Des ONG de protection animale révèlent le scandale de la viande chevaline - Le Point Vétérinaire.fr

Des ONG de protection animale révèlent le scandale de la viande chevaline

Bénédicte Iturria | 14.06.2019 à 14:30:00 |
Cheval mort
© TSB/AWF

Dans un communiqué de presse publié le 12 juin, l’association française Welfarm a relayé les résultats d’enquêtes réalisées en Argentine, Uruguay, Canada par deux autres ONG de protection animale.

En 2018 la France a importé plus de 4300 tonnes de viande chevaline depuis l’Argentine, l’Uruguay et le Canada. Près de 80% de la viande vendue en grandes surfaces provient de ces pays (Argentine 34%, Uruguay 28%, Canada 14%). 
Dans un communiqué de presse publié le 12 juin, l’association française Welfarm a relayé les résultats d’enquêtes réalisées dans ces trois pays par deux autres ONG de protection animale, Tierschutzbund Zürich (TSB) et Animal Welfare Foundation (AWF) sur les conditions de production de la viande de cheval. Les conclusions et les images qui ressortent de longs mois de travail sont accablantes : les chevaux sont systématiquement victimes de négligence et maltraités avant d'être abattus et leur viande exportée vers l'Union Européenne (UE). Des vidéos ont été tournées entre janvier et février 2019 dans le plus gros abattoir canadien de chevaux et dans son centre d’engraissement* et d’avril 2018 à janvier 2019 dans des abattoirs et des centres de rassemblement en Argentine et en Uruguay. Dans ces deux pays d’Amérique du Sud les enquêteurs ont filmé des chevaux squelettiques, certains avec des membres fracturés et des plaies ouvertes infectées, parfois sans nourriture et sans abris pour les protéger des intempéries. Ils sont livrés à eux-mêmes, et peuvent rester ainsi des semaines entières avant d’être abattus. Ils ne reçoivent pas de soins vétérinaires et aucun abattage d’urgence n’est pratiqué pour abréger les souffrances des mourants. Les manipulations sont violentes et les transports se font dans des camions inadaptés. Certaines femelles gestantes sont victimes d’avortements spontanés et retrouvées avec leur fœtus à leurs pieds. Au Canada où la température a pu atteindre -33 degrés lors du tournage, ce sont de nombreux animaux morts de froids qui gisent sur un sol jonché d’excréments. Et les juments mettant bas dans le centre perdent leur poulain dès la naissance. 

Il est clair que ces terribles conditions de détentions ne respectent nullement les standards européens de bien-être animal. Les ONG dénoncent également un manque de traçabilité et estiment que les fraudes à l’identification sont courantes. Adeline Colonat, responsable de la campagne Welfarm, a ainsi déclaré dans le communiqué de presse : « En Argentine et en Uruguay, la traçabilité est une chimère : pour vendre un cheval à l’abattoir, il suffit au dernier propriétaire (un maquignon la plupart du temps) de déclarer sur l’honneur que le cheval n’a reçu aucune substance interdite durant les 6 derniers mois... C’est totalement invérifiable ». Dans tous les abattoirs où elles ont enquêté, les ONG ont filmé des chevaux sans aucune identification. « Une vidéo montre l’un des principaux fournisseurs de l’abattoir de Clay (Uruguay) marquer lui-même au fer rouge des chevaux qu’il vient d’acheter, et ce juste avant de les conduire à l’abattoir. C’est illégal et cela en dit long sur la traçabilité de la viande dans le pays ». 
Welfarm mentionne qu’en 2018 la Commission européenne a mené son propre audit en Uruguay. Son rapport faisait part de ses inquiétudes quant au bien-être des chevaux destinés à l’abattoir, où les centres de rassemblement étaient étrangement vides durant l’audit et concluait : « les autorités ne sont pas en mesure de certifier de manière fiable que la viande dérivée de ces espèces respecte les exigences de santé publique applicables sur le marché de l’Union européenne ». 

Malgré les alertes répétées des ONG depuis 7 ans (Welfarm avait déjà communiqué sur le sujet en 2017 et TSB a filmé des images similaires en 2012) le bien-être animal est toujours bafoué en Amérique. Welfarm demande donc : 
- aux artisans bouchers et distributeurs français de bannir de leurs rayons la viande chevaline originaire de ces 3 pays ;
- aux consommateurs de contacter leurs distributeurs et bouchers via le site alerteviandechevaline.fr ;
- au Gouvernement français d’instaurer l’étiquetage obligatoire sur l’origine de la viande chevaline.
Welfarm a aussi alerté la DGCCRF sur le caractère trompeur du logo Respectful life** présent sur certains produits vendus en supermarché. Le Canada, l’Argentine et l’Uruguay n’étant pas à même de garantir des normes équivalentes à celles de l’UE, une coalition de 13 associations (dont TSB, AWF et Welfarm) demande à la Commission européenne la suspension des importations de viande chevaline depuis ces trois pays. 

* Depuis le 1er mars 2017 une quarantaine est exigée par l’UE pour les chevaux américains abattus au Canada et destinés au marché européen afin de s'assurer de l'absence de résidus médicamenteux dans la viande. Transportés par camions depuis les États-Unis, les chevaux passent donc 6 mois dans des enclos surpeuplés, avant d’être abattus. 

** En 2015, les importateurs européens de viande chevaline ont créé le projet Respectful life en partenariat avec l'Université catholique de Louvain afin d'optimiser le bien-être des chevaux au sein de la chaine d'approvisionnement en viande. Des inspections dans les abattoirs uruguayens et argentins sont organisées et si le bien-être est respecté un logo est apposé sur les produits vendus en supermarchés. Mais selon A. Colonat : « Cette appellation trompe le consommateur car ces visites sont annoncées à l’avance, ce qui laisse tout le temps aux abattoirs de se préparer ». 

 

Bénédicte Iturria
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