Disparition d’une précurseur et visionnaire du monde vétérinaire

Anne – Claire Gagnon | 27.11.2018 à 11:11:17 |
Claude Lardy
© Anne – Claire Gagnon

Claude Lardy, vétérinaire honoris causa, Présidente d'honneur du SIMV, Présidente d'honneur de Bioforce, ancienne responsable de la Direction Commerciale France de Rhône Mérieux s'est éteinte à Lyon, dans sa 91e année.

En septembre 2017, elle avait encore inauguré à Dakar le Centre de formation Afrique de Bioforce. Et « en fidèle d'entre les fidèles, avait consacré des dizaines et des dizaines d'heures à ouvrir sa mémoire, ses archives et son carnet d'adresses » à Marc Francioli qui a signé l'ouvrage Charles Mérieux* paru en 2017.

Vétérinaire dans l'âme
Claude aurait pu écrire l'histoire des 60 années de la profession vétérinaire si elle n'avait pas été d'une discrétion et d'une abnégation totales. Car cette épopée vétérinaire, elle y a contribué, elle l'a écrite elle-même par les innovations, le souffle qu'elle a apporté. Carnets de santé, cartes de relance, premier serveur minitel Chadog, Journée de la Nature et de l'Animal, sa créativité était au service des vétérinaires, une profession qu'elle admirait, et qui le lui a rendu officiellement le 28 juin 2002, la faisant vétérinaire honoris causa, validant avec panache ses acquis d'une expérience hors norme.

Première femme directrice et présidente
Entrée à 17 ans comme documentaliste rue Bourgelat, elle vivra l'aventure de la Fièvre Aphteuse, à l'IFFA avec Czeslaw Mackowiack et Horst Peterman, disant elle-même « avoir baigné dans un milieu de culture fantastique ». Devenue l'assistante du Professeur Pierre, elle assiste aux Journées Vétérinaires (le premier Congrès) qu'elle organise, échangeant avec les praticiens. Elle participe alors à la mise en place des prophylaxies obligatoires pour les bovins.
D'une grande disponibilité intellectuelle, à l’écoute des praticiens, « fascinée par la diversité des individualités vétérinaires », elle avait à cœur de perfectionner ses connaissances pour mieux répondre à leurs questions. Elle devient responsable marketing en 1968 du département vétérinaire où elle invente les outils qui sont les nôtres aujourd'hui (carnets de santé, cartes de relance etc.), puis directrice commerciale France en 1974. Elle est contemporaine de la première loi sur la pharmacie vétérinaire en 1975, le début des AMM. Elle accompagne  et devance le mouvement de la pharmacovigilance en créant le SIMV** en 1981 et l'AEIMV*** en 1985.

Une vision prospective
Elle mettait en musique les idées du Docteur, notamment celles des Entretiens de Bourgelat qui, de 1981 à 1996, furent un lieu de réflexion, de prospection et d'échanges féconds entre praticiens et étudiants vétérinaires. Pathologie animale, productions animales, animal et société en 1981, puis Comment communiquer pour mieux former et informer, Gestion des populations animales, autant de thématiques où l'intérêt vétérinaire servait la cause publique.
En 1991, elle avait réuni 40 experts vétérinaires pour réfléchir à la consultation vaccinale et à l'avenir de la médecine préventive. En 1996, elle avait participé à un colloque de vaccinologie réunissant l'ensemble des experts en virologie et bactériologie de la planète vétérinaire.
Fidèle collaboratrice du Dr Mérieux elle avait faite sienne sa devise, « Sans frontières entre les médecines », aujourd'hui appelée One Health. 

Jeune retraitée de Rhône Mérieux en 1992, elle a poursuivi son travail humanitaire, en total bénévolat, comme Vice-Présidente de la Fondation Mérieux jusqu'en 2003. Elle a été présidente fondatrice de Bioport (soutien logistique de stockage et transport des actions humanitaires) et de Bioforce, l'école de formation professionnelle des agents des organisations humanitaires, une mission qu'elle a assurée, à titre honorifique jusqu'à son dernier souffle.

En 1998, elle avait été la cheville ouvrière aux côtés du Docteur pour permettre la construction du laboratoire P4 Jean Mérieux, sur le toit du laboratoire d'analyses Mérieux. P4 qui a été inauguré par le Président Jacques Chirac en mars 98.

Mémoire vivante du Docteur, elle a ouvert les chemins de la vaccinologie aux vétérinaires, en étant l'une des nôtres, notre mentor, notre amie.
Aujourd'hui, nous sommes tous orphelins de la grande dame vétérinaire.

  
* Charles Mérieux, l'homme qui voulait vacciner tous les enfants du monde, Marc Francioli, éditions du Rocher, 2017

* Syndicat de l'Industrie du Médicament et réactif Vétérinaires
** Association Interprofessionnelle d’Étude du Médicament Vétérinaire

Anne – Claire Gagnon
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