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IAHP : vers un virus endémique dans la faune sauvage européenne ?

Tanit Halfon

| 05.07.2022 à 12:15:00 |
© iStock-Mantonature

Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments, la persistance de cas dans la faune sauvage laisse craindre une endémisation dans les populations d’oiseaux sauvages en Europe, pouvant impliquer un risque sanitaire durable et non plus limité à une période particulière dans l’année.

L’épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) 2021-2022 est la pire de toutes les épizooties observées en Europe, conclue l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’EFSA, dans un récent bilan chiffré à ce sujet. Au total, selon l’Agence européenne, ont été confirmés au 10 juin 2022, environ 5300 cas et foyers d’IAHP dans 36 pays européens (Union Européenne et Espace économique européen – Islande, Norvège, Liechtenstein). « Il s’agit du plus grand nombre de cas d’IAHP jamais signalé  pour une saison épidémique », indiquent les experts de l’Efsa. Parmi ces signalements, il y a eu 2398 foyers dans des élevages, 168 foyers chez des oiseaux captifs, et 2733 cas dans l’avifaune sauvage. 46 millions d’oiseaux ont été abattus.

Sans surprise, le rapport indique que c’est la France qui est de loin le pays le plus touché. « L’épisode en France se distingue des précédents, avec des foyers qui ne se limitent pas au sud-ouest, détaillent les experts. Deux autres grands groupes épidémiologiques spatio-temporels ont aussi été identifiés dans l’ouest et le centre-ouest. Tous les types d’espèces et de production de volailles ont été touchés ».

Au global en Europe, 86% des foyers rapportés en élevage, étaient des foyers secondaires, en particulier dans les pays les plus touchés, soit la France, la Hongrie et l’Italie.

Un risque d’endémisation

Parmi les faits marquants, il ressort déjà qu’à la différence des précédentes épizooties, celle-ci est d’une part plus étendue en l’Europe, avec notamment au nord, l’Islande qui est pour la première fois touchée dans ses compartiments sauvage et domestique. D’autre part, cet épisode dure plus longtemps qu'auparavant, avec des cas toujours en cours de détection dans l’avifaune sauvage, « le long de la côté de la Manche en France, initialement dans la Baie de Somme puis s’étendant vers l’ouest jusqu’au Cotentin, sur plus de 500 km de littoral. » Cette longue persistance « pourrait constituer un défi pour la durabilité des mesures de biosécurité renforcées mises en œuvre tout au long de la chaîne avicole, par exemple le confinement des volailles. » De plus, dans ce contexte, il persiste un risque non négligeable de nouvelles incursions en élevage en cas de réduction de ces mesures de biosécurité.

Cette persistance « indique que le virus pourrait être devenu endémique dans les populations d’oiseaux sauvages en Europe. Cela complique que le risque sanitaire lié à l’IAHP pour les volailles mais aussi les humains et la faune sauvage, pourrait persister au-delà de la période automnale et hivernale, et être présent toute l’année », soulignent les experts.

Un risque faible pour l’humain en Europe

Le risque pour l’humain est considéré heureusement comme très faible actuellement, même si plusieurs cas d’infections humaines avérées à des souches virales hautement pathogène appartenant au clade circulant actuellement, ont été rapportés. En avril 2022, les autorités sanitaires américaines avaient ainsi déclarées un cas à H5N1 chez une personne exposée du fait de son activité dans l’abattage des animaux, sans gravité. En décembre 2021, un cas à H5N1 avait été signalé au Royaume-Uni, sans gravité. Un an plus tôt, en 2020, 7 cas d’infections humaines à H5N8 avaient été rapportés en Russie, et 3 cas (H5) au Nigeria, sans gravité non plus. En Chine, 4 cas d’infections humaines à H5N6, 2 cas à H9N2 et 2 cas à H3N8 ont été rapportées. Les infections à H5N6 ont été sévères, avec malheureusement un mort rapporté. A noter que depuis 2014, ce sont au total 78 cas d’infections à H5N6 qui ont été notifiés en Chine, et un cas au Laos. 33 patients sont décédés des suites de l’infection.

 Malgré tout, le risque de diffusion à la population générale est évalué comme très faible selon l’European centre for disease prevention and control (ECDC), et par les Centres américains de contrôle et prévention des maladies (CDC), et faible à moyenne pour les personnes exposées.

A noter aussi qu'en parallèle, plusieurs cas d’infections chez des mammifères ont été confirmés depuis 2016.

Importance de la biosécurité

Dans ce contexte, les experts rappellent l’importance de la biosécurité, de la surveillance et de la détection précoce des foyers, ainsi que de l’analyse des séquences génomiques afin de détecter rapidement des mutations associées à un potentiel zoonotique accru. « Les récentes infectins humaines en Chine causées par le sous-type H3N8 soulignent la nécessité de ne pas limité la surveillance aux seuls virus hautement pathogènes mais de l’étendre aussi aux virus faiblement pathogènes appartenant à des sous-types dont le potentiel zoonotique élevé a été démontré », indiquent les experts. En France, cette surveillance est faite par l’Anses.

Tanit Halfon

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