Le Centre de Champignelles de l'ENVA va fermer

Tanit Halfon | 07.12.2018 à 11:36:46 |
champignelles
© Anthony Le Breton

Le Conseil d’administration de l’école nationale vétérinaire d’Alfort a finalement tranché, en faveur de la fermeture du site d’application de Champignelles (Yonne). Christophe Degueurce, directeur de l’école, nous explique les raisons qui ont motivé ce choix.

A quoi sert le site de Champignelles ?

En tant que Centre d’application en productions animale, il concourt à la formation initiale des étudiants de l’école. Dans ce cadre, les domaines d’enseignement sont clairement définis. Au programme : des visites d’élevage de ruminants, porcs et volailles du département et des départements voisins, de l’abattoir de Migennes et d’entreprises agro-alimentaires locales, des séances d’autopsie de ruminants, l’enseignement des pathologies d’élevage restant dispensé au sein des locaux de l’école. Au cours de leur scolarité, les étudiants séjournent sur le site pendant trois périodes de 5 jours consécutifs.

Quelles sont les raisons de la fermeture du site ?

Plus d’un quart de la valeur de la dotation de fonctionnement annuelle allouée par l’État à l’école (2 millions 100) est dédié au site de Champignelles, ce qui représente entre 350 000 et 500 000 euros pour seulement 3 semaines d’enseignement ! C’est 3 à 5 fois plus que le coût de la partie enseignement Animaux de compagnie. Le Centre a progressivement développé une exploitation agricole qui a fini par coûter très cher, entre 90 000 et 180 000 euros d’entretien à l’année. Il dispose aussi d’un élevage allaitant et d’un élevage de moutons, qui étaient très peu utilisés à des fins pédagogiques. Au regard du coût et du bénéfice pour la formation, le site apparaît peu pertinent, d’autant plus si on le compare avec nos autres centres d’activités. Par exemple, le CIRALE (Centre d’imagerie et de recherche sur les affections locomotrices équines) fonctionne toute l’année, le site de Maisons-Alfort 11 mois sur 12 quand l’activité de Champignelles ne dépasse par les 24 et 28 semaines par an ! En parallèle, les travaux en cours de réhabilitation de l’école engendreront à terme 1 million 100 euros de dépenses supplémentaires pour le fonctionnement des nouveaux bâtiments. Par conséquent, l’imminence d’un risque budgétaire majeur, qui n’est rien de moins qu’une cessation de paiement en 2020-2021, devenait plausible. Une des solutions aurait été de développer des activités lucratives sur le site, mais les demandes et tentatives faites en ce sens depuis plusieurs années n’ont jamais abouti. J’avais aussi sur ma table une demande de la DRIAAF (Direction régionale de l’Agriculture et de la Forêt) invitant l’école à relocaliser ses activités en Ile-de-France et à construire un réseau avec les élevages et entreprises agro-alimentaires de la région. De toute façon, à terme, Champignelles allait poser un problème pédagogique : des déficiences étaient apparues lors de l’évaluation de l’EnvA en 2015 par l’Association européenne des établissements d’enseignement vétérinaire et Champignelles ne permettait pas de répondre à ce défi de diversification de l’offre pédagogique.

Ce choix est-il partagé au sein de l’école ?

Cette décision est le résultat d’une concertation d’une année. Je ne souhaitais et ne pouvais pas passer en force, aussi, nous avons construit un processus collectif, basé sur la responsabilité de chaque membre du conseil d’administration. Au final, lors du dernier Conseil, sur 36 votants, 27 ont voté pour la fermeture, 6 contre et le reste s’est abstenu ou a voté blanc. Le corps étudiant a aussi largement participé au processus en organisant des assemblées générales, des groupes de travail… et au final, 80% d’entre eux ont voté pour la fermeture du site. Leurs représentants ont résumé la situation en une phrase : « le cœur dit non, la raison dit oui ».  Aujourd’hui, je vais appliquer la décision de la communauté. Je trouve que c’est un bel exercice de démocratie.

Que va devenir le site et son personnel ?

La fermeture effective est prévue pour septembre 2020. D’ici là, il est prévu de procéder au reclassement de l’ensemble du personnel (13 supports d’emploi). La piste de repreneurs est fortement travaillée.

Comment comptez-vous compléter la formation des étudiants en productions animales ?

L’ouverture d’un hôpital pour animaux de production (Bâtiment Nocard) composé d’un secteur infectieux et d’un secteur sain, est prévue pour 2019. Son objectif est double : renforcer la formation des étudiants en santé animale, mais aussi répondre à la demande des éleveurs de l’Ile-de-France et des régions environnantes, qui souffrent d’un manque de vétérinaires ruraux. Pour le reste, toutes les visites organisées depuis Champignelles seront effectuées depuis l’école. Dans ce cadre, le département d’Ile-de-France est particulièrement bien doté en terme d’entreprises agro-alimentaires. Pour les visites d’élevage, nous devrons développer un nouveau réseau et profiter des opportunités que sont les trois lycées agricoles franciliens et leurs troupeaux. Cette relocalisation des activités ne signifie pas, pour autant, l’arrêt des visites dans le département de l’Yonne.

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La fin du service des autopsies

Outre son rôle dans la formation initiale des étudiants de l’école nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA), le Centre d’application de Champignelles propose gratuitement aux éleveurs de la région la réalisation d’autopsies. « L’école s’est substitué au service public qui n’existait pas dans la région Bourgogne, explique Christophe Degueurce, le directeur de l’ENVA. Aussi, au lieu de servir à l’enseignement, notre service d’autopsie permettait surtout de tenir le réseau régional. Aujourd’hui, avec la fermeture annoncée de Champignelles, les élus locaux sont inquiets. Mais au regard du Code rural, notre établissement n’avait, de toute façon, pas à substituer à l’Etat. » Néanmoins, le directeur a proposé de faire remonter de l’Yonne des cadavres sur le site de l’école pour continuer à réaliser certaines autopsies. Les étudiants, quant à eux, disposent déjà d’une solide formation à l’autopsie à l’école. Au sein du bâtiment Guérin, créé en 2015, plus de cent autopsies de bovins sont réalisées chaque année. 

Tanit Halfon
1 commentaire
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FW dubitatif le 09-12-2018 à 10:48:39
Indignation, dépit, colère, gâchis...
A force de massacrer tout ce qui n'est pas de la canine pure de pointe pour bourgeois richissimes dans un univers urbain de béton/goudron, il finira par ne plus rien rester de l'essence animale et rurale de notre Art et de notre passion.
La nouvelle génération, adepte du bio/vegan/déconnecté de la réalité, avait là une occasion de se reconnecter avec la réalité du monde extra-urbain (vous savez, la "province"= pays vaincu...), ça ne perdurera malheureusement pas, l'enseignement coûte trop cher...
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