La e-santé animale en pleine ébullition

Tanit Halfon | 11.07.2018 à 11:03:05 |
castres
© Tanit Halfon

Pour la troisième année consécutive, une journée était consacrée à la e-santé animale à l’université d’été de la e-santé, organisée du 3 au 6 juillet à Castres. Si les conférences ont surtout contribué à apporter des pistes des réflexion, il est apparu évident que la e-santé animale fait et fera désormais partie du quotidien du praticien vétérinaire.

Du 3 au 6 juillet, Castres a accueilli pour la 12ième année consécutive un congrès consacré à la e-santé, avec pour thème « l’intelligence dans tous ses états ». Et pour la troisième année consécutive, la e-santé animale était au programme. Ainsi, le jeudi 5 juillet, se sont succédées sept conférences, deux tables rondes, ainsi qu’une remise du trophée de la e-santé animale. De l’avis de tous les conférenciers, le vétérinaire est encore loin d’en avoir saisi tous les enjeux. Un constat conforté par l’enquête Vetfuturs, dans laquelle « il est apparu que les vétérinaires manifestaient un grand scepticisme vis-à-vis de la technologie numérique », a indiqué Denis Avignon, vice-président du conseil de l’Ordre national des vétérinaires, en charge de la formation continue et de la commission Innovation et Prospective. Déshumanisation, désintermédiation (un Dr Google à la place du vétérinaire), coût de mise en œuvre, risques de dérives, absence de modèle économique, fiabilité de la technologie…les craintes et doutes exprimés par les vétérinaires dans l'enquête étaient multiples. « Cela appelle à mettre en œuvre un travail de pédagogie », a souligné Denis Avignon. Car il y a urgence. Le train de la e-santé animale, voire le TGV pour certains intervenants, est bel et bien en marche, en direction du Big Data et de l’intelligence artificielle.

La canine débute … à grande vitesse

« En animaux de compagnie, on est dans une phase d’émergence, a expliqué Grégory Santaner, vétérinaire et fondateur de VetoNetwork, société de conseil et de formation spécialisée en e-santé animale. On commence la constitution de bases de données. » Pour exemple, le projet Pet Insight en cours aux Etats-Unis. Dans ce projet, le groupe alimentaire Mars PetCare, qui possède un très grand nombre de cliniques vétérinaires, fournit gratuitement à des propriétaires de chiens un collier muni d’un traqueur d’activité. En trois ans, des centaines de milliers d’animaux ont été équipées. L’idée : récolter massivement des données et faire progresser, en même temps, l’intelligence artificielle qu’il y a derrière. Si l’aventure débute pour la collecte et la valorisation des données de santé, la télémédecine par contre est en passe d’entrer en action« Aujourd’hui, nous avons deux commissions ordinales qui travaillent sur cette question, en concertation avec les organisations professionnelles, a ainsi expliqué Denis Avignon. Notre objectif est d’être prêt pour 2019» Les start-ups, elles, n’attendent pas. Linky Vet, qui développe une solution de visio-consultation pour l'activité canine, mais aussi rurale, a d’ailleurs remportée le trophée de l’innovation. Pour autant, pour le vice-président de l’Ordre, l’application en canine reste plus compliquée qu’en rural : « en rural, on a déjà un cadre avec le suivi sanitaire. »

Les données d’élevage, le nouvel or noir

« Les productions animales sont plus avancées dans le domaine de la e-santé, a noté Grégory Santaner. Par exemple, aujourd’hui, 67% des éleveurs laitiers en France sont équipés de technologies de monitoring. » Face à cette multitude de données disponibles, tout l’enjeu est de les valoriser. Pour ce faire, plusieurs projets de recherche sont en cours, comme celui présenté par Rémi Servien, chargé de recherche en statistique à l’Institut national de recherche agronomique : « le projet PigletDetect a pour objectif de détecter précocement les maladies en élevage de porcs, à partir du poids et de la consommation d’eau et de nourriture. L’idée est de relier ces variables à un changement d’état sanitaire. » Pour ce faire, des nourrisseurs connectés collectent les données de porcelets en post-sevrage équipés d’une puce RFID (radio frequency identification). « Pour l’instant, nous sommes arrivés à une sensibilité et une spécificité de 75%. L’objectif est de dépasser les 95%. » Si la question de la valorisation des données est encore loin d’être résolue, ces dernières sont d’ores et déjà fortement convoitées. « La donnée, c’est le nouvel or noir, a constaté François Bagaini, vétérinaire et data-scientist. Les données sont devenues une ressource stratégique. C’est la course à l’accumulation, même si on considère que seules 25% d’entre elles sont exploitables. » Dans cette course, le praticien vétérinaire est encore en retrait, voire carrément écarté. En témoigne la start-up Aplifarm, une des finalistes pour le trophée. Le principe est simple : après un contrat avec un éleveur bovin laitier, l’ensemble de ses données sont collectées et intégrées à une plateforme numérique. Avec accord de l’éleveur, elles seront ensuite revendues à des fournisseurs de services, et serviront également à des études Big Data. Aujourd’hui, toutes les données proviennent d’élevages bretons, mais la start-up vise à s’étendre au niveau national d’ici un an. Dans ce système, le vétérinaire est … absent ! Malgré cette initiative, parmi d’autres, Denis Avignon reste confiant : « actuellement, la période est favorable pour le partage des données d’élevage avec les vétérinaires. Les éleveurs sont en train de comprendre qu’ils avaient en face d’eux des personnes avec des valeurs et une éthique. »

Les écoles vétérinaires s’y mettent

Les nouvelles générations de vétérinaires seront-elles plus éclairées sur le sujet de la e-santé animale ? La réponse est oui. D’abord parce qu’elles ont grandi avec. Ensuite parce que la formation initiale est en train d’intégrer dans le cursus l’apprentissage des enjeux du numérique. « Dans la formation, l’apprentissage est double : savoir utiliser la communication numérique, et pratiquer la e-santé animale, a ainsi expliqué Dorothée Ledoux, enseignant-chercheur au campus vétérinaire de VetAgro Sup. Nous avons par exemple un enseignement sur les performances des capteurs, avec des bovins dans notre clinique qui en sont équipés. Nous apprenons également aux étudiants de dernière année inscrits aux stages tutorés à utiliser une interface éleveurs, et à faire un audit avec le robot de traite. » Manquent à l’appel pour l’instant les questions de législation autour de la e-santé animale, de la télémédecine, mais aussi des enjeux éthiques liés au numérique. Les écoles vétérinaires françaises sont pionnières en la matière. D’après Luc Mounier, enseignant et directeur des formations à VetAgro Sup, aucun établissement d’enseignement vétérinaire européen ne forme encore les étudiants au numérique. En plus de l’appendre, les écoles l’utilisent aussi comme un nouvel outil pédagogique. « Notre premier objectif en tant qu’enseignant était d’abord de faire entrer les connaissances dans nos ordinateurs, a souligné Luc Mounier. Aux plateformes de données s’ajoutent maintenant d’autres dispositifs, tels que par exemple les salles de simulation à Oniris et à l’école nationale vétérinaire d’Alfort. Les écoles sont en train de prendre le train du numérique. » 

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C'est quoi la e-santé animale?

La e-santé animale se définit comme un usage combiné des technologies de l'information et de la communication (TIC) à des fins cliniques, informationnelles, éducationnelles ou adminsitratives pour protéger et améliorer la santé et le bien-être des animaux.

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Sur la photo, de gauche à droite : Grégory Santaner, Denis Avignon et Luc Mounier.

 

Tanit Halfon
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