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La peur du Coronavirus tue inutilement chats et chiens

Anne - Claire Gagnon | 13.02.2020 à 14:43:32 |
chat en Chine
© Mimi Yan/TA Shanghai

Il serait salutaire de trouver un vaccin contre la peur, celle de la contagion supposée des chats et chiens envers leurs humains et vice-versa, qui n’a aucun fondement scientifique. La WSAVA vient de s’exprimer en appelant tous les vétérinaires à rassurer...

La WSAVA vient de s’exprimer en appelant tous les vétérinaires à rassurer leurs clients, maintenir les animaux de compagnie au domicile de leurs propriétaires (éventuellement en quarantaine) et de leur fournir le gîte et le couvert s’ils étaient, par malheur, hospitalisés. Les scènes d’abandons, de défénestrations des animaux de compagnie en Chine soulèvent l’indignation de toutes parts. D’autant que parmi les trois antiviraux (GS-441525, GC374, Remdesivir) dont on dispose actuellement, les effets thérapeutiques sont attestés pour deux d’entre eux contre la Péritonite Infectieuse Féline (PIF) chez les chats. La recherche vétérinaire a été aux avant-postes, n’adoptons pas des comportements rétrogrades en accusant les chats et les chiens d’un coronavirus qui n’est pas le leur !

Les animaux de compagnie sont-ils susceptibles d’être contaminés par le nouveau coronavirus ?

Le Dr Niels Pedersen, Professeur émérite à l’Université vétérinaire de Davis (Californie, Etats-Unis) et expert de renom en matière de maladies infectieuses et immunitaires du chat et du chien, explique : « Il n’y absolument pas de preuve d’un lien entre les infections à coronavirus de chats et la maladie humaine. Les coronavirus existent chez la plupart des animaux et sont très spécifiques de chaque espèce. Quasiment chaque espèce animale a son propre coronavirus, et parfois même plusieurs. Les coronavirus existent chez la plupart des espèces animales qui vivent aux côtés de l’être humain, comme les chats et les chiens. Les coronavirus félin et canin, qui intéressent le plus le public, ne sont pas transmissibles à l’être humain et vice-versa.

Les êtres humains ont leurs propres coronavirus, génétiquement distincts des autres. Cependant, un transfert entre espèces peut survenir, mais seulement après des mutations importantes et après de nombreuses années, siècles ou millénaires. C’est pourquoi il est possible à l’avenir qu’un coronavirus provenant à l’origine d’un chat ou d’un chien puisse muter, contaminer un être humain et provoquer une maladie. Si c’est le cas, ce virus ne sera plus un virus canin ou félin mais deviendra un virus humain.

Une réponse plus complexe peut être la suivante : les coronavirus se sont adaptés eux-mêmes par des mutations successives depuis plus de 50 000 ans ou plus à quasiment toutes les espèces animales, humains inclus. Ils ne provoquent de maladies que chez les nouvelles espèces qu’ils infectent et tendent à persister sous toute forme génétique leur ayant permis de s’adapter à leurs nouveaux hôtes.

De nombreux coronavirus ont été séquencés et leurs parentés entre eux déterminées. Les coronavirus communs provoquant un rhume chez l’être humain (OC43, 229E et NL63) appartiennent au groupe des alpha-coronavirus, tout comme les coronavirus des chats (et des chiens). Les souches les plus récentes de coronavirus isolées chez les êtres humains, MERS, SRAS et Wuhan (2019-nCoV) sont issus de beta-coronavirus des chauves-souris, probablement grâce à une infection intermédiaire d’autres animaux comme les dromadaires ou les civettes. 

Les coronavirus du MERS et du SRAS n’ont pas véritablement réussi leur adaptation à l’être humain et s’éteignent. Mais le coronavirus de Wuhan semble avoir réussi son adaptation à l’être humain (il est devenu « humanisé »). Il n’y a absolument aucune preuve que des virus avec de fortes correspondances génétiques avec les coronavirus de chiens et de chats puissent se transmettre de l’animal à l’être humain puis vice et versa. Mais la tendance des coronavirus à franchir la barrière d’espèce, en passant de l’une à l’autre, est un problème actuel et futur, et un coronavirus canin ou félin pourrait infecter des êtres humains, en provoquant dans le futur des maladies, mais à la condition que ce virus s’humanise, et qu’il ne soit plus un virus canin ou félin, mais un nouveau virus humain. »

Anne - Claire Gagnon
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