Jacques Cheminade nous répond : « je suis opposé à l’ouverture du capital à des non-vétérinaires » 

Tanit Halfon | 19.04.2017 à 16:58:02 |
Cheminade
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La rédaction de la Semaine vétérinaire a interrogé les 11 candidats à l’élection présidentielle. Nous publions les réponses qui nous sont, pour l’instant, parvenues.

  • Que proposez vous pour les TPE (que sont la plupart des structures vétérinaires) afin qu'elles puissent rester compétitives : en matière de fiscalité, coût et temps du travail, contraintes administratives ?

Je propose tout d'abord de « régionaliser » le crédit d'impôt pour la création et le développement d'entreprises, dont les TPE, pour que les investisseurs soient incités à miser dans les entreprises de leur propre région.

Il y a aussi la question des taxes locales, dont souffrent beaucoup les TPE. J'espère inciter les collectivités locales à baisser leurs taxes avec le bol d'air financier que je veux leur donner, via une augmentation des dotations et le retour à une véritable politique de péréquation.

En ce qui concerne l'impôt sur les bénéfices : 28% pour les TPE et PME jusqu'à 75 000 euros de bénéfices, c'est bien, mais il faut faire plus. Il faudrait le réduire autour de 5% jusqu'à 1 million d'euros de bénéfices, pour un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros.

Enfin, pour faciliter tout ce qui est gestion administrative, gestion du personnel, etc, je propose qu'on aide - éventuellement avec la Banque Publique d'Investissement - à l'installation de Maisons de l'artisanat. Les artisans s'y installeraient et y mettraient en commun les services de comptabilité, de droit du travail, d'évaluation de la pénibilité et tout ce qui concerne le numérique, avec un expert qui les aide. Pourquoi ne pas étendre l'accès à ces services aux vétérinaires, aux infirmières libérales et aux médecins ?

  • Quelle sera votre position vis-à-vis du bien-être animal et de la place de l'animal dans la société : conditions d'abattage et abattage rituel, avenir de l'élevage ?

Il faut bien entendu changer les rapports que l'homme peut avoir avec les animaux, prendre en compte la sensibilité animale, et éradiquer la maltraitance animale, car c'est une dégradation de l'homme à ses propres yeux. Mais cela prendra du temps.

Elu, je commencerai par réintégrer la notion de respect des animaux dans les programmes scolaires et former le personnel éducatif à cet enseignement. Je pense que pour avancer sur cette voie tout commence par là.

Je renforcerai la protection des animaux à l'abattoir et rendrai systématique l'étourdissement avant la mise à mort. D'ailleurs, je tiens à souligner que les autorités religieuses du judaïsme et de l’islam l’ont accepté à condition que les fonctions vitales de l’animal ne soient pas affectées. Mais il est clair qu'il faudra procéder avec beaucoup de dialogue et de sensibilité afin d'engager une réflexion qui soit au-dessus du débat politique.

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que l'élevage soit une activité à bannir, bien au contraire, c'est une activité qui est essentielle à nos territoires, notamment en montagne. Le drame, ce sont les prix qui sont imposés aux producteurs et qui les étouffent complètement. Les éleveurs sont attachés à leurs bêtes mais dans ces conditions, il arrive que le bien-être animal passe au second plan. Je me bats pour revenir à des prix régulés, qui assurent enfin au producteur un revenu décent.

Dans ce contexte, et avec une hausse du SMIC pour augmenter le pouvoir d'achat des gens, il deviendra possible de lutter contre les pratiques d'élevage douloureuses et incompatibles avec les besoins des animaux. Notamment en favorisant le plein-air, en interdisant l'élevage en cages, et en continuant à informer les consommateurs sur les modes d’élevage et d’abattage.

  • Que proposez-vous en matière de sécurité sanitaire des aliments, gestion sanitaire des maladies animales et pour le maintien des vétérinaires dans le maillage sanitaire en territoires ruraux ?

Nous avons un savoir-faire exemplaire en terme de sécurité sanitaire, tout en gardant des produits alimentaires de qualité. Il faut garantir que ces compétences restent et soient développées, et préserver la chaîne de contrôle sanitaire. Concernant la gestion sanitaire des maladies animales, l'abattage doit continuer à être organisé quand il n'y a pas d'autre solution, avec un effort de pédagogie envers le grand public. Une concertation entre les spécialistes, les chercheurs et les représentants des filières concernées devrait par ailleurs permettre d'étudier les pistes alternatives pour améliorer la prévention. La vaccination en particulier, si elle semble compliquée pour les élevages avicoles, peut être une solution à développer pour les bovins et les ovins, quitte à négocier avec nos partenaires commerciaux dans le monde pour permettre leur exportation. L'augmentation de la diversité génétique des troupeaux est aussi une approche à creuser. Enfin, il faut assurer un meilleur statut pour les vétérinaires mandatés par l'Etat pour assurer le service public de prophylaxie (cotisations sociales, assurance, etc.).

  • Quelle sera votre position vis à vis des problématiques liées à l'exercice vétérinaire et à son caractère de profession réglementée : délivrance du médicament, problématiques liées aux antibiotiques, ouverture du capital des sociétés à des non-vétérinaires ?

Pour commencer, je tiens à souligner qu'il est hors de question d'accepter l'ubérisation de votre profession. Je suis également opposé à l'ouverture du capital à des non-vétérinaires, car cela risque d'entraîner une logique commerciale défavorable à la sécurité sanitaire, au bien-être animal et des surcoûts indus. Par contre, un système de subvention devrait aider les vétérinaires à s'installer dans les zones défavorisées où il y a un réel besoin, car l'investissement capitalistique pour ouvrir un cabinet est important, et plus lourd que pour un médecin. En ce qui concerne les antibiotiques, je crois qu'il faut surtout favoriser la recherche sur les méthodes alternatives (prévention, phagothérapie, etc.) – ce qui sera possible dans le cadre de l'augmentation du budget pour la recherche publique à 3 % PIB que je défends – et les échanges entre la communauté scientifique, les vétérinaires et les fabricants de médicaments pour que ces découvertes se concrétisent par des pratiques nouvelles.

Tanit Halfon
1 commentaire
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Guillaume Collignon, Vétérinaire le 20-04-2017 à 07:18:45
Toujours intéressant, M. Cheminade, dommage qu'il ne soit pas crédité de beaucoup d'intentions de vote.
J'apprends avec beaucoup d'intérêt que : "D'ailleurs, je tiens à souligner que les autorités religieuses du judaïsme et de l’islam l’ont accepté à condition que les fonctions vitales de l’animal ne soient pas affectées. "
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