Biodiversité végétale et biodiversité microbienne animale: un lien potentiel?

Clothilde Barde | 08.10.2018 à 16:02:27 |
vache
© AzmanL - iStock

Les premiers résultats d’une étude, menée par des chercheurs de l’INRA, portant sur le lien entre la diversité végétale des prairies et le microbiote des animaux viennent d’être publiés.

Des qualités déjà reconnues
Face au déclin de la biodiversité, le recours aux prairies naturelles dans l’alimentation des ruminants est fortement encouragé. Outre son impact positif sur le maintien d’une richesse végétale et animale importante, les travaux menés depuis une dizaine d’années  par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont permis de montrer le lien existant entre la diversité botanique de ces prairies et la qualité (goût du lait, la couleur, la texture, la flaveur) des beurres, fromages et viande produits, selon Bruno Martin (unité mixte de recherches sur les herbivores (UMRH) à l’Inra Auvergne-Rhône-Alpes). Autant d’arguments en faveur des filières fromagères d’appellation d’origine protégée (AOP) qui souhaitent renforcer leur stratégie de différenciation par la qualité liée à l’origine. Ainsi, par exemple, le cahier des charges du Saint Nectaire prévoit que 90 % des prairies exploitées doivent être en prairies. Par ailleurs, même si les effets du pâturage dépendent du pourcentage d’herbe dans la ration de l’animal, les recherches ont également montré le bénéfice procuré par ces prairies diversifiées sur le plan nutritionnel pour le lait et la viande (forte diminution des acides gras saturés, augmentation des acides gras polyinsaturés comme les Ω 3, amélioration du ratio Ω6/Ω3 ainsi qu’une hausse de la teneur en antioxydants et certaines vitamines). 
Vers une explication microbiologique?
Depuis peu, grâce à l’essor des outils d’analyse microbiologique, c’est le microbiote de la vache (au niveau de l’intestin, du rumen et de la mamelle) et du lait, en lien avec la diversité végétale du pâturage, qui intéresse les chercheurs. Pour étudier cela, Bruno Martin et son équipe de l’INRA ont débuté cet hiver des travaux sur 2 lots de vaches à Marcenat (Massif central), zone géographique où sont produits 5 fromages AOP (Saint Nectaire, Cantal, Salers, Bleu d’Auvergne, Fourme d’Ambert). Le premier lot pâturait sur une prairie peu diversifiée composée majoritairement de graminées et de légumineuses, tandis que l’autre était en estive sur une parcelle très diversifiée. Leurs travaux portent sur le rôle des tanins et des métabolites secondaires des plantes dans la modulation de la dynamique des microbiotes. En effet, même si l’impact des métabolites secondaires des plantes sur la composition des matières grasses du lait est connu, les mécanismes au niveau du rumen des animaux restent encore inexplorés. A ce sujet, le travail de thèse de Marie Frétin mené en collaboration entre les UMR Herbivores et Fromage, a déjà permis de montrer que les qualités gustatives des fromages s’expliquent grâce aux interactions entre les microorganismes d’une part et la composition chimique du lait et du fromage d’autre part. Par exemple, la composition de la matière grasse du lait, modulable par l’alimentation des vaches, est susceptible d’influencer les communautés microbiennes de la surface des fromages qui sont responsables de la formation de la croûte. Pour comprendre le mécanisme exact, il ne reste maintenant donc plus qu’à attendre les résultats obtenus grâce aux dernières avancées en métagénomique dans cette nouvelle étude .

 

Clothilde Barde
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