L’Anses alerte sur l’extension géographique des chenilles urticantes - Le Point Vétérinaire.fr

L’Anses alerte sur l’extension géographique des chenilles urticantes

Valentine Chamard

| 09.01.2024 à 12:35:00 |
© GhislainTeillet-iStock

Problème de santé publique, touchant aussi bien l'humain que l'animal, la pullulation des chenilles urticantes fait l’objet d’une expertise de l’Anses. L'Agence a notamment cartographié la France métropolitaine selon le niveau de risque.

L’Anses a été saisie par la Direction générale de la santé et la Direction générale de la prévention des risques en 2020 pour la réalisation d’une analyse des données des centres antipoison sur l’exposition aux chenilles émettrices de poils urticants*, d’une évaluation des risques sanitaires liés, et pour la rédaction de recommandations de gestion. En effet, les aires de distribution géographique des chenilles processionnaires du pin et du chêne évoluent depuis quelques années en France à la faveur du dérèglement climatique. Leur présence, de même que celle d’autres chenilles urticantes, constitue un risque pour la santé humaine et animale. Le rapport de l’organisme vient d’être publié.

Extension vers le Nord et l’Ouest

« La chenille processionnaire du chêne a étendu son aire de distribution en France vers l’ouest, tandis que la chenille processionnaire du pin est remontée vers le nord et l’ouest, explique Emmanuel Gachet, chef de l’unité expertise sur les risques biologiques au sein du Laboratoire de la santé des végétaux de l’Anses. Des territoires qui n’étaient pas colonisés jusqu’à récemment doivent désormais prendre des mesures contre la prolifération de ces insectes. Le risque peut être plus élevé car les personnes vivant dans des zones nouvellement infestées prennent généralement moins de précautions que celles habituées à la présence de ces chenilles. »

Les jeunes chiens plus exposés

En ce qui concerne l’exposition des animaux, l’Anses précise que la bibliographie est pauvre. Cependant, l’analyse des données des centres antipoison vétérinaires permet d’identifier certaines régions où l’augmentation des cas d’exposition déclarés peut être associée à une augmentation des populations de processionnaires du pin dans le temps. « L’analyse statistique confirme un accroissement significatif des cas d’exposition au cours du temps en régions Bretagne, Grand-Est, Hauts-de-France, Île-de-France, Pays-de-la-Loire et Nouvelle-Aquitaine », précise l’Anses, tout en relevant le faible nombre de cas déclarés, « ce qui induit une incertitude élevée quant au résultat de l’analyse statistique. » 91 % des cas d’exposition déclarés concernent les chiens (7% les chats). Les lésions les plus fréquentes chez les canidés se situent au niveau de la langue et de la bouche. Les jeunes chiens sont particulièrement touchés. Chez les chats, ce sont les pattes et le système digestif qui sont les plus exposés. Des cas d’exposition sont également rapportés chez les chevaux et les ruminants. Dans une approche One Health, l’Anses indique que « la proximité physique entre certains animaux sensibles aux poils urticants (comme le chien ou le cheval) et les êtres humains montre que la question de l’exposition aux chenilles à poils urticants peut être appréhendée comme une question de santé globale à la confluence entre le biotope, le monde végétal et animal et il existe un enjeu global à analyser les signaux d’alerte de ces atteintes à la santé et à l’environnement ».

Une cartographie du niveau de risque par commune

Des cartes des risques, permettant de répartir les communes françaises en cinq classes, ont été établies pour les trois espèces de chenilles urticantes. Elles ont pour vocation à aider les autorités à l’échelle communale, départementale ou régionale à adapter les mesures de prévention et de lutte en fonction du niveau de risque.

Surveiller et éliminer

Les mesures de gestion possibles vont de l’information du public en cas de pullulation occasionnelle de chenilles à poils urticants jusqu’à l’interdiction de l’accès aux zones les plus à risque. Selon le niveau de risque, des mesures de lutte préventives ou curatives pourront être recommandées. La plantation d’arbres non hôtes des chenilles processionnaires du pin est par exemple un moyen d’éviter la colonisation d’une nouvelle zone. Une fois les chenilles établies, les experts recommandent les moyens d’élimination mécanique, comme la destruction des nids ou la pose de pièges dans le cas de la processionnaire du pin. « D’autres méthodes curatives efficaces basées sur l’application de produits phytopharmaceutiques à base par exemple d’extraits de Bacillus thuringiensis subsp. Kurstaki (Btk) ou de spinosad existent. Cependant, si des produits (...) sont autorisés dans le cadre de la réglementation phytopharmaceutique, même si les traitements aériens sont interdits, aucun ne bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché pour une indication de lutte contre les processionnaires du pin ou du chêne dans le cadre de la réglementation biocide » . Le groupe de travail de l’Anses suggère ainsi que « les autorités compétentes incitent les pétitionnaires à soumettre des demandes d’autorisation de mise sur le marché de produits à base de Btk dans le cadre de la réglementation biocide, voire dans le cadre des deux réglementations pour pallier l’absence d’autorisation de produits dans le cadre de la réglementation biocide ».

 *chenille processionnaire du chêne, chenille processionnaire du pin et chenille du bombyx cul-brun).

Valentine Chamard

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