Covid-19 : les hôpitaux autorisés à utiliser des médicaments vétérinaires

Michaella Igoho-Moradel | 03.04.2020 à 10:53:35 |
Anesthésie
© sudok1

Les médicaments vétérinaires peuvent être utilisés pour prendre en charge des patients atteints du Covid-19 admis dans un établissement de santé. Mais sous certaines conditions.

Le contexte sanitaire inédit a des conséquences sur la disponibilité de médicaments considérés comme essentiels. Les établissements de santé sont en effet confrontés à un manque de médicaments indispensables aux services de réanimation. Face au risque de pénurie, un décret publié le 3 avril au Journal officiel autorise le recours à des médicaments vétérinaires pour prendre en charge les patients atteints du Covid-19. Il complète le décret n°2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie actuelle. Ces dispositions concernent les hôpitaux publics, les hôpitaux des armées, l'institution nationale des Invalides et les structures médicales opérationnelles relevant du ministre de la défense déployées dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire.

Un usage sous conditions

Il y a encore quelques jours, il s’agissait d’une hypothèse envisagée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Aujourd’hui, c’est chose faite. Des médicaments vétérinaires peuvent remplacer des médicaments à usage humain en cas d’impossibilité d’approvisionnement.  Ils peuvent être prescrits, préparés, dispensés et administrés en milieu hospitalier. Le décret du 3 avril pose toutefois des conditions. Cette mesure concerne les médicaments vétérinaires à même visée thérapeutique, bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) de même substance active, de même dosage et de même voie d'administration, que le médicament à usage humain dont l’approvisionnement est devenu difficile. Il est indiqué que l’ANSM publiera sur son site internet la liste de ces médicaments et leurs principes actifs désignés par leur dénomination commune internationale. A l’heure de la rédaction de cet article, cette liste n’était pas disponible. L’agence fixera également leurs conditions de préparation et d'emploi. Autre information importante, ces médicaments vétérinaires pourront être achetés par les collectivités publiques non seulement auprès des industriels de la santé animale mais aussi auprès des distributeurs. Il est à noter que les vétérinaires ne doivent pas directement fournir des médicaments aux hôpitaux qui les sollicitent. Ils doivent leur demander de s’adresser à leur Agence régionale de santé qui est en contact avec la cellule de crise nationale chargée de répartir les besoins.

Une explosion de la demande en médicaments

En plus de ces conditions, le recours à ces médicaments vétérinaires doit être inscrit dans le dossier médical du patient. Le professionnel de santé doit également respecter la règlementation en matière de pharmacovigilance pour les médicaments à usage humain bénéficiant d’une AMM. Le cas échéant, il transmet à l’ANSM ainsi qu’au centre régional de pharmacovigilance territorialement compétent les effets indésirables constatés. La situation sanitaire inédite pousse les pouvoirs publics à trouver des solutions mobilisables. Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre, Edouard Philippe a indiqué que comme le monde entier, la France se trouve confrontée à une situation où les besoins en réanimation explosent à un rythme jamais constaté. « Nous avons et nous pouvons avoir dans les semaines et les jours qui viennent des tensions d’approvisionnement » a t-il déclaré. Un constat partagé par Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV) qui note également une situation tendue d’approvisionnement de médicaments en médecine humaine. « De nombreux pays, dont l’Inde, ont fermé leur frontière et mis des restrictions à l’approvisionnement soit en matières premières soit en médicaments qui y sont fabriqués. En Europe, la crise actuelle du Covid-19 pourrait être à l'origine de ruptures proches de certains médicaments indispensables comme des anesthésiques tels que le Propofol. »

Michaella Igoho-Moradel
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