IAHP : les détections se poursuivent chez les vaches aux Etats-unis - Le Point Vétérinaire.fr

IAHP : les détections se poursuivent chez les vaches aux Etats-unis

Tanit Halfon

| 17.04.2024 à 12:00:00 |
© iStock-arlutz73

Le nombre de troupeaux laitiers a augmenté, tout comme le nombre d'Etats américains concernés. Aucune nouvelle infection humaine n’a été rapportée. Le risque pour la population humaine reste inchangé.

Les détections d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) à H5N1 du clade 2.3.4.4b de la lignée eurasienne dans des élevages de bovins laitiers se poursuivent aux Etats-Unis. Au 15 avril 2024, ce sont déjà 28 élevages qui sont touchés. Ces élevages ne sont pas regroupés mais répartis dans 8 états américains pouvant être très éloignés les uns des autres, à savoir la Caroline du Nord (1), le Dakota du sud (1), l’Idaho (1), le Kansas (3), le Michigan (4), le Nouveau-Mexique (6), l’Ohio (1), et le Texas (11).

Pour rappel, la première détection du virus chez les ruminants avait été faite en mars 2024 non pas chez des vaches, mais chez des chevreaux dans une ferme du Minnesota. Début mars, l’exploitant avait signalé de la mortalité inhabituelle chez ses chevreaux, sachant que la ferme abritait une basse-cour de volailles déclarée positive au virus en février. Les volailles et les chèvres avaient accès au même espace, dont une source d’eau commune. Tous les chevreaux testés se sont révélés positifs pour le virus H5N1, avec des souches fortement apparentées à celles des volailles. Toutes les chèvres adultes étaient en bonne santé, avec les échantillons associés qui se sont tous révélés négatifs pour le virus.

Des précisions sur les signes cliniques

Pour ce qui est des vaches laitières, le descriptif des cas suspects et les modalités associées de test, ont été résumés dans un document. Les troubles de santé rapportés sont une baisse soudaine de la consommation d’aliments associée à une diminution de la rumination, puis une baisse marquée de la production laitière au niveau du troupeau. Les animaux les plus gravement touchés présentent du lait épaissi qui peut ressembler à du colostrum. Un changement dans la consistance du fumier est aussi observé avec du fumier collant à sec. D’autres documents d’information (1, 2) font aussi mention de fièvre et de déshydratation, tout comme de peu ou pas de mortalité, avec des vaches qui se rétablissent généralement après un isolement. Les animaux plus âgés sont davantage touchés mais des détections sont aussi faites chez certaines vaches plus jeunes. Le virus a été détecté dans des écouvillons oro-pharyngés, et des échantillons de lait non pasteurisé/tissu mammaire.

Il est à noter que les autorités sanitaires s’efforcent aussi d’explorer les éventuels cas antérieurs, et prévoient de pouvoir effectuer des tests sur des échantillons conservés en laboratoire provenant de bovins et autres mammifères présents sur les lieux et correspondant au profil du cas.

Encore des inconnues sur les voies de transmission

A ce stade, il n’y a pas encore de certitudes sur toutes les sources possibles de contamination, et voies de diffusion. D’après une synthèse faite par l’AVMA (American veterinary medical association), le seul élevage laitier touché de l’Ohio « avait reçu des vaches d’un d'un troupeau texan dont l'infection par le virus de l'influenza aviaire de type A H5N1 a été confirmée ultérieurement. Les troupeaux laitiers du Michigan et de l'Idaho avaient reçu des vaches provenant d'États où le bétail était infecté par le virus de la grippe aviaire de type A H5N1, mais on ne sait pas si ces bovins importés provenaient de troupeaux infectés. » Par ailleurs, les souches trouvées dans les Etats au moins du Michigan, de Nouveau-Mexique et d’Idaho s’apparentent à celle du Texas et du Kansas, « qui semble avoir été introduite par des oiseaux sauvages ». Enfin, « la propagation des signes cliniques au sein du troupeau du Michigan, et d’autres résultats, indique que la transmission du virus entre les bovins ne peut être exclue ».

Dans ce contexte, des restrictions aux mouvements ont déjà été prises. Ainsi, au 15 avril, 17 états américains avaient restreints leurs importations de bétails issus d’états avec des troupeaux touchés.

Pour rappel, ces cas ont été associés une infection humaine d’un travailleur d’un troupeau laitier touché du Texas. Cette infection a été sans gravité, avec pour seul signe clinique de la rougeur oculaire correspondant à une conjonctivite. Il s’agit de la deuxième personne confirmée positive au H5N1 aux Etats-Unis après un premier cas en 2022 au Colorado chez une personne exposée aussi au virus dans l’industrie avicole. A ce stade toutefois, les autorités sanitaires n’ont pas confirmé l’origine de la contamination, mais un communiqué des CDC précise tout de même qu’ « il s’agirait du premier cas de propagation de l’influenza aviaire de la vache à l’humain ». Selon les CDC, les analyses génomiques de  la souche virale ont montré qu’elle était apparentée avec celles des vaches et oiseaux touchés du Texas. De plus, aucuns changements associés à la résistance aux médicaments antiviraux n’a été identifié ; et « le virus est étroitement lié à deux virus vaccinaux candidats. »

Le risque pour la population humaine n’est pas augmenté

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), cela ne change en rien l’évaluation du risque de grippe aviaire pour le grand public qui reste faible. Seules les personnes exposées à des animaux infectés, oiseaux ou autres, ou à des environnements contaminés, sont plus à risque d’infection. L’OMS précise que le virus n’a pas acquis de mutations facilitant la transmission entre humains. Il n’y a que des changements mineurs par rapport aux souches virales circulants chez les animaux. Aucun cas n’a été signalé dans l’entourage du patient. Aucun autre cas humain n’a été rapporté aux Etats-Unis. L’OMS indique aussi que des vaccins candidats destinés à prévenir l'infection par le virus H5 chez l'humain ont été mis au point à des fins de préparation à une pandémie.

De plus, il n’y a toujours aucune inquiétude sur le lait et produits laitiers « car le lait des animaux touchés est détourné ou détruit afin qu'il n'entre pas dans l'alimentation humaine », rappelle l'AVMA. En outre, « les produits sont pasteurisés avant d'entrer dans le commerce interétatique pour la consommation humaine. » Pour le lait pour nourrir les veaux, les autorités sanitaire recommandent qu’il soit soumis à un traitement thermique. Il est aussi déconseillé de boire du lait cru et manger du fromage à base de lait cru.

A noter que l’humain n’a pas été le seul autre mammifère positif associé aux élevages bovins touchés. Il a aussi été rapporté trois cas de chats malades d’une exploitation laitière du Texas.

A ce jour, la situation reste évolutive.

Tanit Halfon

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