise de sécurité alimentaire), la FVE et Caring Vets, ont pris position contre l'abattage sans étourdissement. Il est également interdit dans d'autres pays occidentaux comme la Suisse, la Suède, la Norvège, l'Australie et la Nouvelle-Zélande et le sera en Belgique à partir de 2019 ». 

Ils ont aussi profité de cette tribune pour s’exprimer sur un point souvent ignoré du consommateur. « Depuis le 1er Janvier 2018 s’appliquent heureusement de nouvelles règles concernant l'abattage sans étourdissement, notamment celle selon laquelle un animal encore conscient 40 secondes post jugulation doit être étourdi. Comme la saignée d’un bovin ne provoque pas de perte de conscience rapide, l’étourdissement est pratiqué sur beaucoup d’entre eux, comme nous le savons d’après l’expérience personnelle des inspecteurs vétérinaires. Ces animaux ne sont ainsi plus casher et un nouvel animal devra subir cette souffrance. De fait cette viande sera vendue dans le circuit classique. Cela signifie que le consommateur néerlandais moyen, en faveur de la défense du bien-être animal, sans le savoir, achète de la viande d'animaux morts après un douloureux abattage sans étourdissement. » 
Force est de constater que le consommateur français peut lui aussi sans le savoir acheter des viandes qui ont été « déclassées » par les certificateurs halal et casher. Elles se retrouvent alors, sans aucune mention informative, dans le circuit conventionnel. 

Rapport Inra Dec 2009 : « Douleurs animales »

Bénédicte Iturria
1 commentaire
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Bruno de Neckere, Vétérinaire le 07-07-2018 à 10:24:12
Des porcs Halal !!!!! LOL !!!!!!
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