La thérapie assistée par l’animal se cherche encore

Tanit Halfon | 24.04.2019 à 11:24:18 |
académie véto
© Tanit Halfon

L’Académie vétérinaire de France a consacré une journée entière aux bienfaits sociaux et thérapeutiques de l’interaction animal/humain. Si la thérapie assistée par l’animal y est apparue comme un atout indéniable dans la gestion de maladies et handicaps, les données scientifiques manquent encore pour prouver son efficacité.

L’animal est-il l’avenir de l’Homme ? A en croire la dernière journée annuelle de l’Académie vétérinaire de France, qui s’est déroulée le 18 avril à l’école nationale vétérinaire d’Alfort, il semblerait que la réponse soit plutôt oui. L’objectif était de passer en revue les bienfaits sociaux et thérapeutiques de l’interaction animal/Homme. Et ils sont nombreux. Les capacités olfactives du chien sont par exemple utilisées actuellement dans la détection de certains cancers. Les animaux, notamment les chiens, sont présents dans les Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) afin d’améliorer la qualité de vie des patients. Les chevaux ne sont pas en reste, en témoigne le développement de l’équithérapie, ou « rééducation par l’équitation », une discipline thérapeutique dans laquelle un professionnel de santé utilise un cheval dans un objectif de rééducation motrice (amélioration du tonus postural, de la proprioception, de la psychomotricité) et psychique. Dans ces deux derniers cas, l’animal s’inscrit dans le triptyque thérapeute/animal/patient sur lequel repose la thérapie assistée par l’animal, communément appelée zoothérapie. Mais si au premier abord, cette pratique apparaît particulièrement prometteuse, elle n’est pas sans faille. Le principal problème : un manque de données scientifiques prouvant son efficacité, mais aussi de données évaluant son impact sur le bien-être animal.

L’animal, un « outil » thérapeutique prometteur

La zoothérapie peut être définie comme une pratique impliquant, à minima, une triangulation entre un bénéficiaire humain, un animal et un intervenant. Elle consiste en une intervention individuelle ou en groupe au cours de laquelle un animal, répondant à des critères spécifiques et introduit pat un intervenant de qualité, fait partie intégrante d’un projet. Le but est d’améliorer le fonctionnement cognitif, physique, émotionnel ou social d’une personne.  Dans ce cadre, plusieurs animaux sont utilisés, et ce pour différents usages. Et dans tous les cas, les effets positifs semblent au rendez-vous. Premier exemple, le cheval. Comme l’a expliqué Vanessa Louzier, professeur de physiologique à VetAgro Sup, il intervient auprès de handicapés moteurs, mentaux ou en cas de désordres psychiques et cognitifs. Réduction du stress, stabilisation musculaire d’enfants atteints de trisomie 21, amélioration des troubles de l’équilibre, augmentation de la symétrie du tonus musculaire lors de paralysies cérébrales spastiques, amélioration de l’irritabilité, des stéréotypies, de l’hyperactivité... chez les enfants atteints de troubles autistiques, ou encore réduction des comportements agressifs chez les patients schizophrènes sont quelques uns des effets bénéfiques de l’équithérapie rapportés par les publications. « En réalité, ces effets sont plus vastes, l’équithérapie améliorant aussi les états de deuil, de stress post-traumatique… », a-t-elle précisé. Les chiens font aussi partie intégrante des pratiques actuelles de zoothérapie, notamment dans les Ehpad, comme l'a expliqué Robert Kohler, président de Handi’Chiens et directeur de l’Ehpad la Roselière à Kunheim (Alsace), 1er établissement médico-social d’Alsace à avoir introduit des chiens : « Une thèse d’exercice en médecine générale a montré qu’en Ehpad, la présence d’un animal était associée à 30% d’éléments indésirables, à savoir l’anxiété, l’agitation… en moins. Cela veut dit concrètement 30% de temps en plus pour le personnel, 30% de médicaments en moins, 30% de plus de qualité de vie pour les résidents. »

Des bénéfices qui restent à prouver

Les retours terrain, aussi bons soient-ils, ne doivent cependant pas occulter le fait que les études scientifiques manquent encore pour prouver l’efficacité de la pratique. C’est particulièrement vrai pour l’équithérapie utilisée pour les troubles du spectre autistique (TSA)*, comme l’a montré Martine Hansberger, directrice de recherches au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Malgré de fortes attentes (« le cheval peut comprendre intuitivement le soutien émotionnel dont le bénéficiaire a besoin, veut plaire, agit avec bienveillance…l’enfant apprécie le contact »), associées à des observations de terrain plutôt positives (améliorations de la communication, des compétences sociales, de la qualité de vie…), les preuves scientifiques sont encore insuffisantes. En témoigne une étude bibliographique de 2018 qu'elle a présenté et qui n’a comptabilisé que 15 publications à ce sujet. Dont seulement 8 sont de bon niveau scientifique. En outre, aucune n’aété réalisée sur l’adulte, et les méthodes utilisées s’avèrent très variables. Aussi, s’il y a effectivement des aspects prometteurs, par exemple une étude montre une amélioration des compétences sensorielles, ce passage en revue de la bibliographie révèle finalement peu d’évidences scientifiques claires, mais aussi « beaucoup de contradictions ». Preuve supplémentaire de l’importance de disposer d’études scientifiques, Fabienne Delfour, enseignante-chercheuse en éthologie cognitive, a battu en brèche l’idée répandue que la thérapie assistée par les dauphins serait bénéfique. « En regardant les travaux scientifiques à ce sujet, on peut émettre de nombreuses critiques méthodologiques, a-t-elle souligné. Dans ce cadre, un travail de thèse a voulu évaluer l’intérêt de cette pratique pour les enfants, mais aussi pour l’animal. » Le bilan est peu positif : sur 11 enfants majoritairement atteints d’autisme, 4 manifestent seulement un intérêt pour le dauphin, et 1 montre de la peur. Les dauphins, quant à eux, émettent des signaux d’évitement actif et de dérangement.

Développer la recherche

Face à ce manque d’évidence scientifique, faut-il pour autant abandonner cette pratique ? Non, car son évaluation est en réalité loin d’être facile, comme l’a expliqué Martine Hansberger. Par exemple, la méthodologie des études n’est pas forcément appropriée. « Dans la revue bibliographique de 2018, les auteurs se sont aperçus que les études étaient principalement construites sur la base d’échelles et de questionnaires remplis par un tiers », a-t-elle souligné. De même, les réactions des patients autistes peuvent être sources d’incompréhension, du fait de leurs modes d’expression différents, aboutissant à des conclusions erronées. « Les autistes n’ont par exemple pas de réaction émotionnelle, comportementale ou de réactions paradoxales face à la douleur. Le sourire peut aussi être une expression figée d’un stress. » Face à ces constats, la conclusion est sans appel : il faut davantage d’études scientifiques, d’observations standardisées effectuées sur un plus grand nombre d’animaux. « Je suis modérée sur l’impact réel des séances d’équithérapie, car les études ne prennent jamais en compte les caractères du patient et du cheval, le type d’activité, l’environnement de vie, … », a ainsi indiqué la conférencière. Notamment, elle souligne l’insuffisance d’études portant sur l’état chronique des chevaux de médiation et comparant l’état de bien-être des chevaux de médiation et non médiation. « C’est un enjeu majeur pour cette espèce soumise au stress chronique. Une thèse universitaire est en cours sur le sujet ». Une autre, d'exercice vétérinaire elle, apporte déjà des premières données. Encadrée par Vanessa Louzier, l’objectif était d’évaluer les facteurs de stress (fréquence cardiaque, dosage ACTH et cortisol) dans les séances d’équithérapie. Le résultat est plutôt positif : les analyses ne montrent pas de contre-indication à cette pratique du point de vue du bien-être animal. « On se demande également s’il n’y aurait pas des effets bénéfiques pour l’animal à travailler avec des personnes porteuses de handicaps ». Malgré ces données encore partielles, Martine Hansberger s’est risqué à quelques conseils sur l’équithérapie : « la qualité de l’interaction dépend de l’état interne de chacun », « plus le cheval va bien, plus il est attentif et positif envers l’homme, et inversement », « plus l’enfant TSA est sous l’effet d’une émotion, plus il peut émettre des signaux perturbants ». Et d’indiquer aussi « des solutions simples » pour une bonne pratique de l'équithérapie, à savoir un renforcement positif pendant les sessions d’entrainement, et la promotion de techniques de travail respectueuses. Et plus simplement, de garder en tête qu'« un bon critère pour savoir si ça se passe bien est que le cheval a envie de venir à la session de travail ». 

*Les troubles du spectre autistique (TSA) se caractérisent par une communication et des interactions sociales altérées, ainsi que par des comportements restreints et répétitifs. Ces troubles sont souvent associés à d’autres symptômes comme de l’hyperactivité, de la dépression, de l’anxiété, de l’agressivité, des problèmes de régulation des émotions et des troubles moteurs et sensoriels. Ils touchent 67 millions d’individus dans le monde, dont entre 450 et 650 000 personnes en France.

Tanit Halfon
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