Nombre d’abandons record, effet collatéral des confinements

Valentine Chamard

| 08.09.2021 à 13:55:00 |
© Bogdan Kurylo-iStock

La hausse des adoptions observée pendant la pandémie de Covid-19  a pour effet l’explosion des abandons des animaux de compagnie aujourd'hui. La SPA tire la sonnette d’alarme tandis que le Royal Veterinary College de Londres étudie le profil des nouveaux adoptants.

L’année 2020 et ses confinements successifs auront eu pour effet collatéral une hausse des adoptions d’animaux de compagnie…qui se traduit aujourd’hui par des abandons massifs. Ce sont ainsi près de 17 000 animaux qui ont été accueillis rien que dans les structures de la Société Protectrice des Animaux (SPA) entre le 1er mai et le 31 août, « un nombre historiquement à son plus haut niveau pour une période estivale, soit une augmentation de 7 % par rapport au dernier record de 2019 », souligne l’association.  Les Nac, « trop facilement achetés en animalerie ou sur Internet » et les chats, « victimes du business non régulé de « l’animal objet », mais aussi d’un cruel manque de stérilisation et d’identification », sont particulièrement concernés (hausse de 82% des abandons par rapport à 2019 pour les premiers et de 19% pour les seconds). « Concernant les chiens, si l’été 2020, marqué par la Covid, avait engendré une baisse importante d’abandons directs en refuge, cet été marque un retour malheureux au niveau des années précédentes avec un total de 4360 chiens recueillis, dont plus de 2000 abandonnés directement à la SPA. On enregistre cependant une baisse significative et continue des chiens issus des fourrières. L’identification entraîne la responsabilisation des propriétaires et incarne bien l’un des meilleurs remparts à l’abandon sauvage ».

Adopter un animal,  quoi qu’il en coûte 

Constat partagé outre Manche, où une étude en ligne menée par le Royal Veterinary College  de Londres s’est penché sur l’explosion des demandes en animaux de compagnie pendant les confinements, pour connaître les motivations des nouveaux propriétaires de chiots (âgés de moins de 16 semaines et adoptés entre le 23 mars et le 31 décembre 2020), les méthodes d’adoption, leur profil et les comparer à ceux qui ont acquis un chiot pendant la même période en 2019.  4369 chiots sont concernés par cette étude pour l’année 2020 et 1148 en 2019. Les résultats indiquent que 1/10 adoptant en 2020 n’avait pas prévu cette acquisition avant le confinement et 2/5 estiment avoir pris leur décision en raison de la pandémie, la plupart (86,7%) disposant de plus de temps pour s’en occuper. L’analyse de l’enquête montre aussi que les adoptants de 2020 ont plus de chance d’être des primo-adoptants et d’avoir des enfants dans leur foyer. A l’inverse, ceux-ci ont une probabilité plus faible d’avoir fait appel à des éleveurs pratiquant des tests de bonne santé chez leurs animaux ou membres du Kennel Club ou d’avoir vu leur chiot « en personne » avant l’acquisition et sont plus disposés à verser un acompte avant d’avoir vu l’animal. Au moment de l’adoption, les chiots sont plus susceptibles d’être trop jeunes et cédés en dehors de la propriété de l’éleveur, d’être vus à part du reste de la portée et de coûter plus de 2000 livres, en comparaison avec les adoptions de 2019. Bien que la plupart des adoptants soient bien intentionnés, cette étude montre que ces comportements d’achat augmentent le risque d’acquisition auprès d’élevages peu sérieux ou des « usines à chiot » et alimentent le commerce illégal. Avec des conséquences sur la santé des animaux et leur comportement. Inexpérience des adoptants, surestimation du rôle joué par l'animal auprès des enfants, mauvaise appréciation des réalités économiques et des devoirs envers l'animal, achats impulsifs et animaux avec des troubles comportementaux expliquent l’explosion des abandons actuellement observés.

Abandons, mais aussi maltraitance

La SPA souligne également de son côté un autre phénomène, celui de la hausse des sauvetages à la suite d’enquêtes pour maltraitance, multipliées par cinq par rapport à 2019. A la veille de l’examen par le Sénat de la  proposition de loi sur la maltraitance animale, l’association tient à  rappeler que deux articles visent à interdire la vente d’animaux en animalerie et à mieux encadrer les ventes et cessions sur Internet en les réservant aux seuls professionnels éleveurs. « Il est primordial et essentiel que les sénateurs valident ces deux nouvelles dispositions, fondamentales pour stopper le business de « l’animal objet » dont les effets pervers se mesurent tristement à la lecture du bilan de l’été 2021.

Valentine Chamard

1 commentaire
avatar
Juliane le 09-09-2021 à 03:08:10
Je suis abasourdie de l'irresponsabilité de certaines personnes voire de leur cruauté vis à vis d'êtres sensibles qui ne peuvent s'exprimer, se défendre.
Je suis très triste.

Juliane
Réagir à cette actualité
Cet espace a vocation à débattre et partager vos avis sur nos contenus. En réagissant à cette actualité, vous vous engagez à respecter les conditions générales d’utilisation de Le Point Vétérinaire.fr. Tout commentaire calomnieux ou injurieux sera supprimé par la rédaction.
Retrouvez toute l’actualité vétérinaire
dans notre application