L’alimentation animale, une source mineure de contamination pour Salmonella spp.

Tanit Halfon | 31.07.2018 à 08:00:00 |
Volailles
© monticelllo – iStock

Un récent rapport de l’Anses a montré que l’alimentation animale est une source possible, mais pas majeure, d’introduction des salmonelles dans les élevages avicoles, porcins et ruminants. Afin de mieux caractériser le rôle de l’alimentation animale dans la contamination de la chaîne alimentaire, la mise en œuvre d’analyses génomiques s’impose.

Sur demande de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) et de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a procédé à une évaluation du risque d’introduction de Salmonella spp. dans la chaîne alimentaire via l’alimentation animale, pour les filières avicoles, porcines et ruminants, et les conséquences pour la santé humaine. Il était également demandé à l’agence d’évaluer l’efficacité des procédés de décontamination des aliments (traitement thermique et granulation), ainsi que les critères réglementaires relatifs à la maîtrise microbiologique des aliments composés destinés aux reproducteurs de l’espèce Gallus gallus et Meleagris gallopavo. Le rapport, publié en mai 2018, s’inscrit dans une évaluation plus globale du danger Salmonella spp. En effet, cette problématique fait l’objet de trois autres saisines toujours en cours au sein de l’agence, qui concernent les mesures de maitrise des salmonelles en filière porcine (saisine 2016-SA-0032), l’évaluation des dangers biologiques en alimentation animale (saisine 2015-SA-0191), ainsi que l’attribution des sources des maladies infectieuses d'origine alimentaire (saisine 2015-SA-0162). 

L’alimentation animale est peu contaminée par les salmonelles

Le rapport montre que l’alimentation animale constitue une source rare de contamination des élevages. Ce constat s’appuie sur l’analyse de différentes données de surveillance, à l’échelle nationale et européenne. Pour exemple, les 12 220 échantillons de matières premières et 20 376 échantillons d’aliments composés issus des plans de surveillance et de contrôle de la DGAL et de la DGCCRF, ont révélé de faibles taux de contamination par Salmonella spp. Ce taux monte à 0,6%, 1,4% et 0,5% respectivement pour les aliments composés destinés à la filière avicole, porcine et ruminant, et oscille entre 1 à 2% pour les matières premières d’origine végétale. Pour autant, actuellement, il apparaît difficile d’attribuer la part de l’alimentation animale dans la contamination de la chaîne alimentaire, la surveillance ne se basant que sur l’analyse phénotypique des sérovars isolés, et non pas sur leur analyse génomique.  De plus, les auteurs soulignent également qu’il n’est pas possible de démontrer que l’alimentation animale serait « une voie d’entrée pour les sérovars les plus fréquemment isolés en santé humaine », à savoir S. Enteritidis, ainsi que S. Typhimurium et son variant monophasique. Ces trois sérovars représentant, d’après l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) plus de 60% des cas d’infection en Europe pour l’année 2015.

Une analyse plus poussée pour la filière avicole

Le rapport se penche plus particulièrement sur la filière avicole. Actuellement, l’arrêté du 11 juillet 2018 liste les sérovars inscrits comme danger sanitaire de première catégorie. Ainsi, pour les oiseaux des espèces Gallus gallus et Meleagris gallopavo, il s’agit de S. Enteritidis, Typhimurium et Kentucky. Pour les oiseaux des espèces Gallus gallus uniquement pour les troupeaux reproducteurs et futurs reproducteurs, S. Hadar, Infantis et Virchow sont visés. Comme l’indique le rapport, ces sérovars réglementés ne sont que faiblement détectés dans les aliments destinés aux volailles chair et ponte, avec un taux de contamination ne dépassant pas les 1% pour S. Hadar, Typhimurium et Virchow pour la période 2009-2015 (enquêtes Oqualim), confortant le faible rôle de l’alimentation animale dans la contamination de la filière avicole. Par conséquent, les auteurs estiment que pour l’instant, la liste des salmonelles réglementées pour la filière avicole n’a pas besoin d’être modifiée. En ce qui concerne S. Kentucky, notamment les souches résistantes à haut niveau à la ciprofloxacine, les auteurs rappellent que les denrées contaminées doivent obligatoirement être écartées de la commercialisation, du fait de la résistance de la bactérie aux antibiotiques critiques, et confirment la pertinence du maintien de ces souches sur la liste des dangers sanitaires de première catégorie. 

Des procédures à modifier

Dans le cadre de la lutte contre la contamination de la chaîne alimentaire, les auteurs pointent du doigt certaines procédures inopportunes voire inefficaces. D’une part, réorienter les aliments ou matières premières contaminés et destinés à la filière avicoles, vers les filières porcines, bovines ou avicoles non réglementées, est identifiée comme une pratique à exclure, le risque de contamination de la chaîne alimentaire, et donc de l’être humain, étant toujours présent. Les auteurs recommandent donc d’assainir les aliments avant toute décision de réorientation. De plus, actuellement, la surveillance de la chaîne alimentaire repose sur deux types de critères microbiologiques : le critère de sécurité d’une part, et le critère d’hygiène des procédés d’autre part. Pour le premier, si le seuil de 103 UFC d’entérobactéries par gramme est dépassé, l’aliment est considéré comme non conforme et doit être retiré de la commercialisation. Pour le deuxième, le dépassement du seuil de 102 UFC d’entérobactéries par gramme rend obligatoire pour les industriels la mise en place d’actions correctives pour mieux sélectionner les matières premières, améliorer l’hygiène, ou réexaminer le plan HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point). Pourtant, les auteurs expliquent que l’analyse des données montre qu’il n’est pas possible de définir un critère de sécurité pour les aliments pour animaux, qui soit en lien avec la Santé Publique, et basé sur les entérobactéries ou les salmonelles. Ils recommandent donc de supprimer ce critère de sécurité pour ne maintenir que l’autre critère en tant qu’ « indicateur de l’efficacité des traitements assainissant. » Enfin, les auteurs encouragent à la mise en place de « méthodes plus fines de caractérisation des isolats », notamment via l’analyse génomique tout au long de la chaîne alimentaire (depuis les matières premières des aliments pour animaux jusqu’aux denrées alimentaires), ce qui permettrait d’identifier l’origine des contaminations humaines, mais également de montrer si des sérovars sont spécifiques à certaines filières de production. 

Pour consulter le rapport, cliquez sur ce lien.

Tanit Halfon
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