Ouverture du marché de la viande bovine française au marché chinois

Clothilde Barde | 17.01.2018 à 14:43:17 |
viande boeuf
© davidchukalexey - iStock

Le bœuf français va enfin bénéficier de la levée de son embargo en Chine. Cette mesure ouvre de nouvelles perspectives pour la filière française dans un marché chinois très prometteur. Mais il faudra y conquérir sa place.

De retour de son déplacement en République populaire de Chine avec Emmanuel Macron, le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, a fait le bilan de sa visite le 11 janvier dernier. L’une de ses victoires est d’avoir réussi à déverrouiller le marché du bœuf bloqué depuis 2011. En effet, en mars 2017, après plusieurs années de travail, une annonce de levée de l’embargo avait été faite mais il restait alors sept étapes administratives et techniques à franchir avant de pouvoir effectivement envisager les premières expéditions de viande. « C’est une accélération par décision politique de l’avancée des procédures, avec un protocole calé sur un calendrier de six mois, qui a été obtenue par le gouvernement français » explique Jean-Marc Chaumet de l’Institut de l’Elevage. Si tout se passe bien, théoriquement dans six mois, les exportations pourront débuter.  L’accord conclu ici porte sur de la viande désossée congelée de bovins âgés de moins de trente mois. Pour Dominique Langlois, président d'Interbev (interprofession française de la viande), qui considère «le potentiel du marché chinois comme stratégique », c’est «une excellente nouvelle ». Cette annonce «constitue une opportunité pour la production française grâce à l’exportation ». «Toutefois, il reste encore plusieurs étapes à franchir avant de pouvoir exporter vers la Chine». Un audit du système sanitaire français pour la production de viande bovine sera nécessaire ainsi que la signature d'un protocole d'accord entre les gouvernements français et chinois. Enfin, les abattoirs français candidats à l'export vers la Chine seront individuellement audités par les autorités chinoises.
Une filière en déclin
Depuis plusieurs années, le marché européen voit la part de la viande de bœuf diminuer progressivement face à la volaille notamment. Les 150 000 éleveurs bovins français ont donc grand besoin de trouver de nouveaux débouchés et de relever les cours de cette viande.
Un nouvel marché concurrentiel
L’appétit des 1,4 milliards de Chinois a de quoi ouvrir de nouvelles perspectives pour les fournisseurs de ce pays. «Le Chinois, traditionnellement mangeur de porc et de volaille, est en train de découvrir le bœuf», expliquait Jean-Paul Simier, économiste spécialiste de la viande lors de la journée "Terre 2017" organisée à Rennes 11 septembre dernier. «Il n’en consomme aujourd’hui que 5 kg par an, quatre fois mois qu’un Français». Et encore ceci est-il plutôt le fait, comme l’élevage bovin lui-même, de communautés spécifiques, notamment musulmanes. Même avec cet appétit encore modeste, la Chine importe déjà 20 % de sa consommation de bœuf, alors que son cheptel pèse à lui seul presque 10 % du troupeau mondial et 5 fois celui de la France. Le pays achète hors de ses frontières pas moins de 1,7 million de tonnes par an. « C’est l’« effet papillon », explique Jean-Paul Simier: «Une légère hausse de consommation chinoise peut avoir un effet significatif pour les éleveurs français». Mais attention, prévient Jean-Marc Chaumet, spécialiste de la Chine à l’Institut de l’Élevage: «Il faudra savoir imposer à la fois le bœuf, dans un pays où la gastronomie s’y intéresse peu, et le bœuf français face à des concurrents déjà présents. » En effet, le Brésil, l’Inde, l’Uruguay, l’Argentine et l’Australie sont déjà fortement présents et très offensifs en marketing et communication. Et l’Italie et l’Irlande seront certainement les prochains sur le marché de l’exportation. Il en est de même pour les États-Unis qui ont obtenu l’an dernier une fin d’embargo express.
Nouveaux accords pour 2018
Au cours de cette visite, le ministre Stéphane Travert et son homologue chinois M. Hang Changfu ont évoqué les travaux engagés sur les produits de la filière avicole, en lien avec l’évolution favorable du statut sanitaire français vis-à-vis de l’influenza aviaire hautement pathogène. Ces derniers vont pouvoir s’accélérer tout comme ceux engagés dans les secteurs laitier et porcin. L’objectif est maintenant de finaliser les agréments d’entreprises nécessaires à l’exportation des produits français. Ils ont également signé une déclaration d’intention sur l’approfondissement de la coopération dans le domaine agricole ainsi que deux protocoles de projets dans le domaine sanitaire: l’exportation de chevaux vivants et la mise en œuvre de la certification sanitaire électronique à l’export. Enfin, un accord sur la création d'un laboratoire international associé sur la santé des forêts a été acté.

Pour conclure son intervention, Stéphane Travert a finalement déclaré se féliciter de ces nombreuses avancées dans le domaine agricole et agroalimentaire: «Ce premier déplacement du président de la République en Chine a permis de donner un nouvel élan à notre coopération agricole et agroalimentaire avec la Chine, partenaire essentiel de la France en ce domaine. Des liens durables ont été établis et devront être renforcés dans un esprit de respect mutuel et de volonté forte de coopération ».

 

Clothilde Barde
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