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Les allergies au chat chez l’humain 

Mylène Panizo | 18.08.2021 à 09:00:00 |
© Domepitipat-istock

Nestlé Purina, qui commercialise un aliment qui vise à diminuer les symptômes de l’allergie au chat chez l’humain, a organisé une conférence qui s’est penchée sur ce type d’allergie. Une thèse sur l’allergie des vétérinaires vis-à-vis des chats est par ailleurs en cours.

Nestlé Purina a organisé le 2 juin 2021 une conférence sur le thème des allergies chez le chat et l’humain. Emmanuel Bensignor (diplômé ECVD, spécialiste en dermatologie) a présenté les spécificités de l’allergie chez le chat. Elle se présente sous différentes formes (dermatite atopique, asthme, rhino-conjonctivites, etc.). Les causes sont variées (piqûres de puces, aliments, médicaments, aéroallergènes, etc.). Chez le chat, à la différence du chien, la localisation des lésions dermatologiques ne permet pas de prédire la cause de l’allergie. Le chat allergique peut présenter un prurit cervico-facial intense. Les lésions sont alors très érodées et inflammatoires, ce qui affecte la qualité de vie de l’animal. On parle actuellement de syndrome cutané atopique félin (anciennement « dermatite atopique féline ») pour qualifier une dermatite allergique qui n’est pas causée par une allergie aux piqûres de puces ni par l’alimentation. Dans ce cas, une recherche étiologique est indiquée, par la réalisation d’intradermoréactions. Ces tests ne sont pas faciles à réaliser, la peau du chat étant très fine, l’opérateur doit être expérimenté afin de bien réaliser les injections dans le derme et non en sous-cutané. Les tests sérologiques ne sont pas validés par la communauté scientifique chez le chat, sauf dans le cadre d’une allergie aux piqûres de puces. Il existe peu de données sur l’efficacité de la désensibilisation chez le chat atopique. Il y aurait une amélioration significative dans 50 à 60% des cas, mais le niveau de preuve est insuffisant pour pouvoir la recommander systématiquement.  

L’humain allergique aux chats

Laurence Colliard (diplômée ECVCN, spécialiste en nutrition, exerçant en recherche nutritionnelle chez Nestlé Purina Petcare) a présenté l’allergie au chat chez l’humain. Celui-ci peut être allergique à un grand nombre d’allergènes (pollen, graminées, acariens, etc.). Les syndromes respiratoires (asthmes, rhino-conjonctivites) sont majoritaires, mais il existe aussi des manifestations cutanées (dermatite atopique). Les allergies aux chats sont fréquentes : elles concernent jusqu’à 26 % des patients allergiques en Europe et jusqu’à 30% des enfants en Asie.

95% des personnes allergiques aux chats sont sensibles à la protéine Fel d1 (il existe huit allergènes chez le chat). Il s’agit d’une protéine secrétée majoritairement dans la salive, et de façon moindre dans les glandes sébacées des chats. Fel d1 est transporté sur les poils du chat lorsque ce dernier se toilette. Il est ensuite dispersé dans l’environnement par les poils morts et les squames. La personne allergique est donc en contact avec cet allergène principalement par voie respiratoire (voie transcutanée également possible).

Cette protéine est sécrétée chez tous les chats, indépendamment de la race, de l’âge, du poids, du statut sexuel, de la présence ou la longueur des poils et du type d’habitat. Il n’existe donc pas de chat « hypoallergénique ». Certaines races sont dites moins sécrétrices (comme le sibérien et le bengal), mais cela n’a pas été validé scientifiquement. Le sphynx sécrète du Fel d1 mais l’absence de poils disséminés dans l’environnement réduit la charge d’allergènes sans pour autant l’éliminer. La stérilisation a tendance à diminuer la sécrétion sébacée, et donc potentiellement à réduire la sécrétion de Fel d1, mais cela reste débattu.

Les chats ne sécrètent pas tous le même taux de Fel d1. Ce dernier est variable en fonction des individus mais aussi chez un même individu. Il existe des chats dits « petits sécréteurs » (dont la sécrétion en Fel d1 dans la salive varie entre 0,4 et 35 µg/ml de salive) et des « grands sécréteurs » (de 35 à 320 µg/ml).

Une thèse en cours

Une thèse vétérinaire est en cours de rédaction (Sylvain Duffosé, Oniris) dont l’objectif est de caractériser la fréquence et les particularités des allergies aux chats dans les structures vétérinaires en France. Les premiers résultats montrent que le personnel soignant est concerné par les allergies à Fel d1 (souvent en associations avec d’autres allergènes), les symptômes étant majoritairement respiratoires (une fatigabilité et des altérations du sommeil sont également constatées). Le port du masque, en période de pandémie de Covid-19, permet d’atténuer ces symptômes. Ces allergies ont des répercussions (perte de productivité, arrêts de travail, voire reconversions professionnelles).

Les allergies aux chats ont des conséquences sur la qualité de vie du propriétaire mais aussi sur le bien-être du chat (réduction des interactions, limitation de son espace de vie, risque d’abandon, etc.).

Maîtriser les allergies aux chats : une approche multimodale

Il n’existe pas de données sur l’efficacité de la désensibilisation sur les personnes allergiques aux chats. Les allergologues recommandent de diminuer la quantité d’allergènes de chat en diminuant l’exposition (confier le chat à un autre foyer, le laver quotidiennement, nettoyage intensif de l’environnement par l’utilisation d’aspirateurs à filtres spéciaux, élimination des tapis et moquettes, etc.). En pratique, très peu de propriétaires se séparent de leurs chats ni le lavent.

Nestlé Purina a mis sur le marché des croquettes (Purina Pro Plan® Liveclear®) ayant pour objectif de neutraliser le Fel d1 dans la salive. La technique fait appel à des immunoglobulines aviaires (Ig Y) anti-Fel d1 produits naturellement par des poules partageant l’environnement avec des chats. Ces Ig Y anti- Fel d1 sont transférées dans leurs jaunes d’œufs, qui sont incorporés dans ces croquettes. Les anticorps anti-Fel d1 se lient au Fel d1 produit dans la salive lors du repas. Lors du toilettage, le Fel d1 ainsi neutralisé n’est plus reconnu comme allergène chez l’Humain.

Les études sur l’efficacité et l’innocuité ont montré de bons résultats. 50 %  des chats présentent une réduction de 50% de la protéine Fel d1 active sur le pelage des chats, et 86 % une réduction de 30 %. Les chats « grands excréteurs » sont ceux présentant une diminution la plus importante.

L’efficacité sur la réduction des symptômes allergiques chez l’humain sensible à Fel d1 fait l’objet d’études en cours. Des résultats préliminaires (étude en milieu universitaire) révèlent une charge en Fel d1 actif significativement diminuée.

La maîtrise des allergies aux chats fait donc appel à une approche multimodale : environnement, immunothérapie, traitements, alimentation spécifique pour le chat.

D’autres axes de recherche sont en cours, autant en médecine humaine que vétérinaire (vaccination anti Fel d1). Cependant, à l’heure actuelle, le rôle de Fel d1 reste inconnu. Les effets éventuels sur la santé et le bien-être du chat en cas d’arrêt de production de cette protéine ne sont pas connus.

Sources

- R. Halliwell, C.M Pucheu-Haston, T.Olivry, and al. Feline allergic diseases: introduction and proposed nomenclature. Vet Dermatol. 2021. Feb;32(1):8-e2.

- I Dávila , J Domínguez-Ortega, A Navarro-Pulido , et al. Consensus document on dog and cat allergy. Allergy. 2018 Jun;73(6):1206-1222.

- S. K Chan, D. Y M Leung. Dog and Cat Allergies: Current State of Diagnostic Approaches and Challenges. Allergy Asthma Immunol Res. 2018 Mar;10(2):97-105.

Mylène Panizo
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