Enseignement vétérinaire : un décret officialise le recrutement post-bac - Le Point Vétérinaire.fr

Enseignement vétérinaire : un décret officialise le recrutement post-bac

Tanit Halfon | 10.12.2020 à 18:44:35 |
étudiants vétérinaires
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De nouveaux textes relatifs aux études vétérinaires en date du 3 décembre entérinent la création de la voie de recrutement post-bac pour les écoles nationales vétérinaires.

De nouveaux textes, un décret, et quatre arrêtés d’application, viennent clarifier et mettre à jour les dispositions relatives à l’enseignement vétérinaire. Le décret du 3 décembre 2020 officialise tout d’abord la voie de recrutement post-bac qui sera mise en œuvre dès la rentrée 2021. Cela permet donc aux étudiants accédant aux écoles par cette voie, d’obtenir le diplôme d’Etat de vétérinaire au bout de six années d’études, soit une année de moins que pour le parcours plus classique via la classe préparatoire (2 années de classe préparatoire + 5 années d’études en école). Cette réduction des études était un des objectifs visés par la création du recrutement post-bac. En effet, à l’étranger, les études vétérinaires durent en moyenne 6 ans contre 6 à 8 ans pour la France. Une durée coûteuse pour les familles, mais également l’Etat. De plus, cette voie vise également à diversifier les profils, via des modalités de sélection différentes de celles des classes préparatoires.

Des critères de sélection post-bac définis

Ce profil recherché des candidats est défini dans un arrêté. Il est indiqué qu’ils devront présenter un certain nombre d’aptitudes pour certains sujets (potentialités) ; pour d’autres, ils devront montrer leur capacité de les maîtriser. Pour exemple : ils doivent présenter une « aptitude à travailler avec toutes les espèces animales », «  à décrire l’ensemble des métiers de vétérinaire » ou encore à « maîtriser son stress et prendre des décisions dans l’urgence ». Ils devront maîtriser les « connaissances fondamentales de la biologie », être capable de « communiquer à l’écrit et à l’oral de manière rigoureuse et adaptée », ou encore être capable de « mener un dialogue en exposant ses idées dans le respect de son interlocuteur ».

Ces points clés sont à destination des lycéens qui voudraient tenter leur chance par la voie post-bac. Afin de les aider au mieux à conforter leur profil à ces attendus, la Direction générale de l’enseignement et de la recherche du ministère, a créé un site internet dédié à cette voie de recrutement. Les lycéens pourront notamment y trouver un questionnaire d’auto-évaluation (questionnaire de pré-orientation), qui est présenté comme un outil informatif et pédagogique permettant d’avoir un premier aperçu de l’adéquation de son profil à l’accès aux études vétérinaires. Pour postuler, il est obligatoire de répondre à ce questionnaire, dont le traitement sera anonymisé.

Par ailleurs, un autre arrêté précise les étapes de la sélection par cette voie. En pratique, il y aura une première sélection (admissibilité) sur la base des dossiers mis sur Parcoursup. Les candidats seront ensuite soumis à des épreuves d’admission, constitués de plusieurs courtes épreuves (3 à 10, d’une durée de 5 à 15 minutes) pour évaluer les compétences intellectuelles et cognitives générales des élèves, et les aptitudes personnelles. Plusieurs types d’épreuves sont possibles : des entretiens oraux avec un ou deux examinateurs ; des travaux manuels, ou encore des exercices assistés par ordinateur. Cette sélection est nationale, et 160 étudiants seront recrutés (40 par écoles) représentant 25% du recrutement des écoles nationales vétérinaires. A noter qu’il est prévu des pourcentages minimaux de bacheliers bénéficiaires de la bourse nationale de lycée.

Un enseignement basé sur le référentiel de compétences

Par ces textes, l’objectif est aussi de clarifier, et actualiser, les dispositions relatives à l’enseignement vétérinaire, en les regroupant au sein d'un même corpus du livre VIII du Code rural (16 articles, de R.812-50 à 812-65). 

Ainsi, les textes reprennent-ils les points clés définissant ce qui fait l’enseignement vétérinaire. Il y est notamment rappelé que la fin des études est actée par la soutenance de la thèse de diplôme d’Etat de docteur vétérinaire, dont la date limite est confirmée au 31 décembre. Des soutenances anticipées dès le dernier semestre des études vétérinaires sont possibles, sur demande. De plus, y est souligné que la formation initiale s’inscrit dans une approche par compétences, tel que défini dans le référentiel national pour le diplôme vétérinaire. De plus, y est rappelé la part de la formation théorique, clinique et pratique. Pour le tronc commun (semestres 3 à 8), « le volume des enseignements théoriques ne doit pas dépasser celui des enseignements pratiques, cliniques et dirigés ». De plus, « la formation clinique représente au moins 75%  des semestres 9 à 10, consacrés à parts égales aux animaux de production et à la santé publique vétérinaire, d’une part, et aux animaux de compagnie et équidés, d’autre part ». Pour la dernière année d’approfondissement, les élèves auront le choix entre les animaux de production, les animaux de compagnie, les équidés, la santé publique vétérinaire, la recherche ou l’entreprise.

Il y a également des nouveautés. L’attribution du grade de master aux titulaires du diplôme d’études fondamentales vétérinaires (DEFV) est institutionnalisée. De plus, le rôle de l'Association européenne des établissements d'enseignement vétérinaire (AEEEV) dans l'évaluation des études vétérinaires en France est officiellement reconnu. Cela n’empêche pas l’évaluation du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur de continuer à évaluer les écoles vétérinaires.

Il est aussi à noter que le décret laisse la possibilité de créer, à l’issue du tronc commun, un examen national classant pour l’accès à l’année d’approfondissement.

Il est également reconnu que les professeurs et maîtres de conférences habilités à diriger des recherches des ENV peuvent présider des jury de thèse pour l’obtention du diplôme d’État de docteur vétérinaire délivré par les facultés de médecine. Jusqu'alors, cette présidence était réservée aux professeurs de cette même faculté. 

Qid des futures écoles vétérinaires privées ?

 Ces textes s’appliqueront-ils à d’éventuelles futures écoles vétérinaires privées ? A cette question, la DGER répond que les dispositions générales, soit les articles R812-50 à 60, ont une portée générale aux écoles vétérinaires, sans précision de l’adjectif national, et que les autres articles s’appliquent qu’aux écoles nationales vétérinaires. Ces textes confirment donc à priori que le recrutement des étudiants pour de futures écoles privées ne passerait pas par un concours national et commun à tous les établissements formant des vétérinaires, comme cela est défini dans l’art. 812-63. Ceci dit, le décret indique bien que l'accès à une école vétérinaire (sans préciser "nationale") ne peut se faire que par l'intermédiaire d'un concours (art. R812-53). Par ailleurs, c’est le ministre qui définit chaque année par arrêté le nombre de places ouvertes dans chacune des écoles nationales vétérinaires aux différentes voies du concours : qu’en sera-t-il pour des écoles privées ? Le nombre de places sera-t-il limité ? De plus, le conseil d'administration de chaque école nationale vétérinaire définit le référentiel de formation et le règlement des études après les avoir soumis pour avis au conseil des directeurs des écoles nationales vétérinaires. Par dérogation, le programme de la première année, qui est commun à toutes les écoles nationales vétérinaires, est fixé par le ministre chargé de l'agriculture (art. 812-64). Qu’en sera-t-il pour le programme académique des écoles privées ? Autre question : l’article 812-58 indique les études fondamentales vétérinaires sont sanctionnées par le diplôme d'études fondamentales vétérinaires délivré par les écoles nationales vétérinaires, qui confère le grade de master à ses titulaires. Cela sera-t-il le cas pour les étudiants d’écoles privées ?

A noter que l’article 812-65 indique que ce sont les écoles nationales vétérinaires qui peuvent créer ensemble des enseignements complémentaires donnant lieu à des diplômes inter-écoles nationales vétérinaires (DIE) ou certificats d'études approfondies vétérinaires (CEAV) De diplômes nationaux d'internat des écoles nationales vétérinaires et des diplômes nationaux d'études spécialisées vétérinaires (DESV). On peut donc imaginer qu’une école privée ne pourrait pas le faire.

Ceci dit, pour avoir une réponse à toutes ces questions, encore faut-il attendre le retour du Conseil constitutionnel qui a été saisi par des députés de l’opposition, sur la loi de programmation de la recherche. Cette décision est attendue d’ici la fin du mois de décembre. Si le projet n’est pas remis en question, les textes d’application permettront d’y voir plus clair.

Pour consulter le décret, cliquez sur ce lien

Pour consulter les arrêtés, cliquez sur ces liens :

- arrêté du 3 décembre 2020 relatif aux modalités de préparation, de soutenance de la thèse d’exercice et de délivrance du diplôme d’Etat ; 

- arrêté du 3 décembre 2020 relatif aux études vétérinaires ; 

- arrêté du 3 décembre 2020 modifiant l’arrêté du 1er août 2019 relatif au concours commun d’accès dans les écoles nationales vétérinaires ; 

- arrêté du 3 décembre 2020 relatif au cadre national sur les attendus de l’accès aux études vétérinaires par la voie post-bac du concours commun des écoles nationales vétérinaires. 

Pour consulter le corpus de texte du Code rural relatif à l’enseignement vétérinaire, cliquez sur ce lien.

Tanit Halfon
3 commentaires
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michele le 11-12-2020 à 18:06:09
Décidément,c'est n'importe quoi. Un CAP vétérinaire serait carrément plus simple.
Pas de concours permettant de selectionner ,pas de prépa apprenant à travailler avec synthese .
cela formera de parfaits petits employés de bureau pour les chaines.
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Armand Gaillot, Vétérinaire le 13-12-2020 à 16:07:31
je suis retraité...Aussi ai-je la parole ?
>Je trouve que c'est dommage de ne pas faire un prépa de 2 ans. c'est autrement plus glorieux de passer par une telle prépa...qui conduit à l'excellence, qui permet par la suite d'avoir des chercheurs de premier ordre. toutes les professions ont allongé la durée de leurs études et sont prêtes à les allonger encore...Il y a tant de choses à savoir...Les Kiné font leurs études en 4 ans, il y a quelques années c'était 2 ans ! les infirmières 4 ans, les ostéopathes 6 ans...Seuls les vétos réduisent, c'est lamentable !
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dnamra 39 le 13-12-2020 à 16:20:04
Je voulais ajouter qu'avec le choix entre les 2 filières, la majorité se contentera de la + courte et à terme la prépa à 2 ans disparaitra... Quel dommage, la notoriété de la profession va reculer. Je regrette beaucoup de n'avoir pas connu cette prépa à 2 ans. En 1 an au lycée du Parc à Lyon, j'ai intégré N° 6,j'aurais fait sans problème une deuxième année, la somme des connaissances est tellement conséquente qu'on a l'impression de pouvoir "bouffer" le Monde !
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