Le Danemark veut instaurer une taxe carbone sur l’élevage - Le Point Vétérinaire.fr

Le Danemark veut instaurer une taxe carbone sur l’élevage

Fabrice Jaffré

| 10.07.2024 à 13:00:00 |
© iStock-Eisenlohr

Les recettes seraient reversées sous la forme d’une cagnotte de soutien à la transition verte de l'élevage. Le projet de loi doit encore être approuvé par le Parlement.

Le gouvernement danois a proposé le 25 juin un nouvel accord sur le « Danemark vert » qui contient, entre autres mesures en faveur du climat et de l’environnement, l’instauration en 2030 d’une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre produites dans les élevages. La taxe sera de 300 couronnes danoises (environ 40 € par tonne) d’équivalent CO2 émis, puis grimpera à 750 couronnes danoises (environ 100 €) en 2035, soit respectivement 16 € et 40 € après application d’une déduction fiscale de 60 %. Pour la filière bovine, cela correspondrait à environ 100 € par vache, d’après les calculs du Financial Times.

Les recettes de cette taxe participeront à la transition verte de l’industrie de l’élevage, en tout cas pour les deux premières années, puisque la répartition des recettes sera revue en 2032. Les éleveurs qui investissent déjà dans des solutions visant à réduire les émissions ne seront pas soumis à la taxe.

De façon plus globale, l’accord sur le « Danemark vert » vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre du Danemark de 1,8 million de tonnes d’ici à 2030, en visant la neutralité carbone en 2045.

Un projet de loi qui doit encore être approuvé

« L'agriculture est le plus grand émetteur de CO2 du Danemark », a précisé Lars Aagaard, ministre du Climat, de l'Énergie et de l'Approvisionnement, en ajoutant : « C’est pourquoi nous sommes le premier pays au monde à introduire une taxe climatique et à accélérer les mesures vertes, afin d’être sur la bonne voie pour atteindre avec plus de certitude l’objectif de 2030 ». Le projet de loi doit encore être approuvé par le Folketing, le Parlement danois, dans le courant de l’année 2024.

Reste que l’accueil est très mitigé du côté de Greenpeace, en raison du faible montant de la taxe : « la taxe climatique sur l’agriculture sera inférieure au scénario le moins ambitieux présenté par le groupe d’experts [qui avait été nommé par le gouvernement en février dernier] », a critiqué Poul Bonke Justesen, responsable de la communication chez Greenpeace Danemark.

Mais « d’autres pays s’en inspireront », a assuré Jeppe Bruus, ministre danois des Finances. Justement, qu’en est-il des autres pays ?

Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande avait annoncé en octobre 2022 une mesure équivalente devant entrer en vigueur en 2025. Le projet, surnommé improprement « taxe sur les pets de vache » par les éleveurs de bovins, a fait long feu : il a été officiellement abandonné en juin 2024. Le nouveau gouvernement a privilégié la voie de la recherche, et notamment la génétique et l’utilisation d’inhibiteurs de méthane, mais sans réduire la production ou les exportations.

D’autres leviers de réduction des émissions de GES

En France, il est estimé que l’élevage bovin est responsable de 11,8 % des émissions de gaz à effet de serre. Un rapport de la Cour des comptes du 22 mai 2023 recommandait de « définir et de rendre publique une stratégie de réduction du cheptel bovin », pour respecter les engagements climatiques du pays. Concernant la baisse du cheptel de 10 % déjà observée sur les six dernières années, le rapport considérait cette évolution comme « ne permettant pas à la France d’atteindre les objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’est elle-même fixée, notamment dans le cadre du Global Methane Pledge ».

Selon l’I4CE (Institue for climate economics), cette baisse du cheptel n’aura de sens que si elle s’accompagne d’une réduction de la consommation de viande « si on ne veut pas que la réduction de la production française ne soit simplement compensée par des importations accrues ».

D’autres voies que la réduction du cheptel sont explorées depuis des années pour réduire les émissions de méthane entérique. Le projet français Méthane 2030 par exemple, lancé le 21 février dernier, est une démarche réunissant scientifiques et professionnels* qui veut identifier et développer des solutions de réductions d'émissions de méthane entérique des bovins. Quatre axes prioritaires ont été retenus : la génétique, la conduite du troupeau, l’alimentation et les compléments alimentaires. L’objectif est une réduction de 30 % en 10 ans des émissions de méthane des filières bovines par des solutions multi-leviers. En revanche, plus de nouvelles du masque imaginé en 2017 par la start-up Zelp permettant de capter le méthane rejeté par le nez et de le transformer en CO2....

* APIS-GENE, Idele, INRAe, quatre Chambres d’agriculture, les interprofessions (Cniel, INTERBEV et FGE) et fédérations nationales (ELIANCE, CNE).

Fabrice Jaffré

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