Apprivoiser le jeu chez le chien adulte

Corinne Lesaine | 15.05.2019 à 12:03:49 |
Chien jouant
© alexei_tm - Istock

L’Association de Protection Vétérinaire (APV), lors d’une journée de conférences au parc zoologique de Paris à Vincennes, a proposé aux professionnels vétérinaires et éducateurs, une approche éthologique comparée entre l’animal sauvage mais captif et l’animal de compagnie, félin ou canin.

La journée du 31 mars 2019 organisée par l'Association de Protection Vétérinaire (APV) est l'occasion de reprendre certains fondements scientifiques qui permettent d’appréhender la relation et le contact médical avec les animaux restés sous la responsabilité de l’humain, afin d’améliorer la qualité des soins et accompagner les possesseurs d’un chien ou d’un chat dans une démarche positive, respectueuse et à l’écoute des émotions de leur compagnon de vie.

Un total contrôle des activités du chien a-t-il des conséquences pour le vétérinaire ?
« Quel défi pour les animaux domestiques aujourd’hui ! » souligne Antoine Bouvresse, vétérinaire comportementaliste et responsable du programme scientifique de cette journée. La domestication facilitée par l’attirance spontanée du chien vers l’homme contrairement au loup, a fait de lui un animal de compagnie avec mode d’emploi. Le chien n’est plus en mode « survie », s’il souhaite accéder au confort de vie que nous lui offrons, gîte et couvert, il y a une contrepartie. C’est « donnant/donnant » pour Antoine Bouvresse, le chien doit être en mesure d’accepter des défis de vie au quotidien éloignés de son registre comportemental naturel et de son bien-être, sinon le contrat n’est pas rempli.
Le comportement éliminatoire en est un exemple parfait. Rien de plus évident que de prendre son temps, flairer, marquer, explorer…or la vie humaine citadine impose au chien de s’adapter et d’accepter l’alternance de « longues périodes d’abstinence » pendant les absences du maître ou la nuit, à l’accès aux toilettes extérieurs en moins de 5 minutes et en laisse, le classique « gros pipi et on rentre à la maison de suite ».
L’environnement et ses contraintes, d’ordre législatives, interspécifiques et sécuritaires aboutit à une forme de contrôle absolu des règles de vie auxquelles sont soumises le chien. Dès son plus jeune âge, il doit remplir un cahier des charges bien précis : celui de la fonction à laquelle il est destiné (utilité ou compagnie), celui des câlins qu’il se doit d’accepter d’où qu’ils viennent et à tout instant, celui de ne pas aboyer, de ne pas perdre ses poils, de ne pas bouger pendant 12 heures, de ne pas fourrager, de faire « pipi » rapidement soir et matin mais le dimanche d’être capable de faire 1h30 de running. Pour les vétérinaires praticiens qui interviennent pour trouver le bon équilibre et redonner une adaptabilité fonctionnelle au chien tout en lui évitant anxiété, destructions, morsures …c’est un véritable enjeu et plus encore, un défi.

Et si le jeu était une porte de sortie faite pour le chien ?

« Mais mon chien va-t-il s’arrêter un jour de jouer, docteur ? » Le jeu, ce caractère juvénile, devrait s’estomper à l’âge adulte pour faire place aux comportements dits de nécessités, facilitants la survie de l’espèce. Mais pour le chien, le jeu et les caractères néoténiques perdurent, ils sont liés à la domestication et à la « captivité ». Le jeu, bien connu dès l’âge de 3 semaines chez le chiot comme indispensable au développement sensori-moteur, aux apprentissages et aux ajustements face à l’environnement, a pourtant été pendant longtemps délaissé par les chercheurs et les éthologistes. Il se définit comme un ensemble d’unités motrices provenant de tous les comportements du répertoire canin et il nécessite de l’entraînement. Pour certaines espèces animales, celles qui ont une phase de développement lente, longue et complexe, « le jeu permet de s’adapter à ses futurs devoirs d’adulte, poursuite, prédation… ceux qui ne peuvent être accomplis par l’instinct seul » selon Isabelle Vieira.

Fondamentalement, il n’y a aucun but dans le jeu. Les comportements sont reproduits sans contraintes, ni stress, ils sont volontaires et requièrent l’assentiment du partenaire lorsqu’il est question de jeu social. Il se présente sous 3 formes, le jeu social (intraspécifique avec les congénères), le jeu solitaire (reflet des comportements de prédation purs) et le jeu interspécifique (avec l’humain, qui participe à un échange relationnel et émotionnel).

Le jeu social se fait souvent par diade, idéal pour l’acquisition de l’adresse et l’harmonie locomotrice, réalisé parfois à plusieurs dont des congénères observateurs qui en tirent des enseignements. Une de ses règles : la symétrie des interactions ludiques, il n’y a ni perdant, ni gagnant ; les rôles sont tour à tour échangeables, chiens et chiots jouent sur le même terrain. Lorsque ces mêmes comportements s’expriment à l’âge adulte avec une fonction, c’est le cas du jeu de chevauchement, alors il n’y a plus de symétrie, chacun a bien son rôle. Les jeux sociaux sont toujours plus forts entre mâles et femelles.

Le jeu solitaire est quant à lui souvent tourné vers un objet, il mime les besoins d’exploration, de prise en gueule et de mastication, déterminants pour la destruction de la proie. Bonds, secousses, prise de l’objet entre les pattes, posture en arc sont observables. On y retrouve parfois un certain nombre de postures dites de sollicitations, celles qui cherchent à retenir l’attention de l’autre. Il arrive souvent que l’objet soit intégré dans un jeu social par compétition mais sans que cela ne dégénère en agression, même si les grognements et les tiraillements de l’objet sont manifestes. Des études ont démontré qu’une abondance de jouets favorise le jeu solitaire, avec des différences raciales ; retrievers et chiens de bergers, qui sont équivalents sur la fréquence pour cette forme de jeu, joueront beaucoup plus que les races de chiens de protection.

Le jeu interspécifique est engagé par des sollicitations amicales qui sont émises très tôt entre le chiot et l’humain, forgé d’apprentissages tant les réponses au jeu seront nombreuses mais également dépendantes des personnes avec lesquelles le chien entre en contact. Le chien peut ainsi mémoriser que « son humain(e) » est un partenaire de jeu avec lequel il construit une relation amicale. Il s’agit d’un trait adaptatif sélectionné lors de la domestication, permettant de renforcer le lien basé sur les émotions. La fréquence et la forme des jeux sont de très bons indicateurs de la qualité des relations entre les maîtres et leur chien.

Le chien se donne le droit de jouer ! Le mouvement « le chien mon ami » porté par Isabelle Vieira et un collectif pluriprofessionnel souhaite désormais réhabiliter la compréhension du chien, sa place dans la société et le respect auquel il a droit, tel l’un des « meilleurs amis de l’homme ».

Le jeu nécessité adaptative ou thérapie ?  
Le jeu est indispensable à la vie des chiens, il est corrélé à une relation amicale avec le compagnon de vie humain, il a été très souvent un critère de sélection pour les chiens de recherche et de décombres qui sont plus facilement motivés pendant leur travail dans un climat de confiance et de plaisir. C’est une bonne voie de réflexion en thérapie vétérinaire, prescrire le jeu peut finalement être très positif pour contrebalancer la dite « maltraitance » ordinaire.

Corinne Lesaine
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