Le Parlement européen vote l'interdiction totale de la pêche électrique

Clothilde Barde | 24.01.2018 à 15:48:54 |
chalut pêche
© taylanibrahim - iStock

Le 16 janvier dernier, les députés Européens se sont prononcés en majorité (avec 402 votes contre 232) pour l'interdiction totale de la pêche électrique dans l’Union Européenne. Le vote de cet amendement, salué par la France, va conduire pendant plusieurs mois à une phase de négociation dite « trilogue » entre le Parlement Européen, le Conseil et la Commission.

La pêche électrique consiste à pêcher des organismes aquatiques benthiques, c’est-à-dire vivant au fond des mers, au moyen d’impulsions électriques envoyées dans les fonds marins par des électrodes situées à l’avant des filets des chaluts. Les poissons sont alors paralysés puis remontent à la surface où ils sont pris dans des filets placés au dessus d’eux. Les soles, les plies et les turbots sont les espèces les plus concernées par ce procédé.

Une pratique interdite en Europe depuis 1998
La pêche électrique est interdite par la Commission européenne depuis 1998 mais bénéficie depuis 2007 de dérogations dans la partie sud de la Mer du Nord incluses dans la loi en 2013. En effet, à titre expérimental, chaque Etat était autorisé à équiper maximum 5 % de sa flotte de chalutiers à perche de filets électriques. Or, selon les associations environnementales et de pêcheurs, depuis 2009, les Pays-Bas ont délivré de très nombreuses autorisations non réglementaires et finalement plus de 10 % de leurs chalutiers à perche sont équipés pour la pêche électrique.

Mobilisation des associations de protection de l’environnement
L’ONG Bloom, spécialisée dans la défense des océans et de la pêche durable, a déposé plainte début octobre contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne. L’association les accuse d’avoir autorisé illégalement des navires à pratiquer la pêche électrique. Cette plainte a conduit le Parlement Européen à voter, le 16 janvier dernier, un amendement sur l’interdiction de la pêche électrique sans dérogation possible dans l’Union Européenne. Le vote-surprise des eurodéputés doit beaucoup à la mobilisation d’un ensemble d’associations de protection de l’environnement et de plusieurs associations de pêcheurs-artisans qui dénoncent cette pratique notamment ses impacts jugés négatifs sur les écosystèmes marins et sur les stocks de poissons.

Des avis partagés
Selon les pays partisans de ce type de pêche (représentés principalement par les Pays-Bas), elle présenterait divers avantages. En effet, cette pratique est décrite comme étant plus écologique, car moins consommatrice de carburant. Les bateaux pêchent plus vite, il y a donc moins d’émission de CO2. Toujours selon les pêcheurs néerlandais, la pêche électrique éviterait de racler les fonds et de les abîmer, comme avec les chaluts à perche classique et enfin, elle diminuerait les captures accessoires en ciblant les poissons souhaités. Face à ces arguments, les associations environnementales rétorquent que, même si cette pêche permet de diminuer les dépenses de carburant, « le courant électrique n’épargne aucun organisme : toute la vie marine est électrocutée » (selon l’association Bloom). Les impacts sur la ressources marines seraient aussi importants: les poissons remontés dans les chaluts montrent souvent des brûlures, des ecchymoses et des déformations du squelette consécutives à l’électrocution.

Conséquences pour l’avenir
 « C’est une victoire formidable pour les océans, pour les pêcheurs artisans et pour l’Europe », s’est félicité Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, face aux résultats du vote. Cependant, l’association tient toutefois à rappeler que les mesures sur la pêche électrique s’inscrivent dans un règlement « Mesures Techniques », qui lui, est extrêmement nuisible pour la santé des océans. « il met l’avenir de l’océan et de la protection des écosystèmes en péril. A part pour la pêche électrique, le règlement est inacceptable en l’état. Attendons de voir ce qui se produira en trilogue. » Dans ce contexte, il est impossible de prédire les étapes que connaîtra ce règlement, mais une chose est sûre pour Bloom et ses nombreux alliés politiques, associations et pêcheurs: « nous ne lâcherons pas jusqu’à ce que la pêche électrique soit totalement et définitivement interdite en Europe. »

Clothilde Barde
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