IAHP : un plan d’action pour la vaccination - Le Point Vétérinaire.fr

IAHP : un plan d’action pour la vaccination

Tanit Halfon

| 04.01.2023 à 15:43:00 |
© iStock-South_agency

Le ministère de l’agriculture, a annoncé le lancement d’un « plan opérationnel d’action » sur plusieurs mois, permettant de préparer le terrain à l’utilisation de vaccins contre l’influenza aviaire hautement pathogène. Cette annonce fait suite à un  rapport de l’Anses sur la question.

Les choses avancent pour la vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène. Alors que les tests pour évaluer l’efficacité de vaccins pour les palmipèdes sont en cours avec des résultats attendus pour le premier trimestre 2023, le ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, a annoncé le 22 décembre dernier, le lancement d’un plan opérationnel d’action pour la vaccination. Ce plan, qui va s’étaler sur ces prochains mois, vise plusieurs objectifs :

- évaluer l’efficacité de solutions vaccinales sur différentes espèces de volailles et palmipèdes ;

- s’assurer que les laboratoires pharmaceutiques seront capables de produire des vaccins ;

- évaluer différents scénarii de vaccination d’un point de vue scientifique et économique ;

- valider une stratégie, et sa mise en œuvre opérationnelle ;

- faire un travail de lobbying au niveau européen et international, notamment vis-à-vis des partenaires commerciaux, pour faire accepter la vaccination et fournir des garanties qualité.

Pour ce plan, a été créé un comité de pilotage regroupant l’agence sanitaire Anses, l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), l’école nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT), des interprofessions du secteur avicole, sous la direction de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Les premières réunions sont prévues début janvier 2023.

In fine, l’objectif sera de pouvoir lancer la vaccination à partir de l’automne 2023, « si toutes les conditions sont réunies ».

En parallèle, il est prévu de mettre en œuvre des « mesures de sauvegarde des ressources génétiques de la filière palmipèdes gras » dans les Pays-de-la-Loire. En effet, la région regroupe des entreprises d’accouvage permettant de renouveler le cheptel français, avec plus de 70 % des canetons élevés de France qui y sont originaires.

Beaucoup de questions en suspens

L’annonce du plan d’action fait suite à une saisine de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’Anses, qui vient d’être rendue publique, sur l’élaboration d’une stratégie vaccinale. Il s’agit de la première partie de l’avis, qui explore le sujet de la vaccination des galliformes ; une deuxième partie est en cours sur la vaccination des palmipèdes. La saisine avait été demandée cet été. A la lecture, on comprend qu’il reste encore beaucoup de points à éclaircir, pour être prêt pour l’automne 2023. Outre les aspects réglementaires et commerciaux, il y a plusieurs facteurs techniques limitants, en premier lieu il n’existe actuellement qu’un seul vaccin autorisé en Europe, mais uniquement  pour la poule, et protégeant contre une souche vaccinale n’appartenant pas au clade 2.3.4. qui circule actuellement posant la question de son efficacité. Quatre autres vaccins existent et sont utilisés dans les pays tiers, mais un seul protège contre une souche du clade 2.3.4.4. Tous visent aussi la poule. Or, la dinde est très réceptive et sensible au virus, avec des possibilités de réassortiments chez cette espèce, notamment avec des virus influenza de mammifères, impliquant donc de la considérer aussi dans une stratégie vaccinale. Par ailleurs, une politique vaccinale efficace nécessite d’avoir plusieurs vaccins différents, pour les rappels.

Autres points bloquants, la mise en production des vaccins demande du temps, 6 à 8 mois « entre le moment de la commande et l’obtention de lots de produit fini pour un vaccin déjà en production », voire plus. Il faudra aussi valider une stratégie DIVA qui vise à développer des vaccins et des tests associés, pour différencier les animaux vaccinés des animaux infectés.

Enfin, les experts rappellent que la stratégie vaccinale ne doit pas se limiter aux galliformes, mais inclure aussi les palmipèdes, « notamment du fait de l’importance numérique des élevages de palmipèdes et de leur répartition sur l’ensemble du territoire, de leur forte réceptivité au virus et de leur capacité d’excrétion plus importante que celle des Gallus gallus (risque de diffusion important). »

Une fois ces aspects techniques résolus, encore faudra-t-il pouvoir être en capacité d’adapter sa stratégie vaccinale : en effet, les experts ont bien indiqué que la stratégie nationale « devra être réévaluée à l’aune de la situation épidémiologique et de la disponibilité et efficacité des vaccins pour les palmipèdes ». De plus, il y a des vaccins plus performants que ceux actuellement sur le marché, qui sont en cours développement, et « il sera intéressant dans l’avenir de les inclure dans la réflexion ».

Le vaccin est un outil complémentaire de lutte

Toutes ces questions nécessitent de travailler de concert avec les partenaires privés, l’Anses soulignant bien que l’administration française devra envoyer « des signaux forts aux firmes pharmaceutiques afin que celles-ci envisagent ou complètent le développement de vaccins mieux adaptés et intègrent les besoins français dans leurs schémas de production et de livraison de vaccins ».

A noter que l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, a aussi été saisie pour étudier la pertinence de stratégies vaccinales, en association avec l’Agence européenne des médicaments (EMA). Les conclusions ne seront disponibles qu’au cours du second semestre 2023.

La vaccination n’est qu’un outil complémentaire de lutte contre l’IAHP, ont rappelé les experts de l’Anses. De fait, il faudra encore renforcer les mesures de biosécurité dans les élevages de volailles, qui sont « les piliers de base pour lutter contre l’IA », en mobilisant notamment la formation « pratique, en situation », afin de « permettre aux éleveurs et aux intervenants en élevage de continuer à progresser. »

Au 2 janvier 2022, 253 foyers ont été confirmés en élevage, dont 2/3 dans les Pays-de-la-Loire. Le sud-ouest reste toujours épargné, avec seulement 1 foyer en élevage dans le Gers et 1 dans les Hautes-Pyrénées, en lien avec le plan Adour (réduction massive des densités d’animaux dans le territoire).

Tanit Halfon

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