La biodiversité française en danger

Tanit Halfon | 09.01.2019 à 17:22:18 |
prairie
© kavram - iStock

L’édition 2018 des chiffres clés de la biodiversité en France montre une baisse préoccupante des espèces animale et végétale, notamment des oiseaux communs et des chauves-souris. L’artificialisation des terres constitue une cause majeure de la perte de biodiversité.

Le nouveau rapport de l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) est particulièrement alarmant. En France, 26% des espèces évaluées sont éteintes ou menacées au 1er avril 2018, à raison de 22% pour la métropole et 40% pour l’outre-mer. Ce constat est particulièrement préoccupant pour les groupes des amphibiens, oiseaux nicheurs, mammifères et reptiles, pour lesquels l’indice associé au risque d’extinction a augmenté de 15% par rapport à la dernière évaluation (2008-2009). De plus, seulement 1/5 des habitats d’intérêt communautaire, soit les habitats les plus rares ou les plus menacées d’Europe, sont dans un état favorable. Une situation particulièrement vraie pour la région atlantique dans laquelle seulement 7% d’évaluations favorables sont notés pour les habitats terrestres et aucunes pour les habitats marins ! Si la France n’est pas le seul pays concerné par le déclin de la biodiversité, elle occupe néanmoins un rôle essentiel dans le maintien et la préservation de cette dernière. En effet, 68% des habitats menacés et 18% des espèces menacées au niveau européen sont présents en métropole. De plus, le pays héberge 10% de la biodiversité mondiale. Enfin, il fait parti des 10 pays ayant le plus grand nombre d’espèces menacées au niveau mondial.

Les oiseaux et chauve-souris en chute libre

Entre 1989 et 2017, 22% des oiseaux  communs spécialistes ont disparu en France métropolitaine, un déclin qui concerne surtout les espèces inféodées aux milieux bâtis et agricoles avec un recul respectivement de 30 et 33%. Les espèces des habitats forestiers n’ont, quant à elle, diminué que de 3%. En cause : la dégradation ou la perte des habitats, ainsi que l’effondrement des populations d’insectes. Au contraire, les espèces généralistes, qui évoluent dans une multitude d’habitat, ont augmenté de 19%. Ces constats, valables à l’échelle européenne, reflètent selon les auteurs du rapport « une homogénéisation des communautés d’oiseaux » qui tendent à évoluer vers « des espèces peu spécialisées ». Les chauves-souris constituent le 2ième groupe particulièrement touché en France. Entre 2006 et 2016, 38% d'entre elles ont disparu en métropole, la Noctule commune ayant été drastiquement touchée (-51%). Seul résultat positif : 5,5% du territoire était couvert en 2017 par la présence régulière des grands prédateurs, tels que le loup gris, le lynx boréal et l'ours brun.

Les habitats en recul

Entre 2000 et 2010, les surfaces toujours en herbe on diminué de 7,9%, soit une perte de près de 622 000 hectares. Les régions Normandie, Pays-de-la-Loire et Ile-de-France suivies des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Nord-Pas-de-Calais Picardie sont particulièrement touchées. Cet indicateur est cependant insuffisant pour évaluer l’état de la biodiversité dans les prairies. Comme l’explique les auteurs du rapport, faute de données, il n’intègre pas le niveau d’intensification de la gestion agricole des prairies, qui apparaît pourtant comme une « dimension essentielle ». Autre mauvaise nouvelle : la dégradation des eaux douces et marines. Ainsi, en 2015, seuls 44% des eaux de surface (cours d’eau, plans d’eau, lagunes, estuaires et mers côtières) étaient considérés comme en très bon ou en bon état, quand un peu plus de la ½ était en état écologique moyen, médiocre ou mauvais. Si l’objectif fixé par la directive cadre-européenne sur l’eau (DCE) n’a malheureusement pas été atteint (64% en 2015), cette part est tout de même en hausse depuis 2010 (+0,8 points). Enfin, outre-mer, les coraux souffrent avec un recouvrement en corail vivant qui a diminué de 29% en 2017.

Des pressions croissantes

Le déclin de la biodiversité est intrinsèquement lié aux activités humaines. En témoigne plusieurs indicateurs présentés dans le rapport. Pour exemple, entre 2006 et 2015, les espaces artificialisés ont augmenté de 1,4% en moyenne par an, soit 65 758 hectares artificialisés par an, « l’équivalent de la disparition d’un département comme la Drôme ou le Loir-et-Cher tous les dix ans ». En 2015, ces surfaces représentaient 5,16 millions d’hectares soit 9,4% du territoire métropolitain. L’indicateur de ventes des produits phytosanitaires a également augmenté de 12% en 2014-2016 par rapport à la période 2009-2011. Enfin, les espèces exotiques envahissantes ont progressé avec 60 des 100 espèces les plus envahissantes au monde qui étaient présentes dans les outre-mer en 2016 et 6 nouvelles espèces qui s’installent dans chaque département métropolitain en moyenne tous les dix ans depuis 1979. Pour autant, le rapport indique aussi une baisse globale de la pollution des cours d’eau par les nitrates et les orthophosphates, respectivement de 11 et 50% entre 1998 et 2016.

Des mesures insuffisantes ?

Les autorités ont-elle pris la mesure du déclin de la biodiversité ? Au regard des quelques mesures présentées dans le rapport, il semblerait que oui. Ainsi, la France dispose-t-elle de 22,3% d’aires marines protégées (1,7 million de km2) presque toute dotées d’un plan de gestion. Si cette part est effectivement en nette progression depuis 10 ans (seulement 1,1% d'aires en 2008!), l’existence des plans de gestion n’est pas synonyme, comme le souligne les auteurs du rapport, de « la bonne mise en oeuvre des mesures préconisées, et donc l’efficacité de l’aire protégée ». Autre exemple, depuis 2000, l’aménagement du territoire français s’inscrit dans le schéma de cohérence territoriale (SCOT), qui vise à mener des politiques d’urbanisme tenant compte des enjeux de préservation de l’environnement. En 2010, la loi Grenelle 2 a renforcé la prise en compte de ce paramètre et au 1er janvier 2018, 24% de la superficie française était couverte par un SCOT, un pourcentage en progression depuis dix ans (0,1% en 2011). Enfin, des objectifs d’aires sous protection forte ont été définis par la loi Grenelle2. Mais les 2% attendus pour 2019 se seront probablement pas atteints. En effet, le rapport indique qu’en 2018, seul 1,4% du territoire métropolitain est sous protection forte. Aussi, si la volonté politique semble acquise, en témoigne encore plus récemment le plan biodiversité présenté par le gouvernement, force est de constater que les résultats sont, pour l’instant, loin d’être au rendez-vous.

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Un rapport et plusieurs incertitudes

Plusieurs incertitudes compliquent l’interprétation du rapport. Par exemple, seuls 5 073 espèces sont inscrites dans la Liste rouge nationale, ce qui correspond à moins de 3% des espèces connues en France métropolitaine et ultramarine. En métropole, l’aire de répartition géographique est mal connue pour 66% des groupes d’espèces. Dans les outre-mer, seul 29% des groupes d’espèces sont référencés de manière satisfaisante, quand près de 61% ne le sont pas du tout.

 

Pour consulter le rapport, cliquez sur ce lien.

Tanit Halfon
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