L’intelligence artificielle au cœur de l’élevage

Clothilde Barde | 01.04.2019 à 10:02:17 |
elevage connecté
© Peopleimages - iStock

L’état des lieux, les risques et les enjeux de l’intelligence artificielle au sein de l’élevage ont été les thématiques principales du colloque organisé par plusieurs organisations agricoles le 14 février dernier.

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus présente au sein des élevages. C’est pourquoi, pour la troisième année consécutive les quatre grands organismes de l’élevage (Allice, France conseil élevage, FIEA, Races de France) ont organisé le 14 février dernier une journée autour de cette grande thématique. L’objectif annoncé à cette occasion par le président de Race de de France, Jean-Luc Chauvel, était « d’apporter des clés permettant d’appréhender plus facilement les outils digitaux de demain et ainsi de remettre l’humanité au cœur du numérique».
Les éleveurs à l’ère de l’IA
En effet, comme l’a indiqué, Philippe Royer (Directeur général du groupe Seenergie et dirigeant de Medria), « face aux grands enjeux sociétaux, environnementaux et économiques auxquels sont soumis les élevages, il faut créer des valeurs pour les éleveurs ». Et l’intelligence artificielle, dont l’usage en agriculture devient incontournable, est une des solutions proposées. Or, comme l’a ajouté Elodie Doutard (chef de service Data stats à l’Institut de l’élevage), depuis de nombreuses années les éleveurs sont très réceptifs aux nouvelles technologies d’IA qui leur sont proposées pour recueillir et valoriser des données d’élevage toujours plus nombreuses. Selon une enquête réalisée par l’Institut de l’élevage (Idele) en 2015, 70 % des élevages de bovins possèdent au moins un des objets connectés existants (vs 40 % des élevages de petits ruminants) et 60 % d’entres eux en tirent profit. « Même si une expertise humaine reste toujours nécessaire, les nouvelles solutions digitales qui existent permettent aux éleveurs de gagner en performance et en rapidité au sein de l’élevage » a-t-elle précisé. De plus, selon Jean-Pierre Morille, éleveur de Prim Holstein en Maine et Loire, l’IA permet aussi aux éleveurs d’avoir une meilleure organisation de leur travail, d’économiser les intrants utilisés, d’améliorer la valeur de leurs produits et ainsi de faire des marges supérieures. Ces outils connectés, comme les capteurs de monitoring qui permettent de surveiller la santé ou le cycle de reproduction des animaux, sont « très utiles pour alerter l’éleveur même s’il faudra toujours ensuite qu’ils effectuent un contrôle visuel des animaux et que le vétérinaire réalise un diagnostic ».
Enfin, comme l’a indiqué Yann Lecointre (Président d’Innoval et directeur général d’Evolution), «ce qui est formidable avec l’IA c’est que c’est une technologie créatrice de valeurs à activer comme levier dans un système agricole qui n’est pas rentable actuellement ». Et ce d’autant plus à l’échelle internationale où, selon Philippe Royer, l’IA peut nous permettre d’être compétitif en améliorant la qualité de nos produits pour être concurrentiel à l’exportation.
La vigilance s’impose
Grâce à tous ces services, l’usage de l’IA en élevage ne fait donc que commencer, cependant elle doit rester acceptable économiquement et sociologiquement ont alerté les différents intervenants présents. Ainsi, selon Daniel Dellenbach (éleveur ovin et président de la section ovine de la FDSEA de la Meuse), « il faut rester vigilant car, notamment en terme d’éthique, il est essentiel de garder la maitrise des décisions et de ne pas partager toutes nos données gratuitement». De même, Nathalie Devillier, Docteur en droit, a mis en garde les éleveurs contre les risques d‘atteintes de la cybersécurité en élevage (brèche de confidentialité ou modification malveillante de la donnée). Par ailleurs, comme l’a indiqué Jean-Pierre Morille, les logiciels de suivi d’élevage doivent être bien maitrisés afin de prendre les bonnes décisions et « même si l’on dispose de plus d’outils d’aide à la décision, l’humain sera toujours indispensable pour gérer des situations improbables car notre métier est multifactoriel. La technologie peut nous aider mais on ne pourra jamais tout déléguer». 
Une meilleure communication
Enfin, Philippe Royer a souhaité alerter sur le fait que « les consommateurs opposent trop souvent le vivant et la modernité, or les deux peuvent être conciliés ». Pour qu'ils en prennent conscience, les éleveurs devront mieux communiquer en envoyant des signes de confiance aux consommateurs: «il faut être fier de notre modernité et changer la vision ancestrale que les gens ont de l’élevage ». Il a ainsi donné l’exemple des capteurs numériques utilisés en élevage pour contrôler différents paramètres chez les animaux qui permettent d’améliorer leur santé et leur bien-être et qui pourraient ainsi être mis en avant. De plus, ces nouvelles technologies prédictives, permettront aux éleveurs de développer au sein des élevages de nouvelles pratiques de médecines alternatives actuellement plébiscitées par les consommateurs.
Un véritable « champ des possibles »
« Avec le développement des IA, il existe donc un véritable champ des possibles qui s’ouvre à nous. Mais, il faudra que l’interprofession définisse son cadre et l’objectif vers lequel elle souhaite aller» a conclu Christian Huyghe, directeur scientifique de l’agriculture de l’INRA. Quelles seront à termes les évolutions au niveau des exploitations ? Une chose est sûre : cette tendance vers plus de numérique va se poursuivre. Selon lui, l’IA va créer de nouveaux modes de confiance/communication entre opérateurs et les conseillers agricoles devraient jouer un rôle de plus en plus important. Enfin, « pour que les éleveurs soient pleinement maîtres de leurs progrès, il faudra leur proposer des formations de qualité ».

Clothilde Barde
3 commentaires
avatar
FW dubitatif le 01-04-2019 à 22:57:25
A la fin de l'avant-dernier paragraphe, je lis ceci : "de nouvelles pratiques de médecines alternatives actuellement plébiscitées par les consommateurs"
Je ne suis pas convaincu... Qu'est-ce qui sert de base à cette affirmation ? Un référendum ? Un sondage ? Ou bien simplement la conviction de l'auteur de cette phrase ?

A en juger par l'encombrement des hôpitaux, les délais d'attente pour consulter un médecin spécialiste, alors que les ésotériques donnent des RDV en 48H, je ne suis pas certain que les consommateurs soient les adeptes de médecines alternatives que le magma journalistique nous prétend qu'ils sont...
avatar
Clothilde Barde, Vétérinaire le 02-04-2019 à 10:10:00
Bonjour,
Il s'agit des propos du conférencier sur une piste potentielle selon lui d'utilisation des nouveaux outils numériques en élevage.
Cordialement,
avatar
Clothilde Barde, Vétérinaire le 02-04-2019 à 10:10:00
Bonjour,
Il s'agit des propos du conférencier sur une piste potentielle selon lui d'utilisation des nouveaux outils numériques en élevage.
Cordialement,
Réagir à cette actualité
Cet espace a vocation à débattre et partager vos avis sur nos contenus. En réagissant à cette actualité, vous vous engagez à respecter les conditions générales d’utilisation de Le Point Vétérinaire.fr. Tout commentaire calomnieux ou injurieux sera supprimé par la rédaction.
Retrouvez toute l’actualité vétérinaire
dans notre application

En poursuivant votre navigation, vous acceptez les CGU ainsi que l'utilisation des cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
En savoir plus

OK