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Les plumes des canards, une source de dissémination des virus influenza aviaire

Tanit Halfon

| 31.10.2023 à 16:04:00 |
© iStock-OlesyaAndreeva

Des équipes de recherche françaises et espagnoles ont démontré que l’épithélium des plumes de canards était une source probable de particules virales d’influenza aviaire hautement pathogène H5.

Une découverte de taille sur les virus influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) vient d’être faite par des équipes de recherche françaises et espagnoles, dont les scientifiques de la Chaire de biosécurité et santé aviaires de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. Dans un article publié en octobre 2023 dans la revue Emerging Microbes & Infections, ils montrent que « l’épithélium des plumes contribue à la réplication virale et constitue une source probable de matériel infectieux dans l’environnement », pour les virus HP H5 du clade 2.3.4.4b actuellement circulant dans le monde.

Des données du terrain et de laboratoire

Jusqu’à présent, il était considéré que la diffusion virale se faisait principalement par les voies respiratoires et digestives, ont rappelé les auteurs de cette étude. Toutefois, il avait été démontré que les follicules des plumes en croissance étaient un lieu de réplication virale pour les virus H5 et H7 HP, chez les canards et chez des espèces de gallinacés. Les plumes pouvant contenir du matériel infectieux en post-mortem jusqu’à 160 jours à 4°C, et 15 jours à 20°C. Pour autant, des inconnus persistaient sur le potentiel contribution dans la diffusion virale, alors même qu’on savait que les plumes étaient partie intégrante de la poussière des poulaillers commerciaux de poules pondeuses, et qu’il était déjà clair que cette dernière était une source de particules virales infectieuses.

Dans ce contexte, l’objectif des chercheurs a été d’étudier « le rôle de l’épithéliotropisme des plumes dans la dissémination environnementale des virus HP H5 », chez les canards. Pour ce faire, des prélèvements de peaux et plumes ont été réalisés en France chez des canard de Barbarie et mulards issus de foyers d’IAHP sur la période 2016-2022. Tout comme chez d’autres espèces à des fins de comparaison (poulets, dindes, cailles, oies, cygnes sauvages). Les chercheurs ont complété ces échantillons du terrain, par des échantillons similaires issus d'individus infectés expérimentalement. Des échantillons de poussière de 4 foyers de l’épisode 2021-2022 ont aussi été inclus dans l’étude. Les analyses consistaient en des examens histologiques des échantillons (tissus et blocs de poussières), associés à des détections virales in situ ; et des titrages de virus pour évaluer l’infectivité des sous-compartiments de la plume. 

Une nouvelle voie de transmission virale sous-estimée ?

Les analyses ont révélé qu’il y avait des lésions marquées au niveau de l’épithélium des plumes en croissance, de type nécrose, associées à la détection d’antigènes viraux, que ce soit pour les canards infectés naturellement ou expérimentalement. Ce qui confirme le « tropisme marqué pour l’épithélium des plumes de canards domestiques ». De plus, les analyses moléculaires ont montré que les virus « infectent rapidement l’épithélium des plumes, et s’y diffusent au cours de l’infection ». Autre résultat : « l’infection de l’épithélium des plumes génère la production de virions libérés de manière extracellulaire entre les barbules ». Enfin, les analyses faites au niveau des échantillons de poussière ont révélé que « des fragments détachés de l’épithélium des plumes infectés sont aérosolisés dans les poulaillers infectés et restent infectés. »

Ces résultats montrent ainsi pour la première fois que le tropisme des virus HP H5 concerne l’épithélium des plumes en croissance chez les canards, qui apparaît comme un lieu de réplication virale. Ce phénomène a aussi été confirmé pour d’autres oiseaux, comme les oies ou les cygnes tuberculés. Pour les poulets, cailles et dindes, les virus étaient plutôt au niveau de la pulpe des plumes et dans le derme. A ce stade, s’il manque encore des données pour bien appréhender l’importance de cette source d’infections par rapport aux autres, les chercheurs soulignent que « l’intensité du signal viral détecté dans la fraction des plumes identifiée dans les échantillons de poussières est remarquable ». Selon eux, « dans l’ensemble, ces données soutiennent l’idée que les débris de plumes de canards infectés sont infectieux. La persistance de l’infectivité dans le temps et la dispersion de ces débris infectieux dans l’environnement restent à évaluer, en particulier en ce qui concerne la contamination à longue distance et la dissémination entre exploitations. »

Pour les chercheurs, cette découverte « ouvre la voie à un changement de paradigme dans l’épidémiologie de l’influenza aviaire », avec une nouvelle voie de transmission qui pourrait être sous-estimée. Cela ouvre aussi la voie à une réflexion sur la biosécurité et les mesures de lutte contre la maladie.

Tanit Halfon

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