Pratique vétérinaire équine n° 178 du 01/04/2013
 

Fiche technique

Isabelle Riousset*, Émilie Ségard**


*Interne
**Pôle équin, Campus vétérinaire de Lyon, VetAgro Sup, 1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-l’Étoile
***DMV
****Pôle équin, Campus vétérinaire de Lyon, VetAgro Sup, 1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-l’Étoile

Indications

Les veines jugulaires sont un site fréquent de thrombose veineuse ou de thrombophlébite chez le cheval, généralement secondaires à des injections intraveineuses ou à la mise en place d’un cathéter. Cependant, dans de rares cas, une thrombose et une thrombophlébite peuvent apparaître sans antécédent de traumatisme vasculaire.

Facile à réaliser, l’échographie de la veine jugulaire est l’outil diagnostique de choix pour la caractérisation et le suivi de ces affections. Elle permet d’évaluer la thrombose et le degré d’atteinte des tissus périphériques, de suivre leur évolution et d’obtenir des images en faveur d’une thrombophlébite septique ou non.

Une échographie jugulaire est recommandée en présence de l’un ou de plusieurs des signes suivants :

– un œdème périveineux ;

– une distension veineuse ;

– un épaississement pariétal ;

– une diminution ou une perte de la perméabilité veineuse ;

– une zone de chaleur ou un suintement en regard de la veine ;

– une palpation douloureuse de la veine.

Préparation, matériel et méthode

La tonte de la région cervicale ventrale est conseillée, mais n’est pas toujours nécessaire. L’examen échographique de la veine jugulaire se pratique généralement avec une sonde linéaire de haute fréquence (7,5 à 13 MHz) sur toute la longueur de la veine. La zone entre le point d’implantation du cathéter et son extrémité distale est plus particulièrement examinée puisqu’elle correspond à la région privilégiée de départ du thrombus. Des coupes transversales et longitudinales de la veine jugulaire sont réalisées. L’examen comprend des études morphologique et dynamique de l’axe veineux. L’analyse morphologique consiste en l’évaluation de l’échogénicité intravasculaire et périvasculaire, de l’homogénéité de la lumière, de l’intégrité et de l’épaisseur des parois, ainsi que de la variation du diamètre de la veine selon les pressions exercées. Au besoin, une comparaison avec la veine controlatérale peut être réalisée. L’étude dynamique s’attache à apprécier la compressibilité de la veine, la valeur fonctionnelle de la circulation veineuse, et, éventuellement, à visualiser les réseaux de suppléance. L’utilisation du Doppler couleur est alors requise.

Repères anatomiques et images normales

La veine jugulaire normale se présente comme une structure plus ou moins elliptique à paroi fine et échogène (photo 1). Une compression distale de la veine peut être réalisée, ce qui permet de visualiser une distension de celle-ci, laquelle devient alors arrondie avec un contenu échogène. Le flux sanguin veineux est spontanément visible et reconnaissable aux formations hypoéchogènes dont l’aspect rappelle des “volutes de fumée”. L’artère carotide se trouve juste derrière la veine jugulaire, médiale et légèrement dorsale à cette dernière. Elle est reconnaissable par sa forme très arrondie, même en l’absence de compression, et son contenu anéchogène. La trachée et ses anneaux cartilagineux se situent ventralement à la veine jugulaire. Plus en profondeur, derrière la veine jugulaire gauche, dorsalement à la trachée, se trouve l’œsophage. Chez la plupart des chevaux, l’œsophage se situe à gauche de la trachée, mais, chez certains animaux (sains), il se trouve à sa droite. Il est reconnaissable à sa lumière hyperéchogène qui contient du gaz et des sécrétions muqueuses, mais également à sa paroi relativement épaisse et à son activité péristaltique pouvant être induite en cas de doute.

La mise en place d’un cathéter induit une réaction locale modérée. La paroi veineuse et les tissus sous-cutanés sont en général localement épaissis au point d’entrée du cathéter. Après plusieurs jours, un fin manchon de fibrine (hypoéchogène à échogène) peut être visualisé autour de ce dernier. Il est attaché au site d’insertion et persiste parfois après le retrait du cathéter (photos 2 et 3).

Images échographiques lors d’affection des veines jugulaires

L’échographie met en évidence l’épaississement pariétal de la veine, son éventuelle sténose ou l’occlusion par un thrombus, ainsi que les modifications qui siègent dans les tissus environnants.

L’ensemble des données ainsi récoltées permet de caractériser la maladie en :

– une périphlébite. Il s’agit d’une inflammation de la tunique externe d’une veine et du tissu conjonctif qui l’entoure. L’œdème des tissus périvasculaires peut être d’aspect anéchogène à hyperéchogène. La réaction périveineuse est parfois très sévère et évolue vers une abcédation (photo 4) ;

– une thrombophlébite. Dans ce cas, le syndrome inflammatoire de la paroi veineuse aboutit à la thrombose de la veine atteinte. Ce phénomène correspond à un épaississement de la paroi veineuse et/ou à la présence d’une masse intraluminale (hypoéchogène à échogène), attachée à l’endothélium, occluant partiellement ou complètement la lumière veineuse, à l’origine d’une distension veineuse et d’un flux sanguin turbulent en amont (photo 5).

Les thrombus sont détectés à l’échographie à partir d’une taille supérieure à 1 mm. L’aspect échographique du thrombus varie selon sa nature et son ancienneté. De façon générale, à un stade précoce, celui-ci est anéchogène à hypoéchogène et relativement homogène et régulier (photos 6 et 7). Au fur et à mesure de sa réorganisation, il devient plus échogène, hétérogène et irrégulier. La compressibilité du thrombus diminue également avec son âge (photo 8).

Un thrombus aseptique est homogène, non cavitaire et d’échogénicité moyenne à faible.

À l’inverse, un thrombus septique est hétérogène et souvent cavitaire, avec de possibles petits éléments hyperéchogènes générant des cônes d’ombre en présence d’un gaz formé par des bactéries anaérobies ou des plages anéchogènes à hypoéchogènes en présence de liquide ou de nécrose (matériel purulent) (photo 9). Une ponction aseptique et échoguidée de la zone cavitaire du thrombus peut être réalisée et le liquide prélevé peut être soumis à une analyse cytologique, une culture bactérienne et un antibiogramme.

Modifications du flux sanguin

Le flux sanguin veineux peut être imagé à l’aide de l’échographie Doppler couleur. Le Doppler couleur permet d’obtenir un codage couleur du flux sanguin superposé à l’image bidimensionnelle. Trois paramètres, la direction, la vitesse et le caractère laminaire ou turbulent du flux, vont influer sur ce codage. Ce mode est très utile pour évaluer la fonctionnalité circulatoire de la veine (occlusion partielle ou totale) et la perméabilité veineuse en amont et en aval de la zone affectée (photos 10 et 11). Cet examen permet également de suivre la reperméabilisation d’un thrombus, puis sa résolution et de détecter l’éventuelle présence d’un réseau de suppléance collatéral assurant le drainage veineux.

En savoir plus

  • Bonagura JD, Reef VB, Schwarzwald CC. Disorders of the cardiovascular system. In: Reed SM, Bayly WM, Sellon DC (Eds). Equine internal medicine. 3rd ed. Saunders, Philadelphia. 2010:372-487.
  • Gardner SY, Reef VB, Spencer PA. Ultrasonography evaluation of 46 horses with jugular vein thrombophlebitis: 1985-1988. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1991;199:370-373.
  • Plainfosse MC. L’écho-Doppler couleur en pratique viscérale et périphérique. Éd. Masson, Paris. 1994.
  • Reef VB. Cardiovascular ultrasonography. In: Reef VB Ed. Equine Diagnostic Ultrasound. W.B. Saunders Co., Philadelphia. 1998:215-272.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Photo 1. Coupe transversale de la région cervicale ventrale gauche sans compression de la veine jugulaire. VJ : veine jugulaire ; AC : artère carotide ; T : trachée ; O : œsophage.

Photo 10. Coupe transversale d’une veine jugulaire en mode Doppler couleur permettant la mise en évidence de la reperméabilisation du thrombus en partie ventrale.

Photo 11. Coupe transversale d’une veine jugulaire en mode Doppler couleur illustrant la présence d’une néovascularisation périphérique.

Photo 2. Coupe longitudinale d’une veine jugulaire et du cathéter en place. Une périphlébite réactionnelle modérée ainsi qu’un épaississement pariétal focal sont visibles au point d’insertion.

Photo 3. Coupe longitudinale d’une veine jugulaire cliniquement saine immédiatement après le retrait du cathéter. La périphlébite et l’épaississement pariétal modérés persistent et le trajet du cathéter reste visible dans les tissus sous-cutanés.

Photo 4. Coupe transversale d’une veine jugulaire présentant une thrombophlébite et une sévère périphlébite. Un abcès en cours de formation est présent dorsalemenent à la veine et reconnaissable à la présence de multiples logettes au contenu liquidien anéchogène dispersées au sein d’un tissu périveineux globalement hyperéchogène.

Photo 5. Coupe transversale d’une veine jugulaire présentant une thrombophlébite et une occlusion partielle dorsale par un thrombus échogène.

Photo 6. Coupe transversale d’une veine jugulaire présentant une sévère thrombophlébite, avec une occlusion totale de sa lumière par un large thrombus échogène à l’aspect “feuilleté”.

Photo 7. Coupe transversale d’une veine jugulaire présentant une sévère périphlébite et une thrombophlébite. Le thrombus cavitaire est compatible avec un phénomène septique.

Photo 8. Série de coupes longitudinales d’une veine jugulaire présentant une occlusion totale par un thrombus récent faiblement échogène.

Photo 9. Coupe transversale d’une veine jugulaire qui présente un thrombus induré à la palpation, datant d’un mois environ. Son aspect est plus échogène et hétérogène que celui d’un thrombus récent.

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