Construire des ponts entre médecines humaine et vétérinaire

Lorenza Richard | 26.05.2021 à 08:30:00 |
© Asergieiev-istock

Le concept One Health semble actuellement plus vétérinaire, et il serait nécessaire de recenser les apports mutuels entre médecine vétérinaire et médecine humaine. Le risque de pandémie, notamment la crise du Covid-19, pourrait servir de pont entre les disciplines.

Les apports de la médecine vétérinaire à la médecine humaine sont nombreux, voilà ce qui a été relevé lors de l’afterwork proposé par l’association 1S - Une Seule Santé en distanciel le 19 mai dernier, notamment dans le cadre de la crise du Covid-19. Ainsi, Maxime Hentzien, chef de Clinique des Universités et assistant des Hôpitaux du CHU de Reims, a expliqué qu’il s’agit, notamment, des connaissances antérieures sur les coronavirus et sur les vaccins à ARNm. Il s’agit également d’une compréhension sur l’émergence de l’épidémie, bien que celle-ci soit sujette à débats, et sur les mécanismes de transmission entre animaux et humains, qui permettra une anticipation pour les prochaines pandémies, dont on suppose qu’elles seront en majorité des zoonoses. Des méthodes de diagnostic, comme l’entraînement de chiens à dépister les personnes porteuses du Sars-Cov-2, se sont également développées. François Meurens, professeur en immunologie et microbiologie à Oniris Nantes, a présenté l’intérêt de ses recherches sur les agents pathogènes respiratoires et en immunologie comparée, afin de trouver des modèles animaux qui soient pertinents pour répondre à une question scientifique précise, notamment en médecine humaine. Par exemple, les mustélidés semblent être le modèle le plus pertinent pour les études sur le Sars-Cov-2.

A l’inverse, la médecine humaine pourrait apporter des pistes de traitements contre les infections à coronavirus chez l’animal. Par exemple, l’intérêt des corticoïdes chez les personnes sous oxygène est démontré pour le Covid-19. Cependant, il serait limité lors d’infections par d’autres coronavirus chez l’humain, et il n’y a pas de réelle transposition possible, d’où les incertitudes de leur intérêt chez l’animal. De plus, les recherches sur les vaccins à ARNm chez les animaux ont bénéficié à la médecine humaine, mais l’importance de l’épidémie de Covid-19 a amené des financements ayant permis la recherche sur ces vaccins, qui pourrait à nouveau profiter à la médecine vétérinaire, grâce aux technologies développées, dans une sorte d’aller-retour. Enfin, les comorbidités (surpoids, hypertension, etc.) détectées avec le coronavirus en humaine peuvent donner des pistes pour développer des modèles animaux plus pertinents.

Peu de projets One Health sur le Covid-19

Les interactions sont donc importantes entre les deux médecines, cependant il est à déplorer le faible nombre de publications et de projets de recherche One Health sur le Covid-19. En effet, « il est difficile de mettre en place des protocoles transdisciplinaires avec des équipes qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble lorsque la maladie évolue par vagues, ce qui est différent pour la maladie de Lyme*, par exemple, qui ne va pas disparaître du jour au lendemain », explique Maxime Hentzien.

Des études sont pourtant nécessaires sur les risques de transmissions entre animaux et hommes. En effet, le médecin ajoute qu’actuellement, même si ce risque existe, cette maladie n’est pas raisonnée comme une zoonose dans la pratique quotidienne. Cependant, des variants émergent et peuvent trouver un nouveau réservoir. De plus, le portage chez les animaux domestiques existe, mais ils n’auraient pas de rôle majeur dans l’épidémie. Au quotidien, les réseaux manquent entre médecins et vétérinaires pour approfondir ces études. De plus, en général, il est déploré que les deux médecines évoluent en parallèle et se méconnaissent. Notamment, l’idée a été évoquée de donner des cours en commun dans la formation diplômante initiale, ou de faire intervenir des professionnels dans les universités respectives, notamment lors de l’émergence d’une maladie. Cela favoriserait de plus une collaboration à plus long terme.

Les nouvelles technologies de vaccination, les nouveaux outils pour créer des réseaux, et plus largement les débats One Health sur l’émergence des pandémies et la faune sauvage, permettraient désormais de coordonner les actions autour d’une même thématique. Des initiatives sont en place pour créer des instituts One Health dédiés à l’étude des émergences, et ce sont les applications pratiques qui vont faire la preuve de l’efficacité de cette approche.

*OHTICKS ! est un projet de recherches alliant vétérinaires, médecins, scientifiques et sociologues pour mieux caractériser dans une approche One Health les maladies transmises par les tiques.

Etudes citées :

- Montagutelli X, Prot M, Levillaver L et coll. The B1.351 and P.1 variants extend SARS-CoV-2 host range to mice. BioRxiv. 18 mars 2021. https://doi.org/10.1101/2021.03.18.436013

- Hamer SA, Guai RR, Zecca IB et coll. SARS-CoV-2 B.1.1.7 variant of concern detected in a pet dog and cat after exposure to a person with COVID-19, USA. 6 mai 2021. https://doi.org/10.1111/tbed.141222

- Ferasin L, Fritz M, Ferasin H et coll. Myocarditis in naturally infected pets wih the British variant of COVID-19. Biorxiv. 18 mars 2021. https://doi.org/10.1101/2021.03.18.435945

Lorenza Richard
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