IAHP : point d'étape sur les infections félines en Pologne  - Le Point Vétérinaire.fr

IAHP : point d'étape sur les infections félines en Pologne 

Tanit Halfon

| 23.08.2023 à 14:19:00 |
© iStock-z1b

Une baisse des cas a été rapportée à la mi-juillet par les autorités polonaises. A ce jour, la source de contamination reste inconnue. Aucune alerte particulière n’a été émise par les instances internationales quant au risque pour l’humain.

Fin juin, les autorités sanitaires polonaises indiquaient avoir détecté plusieurs dizaines de cas d’infection féline au virus influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) du sous-type circulant H5N1. Jusqu’à présent, il n’y avait jamais eu un nombre aussi élevé confirmé de cas d’infections félines au virus IAHP ; seuls des cas sporadiques étaient rapportés. De plus, cette flambée de cas n’était pas limitée à une zone géographique donnée, les chats détectés positifs provenant de plusieurs zones éloignées les unes des autres. Où en est-on en cette fin d’été ?

Selon le dernier communiqué de presse des autorités sanitaires polonaises, en date de la mi-juillet, la situation sanitaire serait en cours de normalisation. En effet, il est indiqué qu’ « au cours de la semaine dernière, le nombre de cas signalés a considérablement diminué par rapport à l’état initial ». Au total, au 17 juillet, sur 61 animaux testés, 34 étaient revenus positifs (dont 1 caracal).

Des souches virales proches génétiquement, avec des mutations d'adaptation aux mammifères

Les investigations sont toujours en cours pour déterminer l’origine des contaminations. Si rien n’a pu être confirmé avec certitude pour l’instant, on en sait un peu plus sur les souches virales en cause, grâce à deux études rendues publiques sur le site Eurosurveillance (1, 2). Les analyses génomiques révèlent que les souches virales correspondent au virus H5N1 de génotype CH (H5N1_A/Eurasian_Wigeon/Netherlands/3/2022-like). Toutes les séquences analysées (n=19) sont proches les unes des autres, et proches d’un virus détecté chez une cigogne au début du mois de juin, dans le district de Tarnow. Ce génotype a été responsable de 58% des cas chez les oiseaux domestiques, et 30% chez les oiseaux sauvages en Pologne, suite à sa première identification en décembre 2022. A partir de février 2023, il était toutefois devenu sporadique, avec un remplacement par le génotype BB.

Le séquençage des souches virales a révélé la présence de mutations adaptatives aux mammifères, dont la mutation PB2-K526R qui a été associée à des cas d’infection humaine pour certains virus influenza aviaire (H5N1 et H7N9). L’autre mutation PB2-E627K avait été identifiée dans la souche virale de la cigogne. En Pologne, la présence de ces deux mutations simultanées n’a été retrouvée qu’au niveau des souches virales associée aux infections félines. 

Une source de contamination toujours inconnue

Etant donné l’étendue géographique des détections, et le fait que des chats d’intérieur soient aussi touchés, l’hypothèse d’une transmission directe via des oiseaux est moins probable. Dans ce contexte, l’hypothèse privilégiée est celle d’une contamination par de la nourriture contaminée, par exemple de la viande de volaille. Cette hypothèse a été explorée avec une première série d’analyses sur des échantillons de viande congelée envoyés par des propriétaires de chats malades. Sur 5 échantillons, seul un est revenu positif : il s’agissait de viande de poulet ayant été achetée fraîche pour la consommation humaine le 9 juin 2023. Le séquençage a montré des similarités avec les souches virales incriminées dans les infections félines. Ce résultat est toutefois à interpréter avec précaution étant que cet échantillon était associé avec un chat malade mais dont l’infection à H5N1 n’a pas pu être confirmée de manière concluante. De plus, il est aussi rapporté que certains chats étaient nourris avec un aliment spécifique à priori, sans contact de plus avec l’extérieur. Dans le cadre d’une hypothèse de viande contaminée, on ne peut pas exclure que des foyers en élevage causés par le génotype CH n’aient pas été détectés. Il est aussi à noter que la Pologne importe de la viande de volailles d’autres pays. Les deux mutations identifiées chez les souches virales des chats infectés, ont aussi été trouvées dans la souche virale de la viande de poulet.

La question d’une contamination de petits mammifères terrestres, comme les campagnols (dont se nourrit aussi la cigogne) est aussi posée par les scientifiques.

Pas de communication récente des instances sanitaires internationales

En parallèle de cette amélioration rapportée de la situation sanitaire en Pologne, il n’y a pas eu de nouvelles communications sur le risque pour l’humain de la part des instances sanitaires internationales. Ainsi, dans la dernière communication de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en date du 31 juillet, il est indiqué que le risque d’infection pour la population générale restait faible. Selon les données de l’Organisation, en 2023, seuls 4 cas humains de H5N1 avaient été rapportés, dans 3 pays différents. Cela n’empêche évidemment pas l’OMS d’appeler l’ensemble des pays à la vigilance, en soulignant l’importance de la surveillance.

Du côté de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), dans son dernier rapport de situation publiée en juillet, le constat était le même. L’Agence émettait aussi des recommandations générale pour limiter le risque d’infection des carnivores domestiques : pas d’exposition à des animaux (oiseaux et mammifères) morts ou malades, les tenir en laisse dans les zones de forte circulation virale, pas d’alimentation à base d’abats et viande crue.

Outre-Atlantique, les experts des CDC avaient aussi communiqué en juillet sur le fait que les premiers résultats de séquençage des virus chez les chats infectés, avaient montré une correspondance avec un candidat virus-vaccinal mis au point en 2022, permettant si besoin d’offrir une bonne protection contre ces souches virales.

Tanit Halfon

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