Débat autour de la place des psychotropes en médecine du comportement - Le Point Vétérinaire.fr

Débat autour de la place des psychotropes en médecine du comportement

Mylène Panizo

| 19.12.2023 à 10:00:00 |
© Axience

Le laboratoire Axience a réuni 4 vétérinaires comportementalistes autour d’un cas clinique (chien mordeur). Chacun a pu présenter sa façon de prendre en charge ce cas, avec, au cœur du débat, l’emploi ou non de fluoxétine.

« Les psychotropes en comportement, utiles… ou inutiles ? », telle était la question centrale de la webconférence proposée par le laboratoire Axience, le 23 novembre 2023. Cette table ronde innovante, animée par Claude Béata (diplômé ECAWBM1) et Elie-Ange Sitbon (vétérinaire, chef de la gamme comportement du laboratoire Axience), a réuni quatre experts du comportement animal, représentant divers courants de pensées, dont la zoopsychiatrie et l’éthologie. Le but était d’exposer les différentes approches de gestion des troubles du comportement et de discuter de la place des psychotropes dans leur prise en charge.

L’exemple d’un chien mordeur

Un cas clinique (beagle d’un an ayant mordu plusieurs fois dans le cadre familial) était proposé aux experts. Deux membres de l’association Zoopsy, Muriel Marion (L90) et Nicolas Massal (T83), ainsi qu’Antoine Bouvresse (A05) (titulaire du DIE de médecine du comportement) et Emmanuelle Titeux (A88) (diplômée ECAWBM) ont présenté à tour de rôle leur démarche diagnostique et ont proposé un plan thérapeutique. S’en est suivi un débat autour des questions posées parmi les plus de 600 inscrits à la webconférence.

De nombreux points ont fait consensus, tels que l’importance d’évaluer la dangerosité de l’animal et de travailler dans le cadre légal (morsure à déclarer), ou encore de la nécessité de réaliser un examen clinique complet avant toute prise en charge médicale. Antoine Bouvresse a par exemple rappelé qu’un syndrome douloureux est suspecté dans 50% des cas de morsure.

Au terme de leur démarche diagnostique, Muriel Marion et Nicolas Massal ont conclu à un état pathologique. En première hypothèse, une maladie neuro-comportementale avec dérèglement de l’axe sérotoninergique a été suspectée, Nicolas Massal a évoqué le syndrome hypersensibilité-hyperactivité. Antoine Bouvresse a placé quant à lui l’identification des émotions en lien avec l’impulsivité au centre de sa démarche diagnostique (nécessité de distinguer une impulsivité intrinsèque d’une impulsivité environnementale). Emmanuelle Titeux a proposé une approche éthologique, en insistant sur l’exploration clinique des troubles de l’animal (notamment la polyphagie et une éventuelle douleur) et sur l’analyse des comportements du chien. Elle a mis en avant le contexte de frustrations multiples de l’animal conduisant à la morsure.

Une place qui varie pour la fluoxétine

L’utilisation de psychotropes était au cœur des débats. Si le choix de la molécule à utiliser dans ce cas précis a fait l’unanimité (la fluoxétine), sa place au sein du plan thérapeutique variait. Muriel Marion et Nicolas Massal en font la clé de voûte de la prise en charge (en association avec une thérapie comportementale). Antoine Bouvresse a précisé qu’il n’excluait pas sa prescription mais qu’il effectuerait d’abord un bilan hémato-biochimique et que sa prescription dépendrait notamment de la valence émotionnelle de l’animal. Il privilégie en effet un plan thérapeutique centré sur la gestion des émotions et sur l’enrichissement du milieu de vie. Pour Emmanuelle Titeux, l’éthologie est au cœur de sa démarche thérapeutique, dont l’objectif est de répondre aux besoins physiologiques de l’animal et d’améliorer les relations interspécifiques et intraspécifiques de l’animal.

Le dosage de la fluoxetine a été aussi sujet à débat, Emmanuelle Titeux conseille de petites doses, entre 1 et 2 mg/kg, tandis que les représentants de la zoopsychiatrie la prescrivent initialement à 3 à 4 mg/kg.

1.European College of Animal Welfare and Behavioural Medicine

Mylène Panizo

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