Covid-19 et biosécurité : la désinfection des locaux - Le Point Vétérinaire.fr

Covid-19 et biosécurité : la désinfection des locaux

Tanit Halfon | 27.03.2020 à 12:23:15 |
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© iStock-PeopleImages

Les vétérinaires praticiens sont appelés à mettre en œuvre des mesures de biosécurité, pour limiter la propagation du virus. Le point sur la désinfection des locaux.

Face à la crise covid-19, les vétérinaires doivent mettre en place des mesures de biosécurité au sein de leurs établissements de soins afin de protéger leur personnel tout comme les propriétaires d’animaux. A l’impératif de la distanciation physique, doivent s’ajouter des mesures de protection individuelle et collective. Parmi ces dernières, il y a la désinfection des locaux. Dans un avis du Haut conseil de la santé publique du 17 mars, il est ainsi indiqué que si la transmission des coronavirus des surfaces contaminées vers les mains n’a pas été prouvée, « elle ne peut être exclue, à partir de surfaces fraichement contaminées par les sécrétions ». Cet avis souligne aussi que « les coronavirus survivent probablement jusqu’à 3 heures sur des surfaces inertes sèches et jusqu’à 6 jours en milieu humide ». Conclusion : « la transmission manuportée à partir de l’environnement est possible. »

Un choix multiple de désinfectants

L’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis (EPA pour Environmental protection agency) a publié une liste des désinfectants de surface pouvant être employés contre le SARS-CoV-2 (SARS pour Severe acute respiratory syndrome). La liste est régulièrement mise à jour. Le temps de contact varie suivant les produits de 30 secondes à 10 minutes.  L’hypochlorite de sodium est particulièrement intéressant du fait d’un temps de contact relativement réduit pour être efficace. Si le site précise que ces désinfectants n’ont pas été testés spécifiquement contre le virus, il est indiqué qu’ils sont probablement efficaces car soit ils ont fait preuve de leur efficacité contre des virus plus résistants ; soit ils sont indiqués pour les pathogènes émergents ; ou bien ils ont fait preuve d’efficacité contre d’autres coronavirus humains similaires au SARS-CoV-2.

L’intérêt de l’eau de Javel a été confirmé par une étude parue en mars dans « The journal of hospital infection ». Les auteurs y ont procédé à une revue de la littérature en matière de persistance des coronavirus humains et animaux sur les surfaces inertes et leur inactivation avec les agents biocides. Conclusion : la désinfection à l’eau de javel à 0,1% et à l’éthanol 62-71% réduit significativement la charge virale, avec seulement 1 minute de temps de contact. Les auteurs espèrent un effet similaire avec le SARS-CoV-2. A noter aussi que cette analyse bibliographique a révélé que les coronavirus humains pouvaient rester infectieux jusqu’à 9 jours sur des surfaces inertes à température ambiante. A 30°C et plus par contre, la durée de survie était plus courte. Pour comparaison, les coronavirus animaux survivent beaucoup plus longtemps jusqu’à 28 jours.

Renforcer ces procédures

Pour Laurent Flaus, président de Axience, et titulaire du diplôme inter-universitaire « Infections nosocomiales et hygiène hospitalière », le choix du désinfectant n’est pas le problème. « Le SRAS-CoV-2 est un virus enveloppé donc relativement sensible, et du même niveau de résistance que les bactéries. Les vétérinaires n’ont donc pas besoin de changer de produits désinfectants, comme cela pourrait être le cas pour des pathogènes plus résistants comme les parvovirus », explique-t-il. Il poursuit : « le vrai problème vient du fait que le risque de contamination des surfaces est très important. Il faut donc adapter ses procédures de nettoyage/désinfection des locaux. Très concrètement, il faut désinfecter les surfaces le plus souvent possible dans une journée, et adapter la fréquence de désinfection suivant la zone de la clinique : la poignée de porte de la salle de consultation, qui voit passer des clients extérieurs dont on ne connaît pas le statut infectieux, sera par exemple à désinfecter bien plus souvent que celle du chenil. » Ceci étant dit, reste qu’en matière de virus respiratoire, la meilleure option reste encore de limiter tout dépôt sur les surfaces inertes. En pratique, dans les cliniques vétérinaires, il est conseillé de limiter les flux de personnes en salle d’attente en fermant sa porte d'entrée et n’acceptant les gens qu’après contact téléphonique. Pour la consultation, l’idéal étant de recevoir l’animal sans son propriétaire. Par ailleurs, une demande est en cours pour autoriser, à titre d’expérimentation, la télémedecine.

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Une stabilité différente suivant les surfaces

Une autre étude récente permet d’en savoir un peu plus sur la résistance spécifique du virus SRAS-CoV2 dans l’environnement, et pourrait, pourquoi pas, aider à adapter les mesures générales d’hygiène. Publiée en mars dans « The new england journal of medicine », l’étude a comparé la stabilité du virus, avec celle du SARS-CoV-1 qui est le virus le plus proche connu, sur différentes surfaces et dans les aérosols. Différentes expérimentations ont ainsi révélé que le CoV-2 restait viable dans les aérosols durant le temps de l’expérience soit 3 heures, mais avec une réduction du titre infectieux. Cette réduction était similaire à celle observée avec le CoV-1. Par ailleurs, le CoV-2 était plus stable sur le plastique et l’acier inoxydable que sur le cuivre ou le carton. Sur ces deux premiers matériaux, les chercheurs ont pu détecter du virus viable jusqu’à 72 heures (mais avec un titre fortement réduit). Le même comportement a été observé avec le CoV-1. Sur le cuivre, aucun virus viable n’a été détecté après 4 heures, contre 8 heures pour le CoV-1. Sur le carton, 24 heures contre 8 heures pour le CoV-1. Ces résultats sont à modérer bien-entendu suivant les conditions de l’expérimentation (température, hygrométrie, charge virale appliquée sur les surfaces), et d’autres travaux doivent confirmer les résultats de cette étude. Néanmoins, pour les auteurs, cela suggère qu’une transmission via les aérosols et les supports inertes est possible, d’autant que ces voies de transmission avaient été confirmées avec le SARS-CoV-1. 

Tanit Halfon
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