Détection d’une maladie à prion chez des dromadaires en Algérie

Tanit Halfon | 17.04.2018 à 16:56:47 |
dromadaire
© CR

Une maladie à prion a été détectée chez trois dromadaires en Algérie. C’est la première fois que la maladie est détectée chez cet animal.

Une maladie à prion a été mise en évidence chez trois dromadaires femelles âgés de 11 à 14 ans, du sud-est de l’Algérie, suite à une inspection ante mortem à l’abattoir de Ouargla.

Les animaux présentaient des signes cliniques neurologiques : difficultés à se relever, mouvements répétitifs de la tête, grincements de dents, agressivité lors des manipulations. L’analyse histologique de l’encéphale a révélé des lésions de vacuolisation neuronale (phénomène de spongiose). L’analyse western-blot a montré la présence des trois bandes caractéristiques de la protéine prion pathologique (PrPSc = scrapie prion protein), avec des caractéristiques différentes de la protéine impliquée dans l’encéphalopathie spongiforme bovine classique (ESB-C) ou l’ESB-C après passage chez le mouton. Cette protéine à prion était également présente dans le système lymphoïde d’un dromadaire, l'analyse n’ayant pas pu être réalisée chez les deux autres dromadaires, suggérant une forme infectieuse de la maladie, comme la tremblante classique chez les petits ruminants, ou la maladie du dépérissement chronique chez les cervidés (CWD).

C’est la première fois qu’une maladie à prion est décrite chez le dromadaire. De plus, jusqu’à présent, aucune autre maladie à prion n’avait encore été enregistrée en Algérie, que ce soit l’ESB ou la tremblante des petits ruminants.

Pour autant, une enquête rétrospective, menée à l’abattoir, a montré que la maladie semble présente depuis les années 80. Au cours de ces cinq dernières années, le personnel de l’abattoir d’Ouargla a observé de manière plus fréquente des signes neurologiques chez des dromadaires adultes, dont des tremblements, de l’agressivité, de l’hyperactivité, des mouvements répétitifs de la tête de bas en haute, des démarches hésitantes et incertaines, de l’ataxie des membres postérieurs, des chutes et des difficultés à se relever. Les animaux présentant également une perte de poids, ainsi qu’un comportement anormal. De plus, 20 dromadaires sur 937 (2%) en 2015 et 51 sur 1322 (près de 4%) en 2016 présentaient des signes neurologiques avant abattage. Les animaux concernés étant âgés de plus de 8 ans, et uniquement originaires de zones proches de l’abattoir.  Enfin, selon les éleveurs, le stade précoce de la maladie serait principalement caractérisé par un comportement anormal, tel qu’une perte d’appétit et une irritabilité. La maladie progresserait lentement, entre 3 et 8 mois.

A noter que les maladies à prion présentent de longues périodes d’incubation, impliquant des manifestations cliniques chez des animaux âgés de plus de 8 ans. Or, la plupart des dromadaires abattus sont âgés de moins de 5 ans.

Des études sont en cours pour une meilleure caractérisation de l’origine et de la nature de la maladie, afin d’exclure toute possibilité de transmission inter-espèces. En effet, les exportations de viande et d’os originaires du Royaume-Uni ont atteint les 30 000 tonnes en 1991 pour les pays en voie de développement, dont l’Algérie, rendant possible l’entrée de l’ESB dans les pays d’Afrique du nord. De plus, l’élevage des dromadaires est souvent associé avec celui des petits ruminants. Pour autant, et même s’il est connu que des facteurs biologiques individuels peuvent altérer la signature du PrPSc après transmission inter-espèces, la transmission inter-espèces semble peu probable, la tremblante n’ayant jamais été observée dans le pays, les dromadaires se nourrissant uniquement de l'herbe des pâtures ou de déchets alimentaire, et la signature biochimique PrPSc étant clairement distincte des autres.

Selon les données 2017 de l’organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le pays compte près de 354 465 dromadaires, répartis dans trois grandes aires d’élevage (sud-est, sud-ouest et extrême sud), les effectifs ayant nettement augmenté depuis le début des années 2000. Cet élevage représente aujourd’hui un intérêt économique, social et culturel en Algérie, en participant notamment à la sécurité alimentaire pour les populations humaines sahariennes, via la production de viande et de lait.

A ce jour, il n’existe aucun système de surveillance des maladies à prions en Algérie.

Pour rappel, les encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles (ESST) correspondent à des maladies dégénératives du système nerveux central touchant les êtres humains, comme la maladie de Creutzfeldt-Jakob, et les animaux, comme la tremblante du mouton (ou scrapie) ou l’ESB. Elles se caractérisent par une durée d’incubation très longue (plusieurs années et jusqu’à 40 ans chez l’être humain), une perte de neurones, des lésions de vacuolisation neuronale (spongiose), une prolifération des astrocytes (gliose réactionnelle) et une accumulation d’une protéine prion anormale dans le cerveau (PrPSc).

En 1986, l’ESB était détectée au Royaume-Uni, déclenchant la crise de la « vache folle », avec plus de 180 000 cas bovins recensés. Elle déboucha sur une interdiction des farines animales pour l’alimentation des ruminants en 1988 en Angleterre et en 1990 en France. En 1996, la transmission de l’agent de l’ESB à l’être humain par l’alimentation était confirmée.

Pour plus d’informations, cliquez sur ce lien.

Tanit Halfon
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