Pratique vétérinaire équine n° 177 du 01/01/2013
 

Cas clinique

Karine Maillard*, Albertine Léon**, Sébastien Ménard***, Jean-Christophe Meunier****, Pierre-Hugues Pitel*****, Didier Pin******


*Laboratoire Frank-Duncombe – IFR 146
ICORE, Université de Caen,
14053 Caen Cedex 4
karine.maillard@calvados.fr
**Laboratoire Frank-Duncombe – IFR 146
ICORE, Université de Caen,
14053 Caen Cedex 4
karine.maillard@calvados.fr
***Laboratoire Frank-Duncombe – IFR 146
ICORE, Université de Caen,
14053 Caen Cedex 4
karine.maillard@calvados.fr
****19, rue du Général-de-Gaulle,
54180 Houdemont
jc.meunier5@wanadoo.fr
*****Laboratoire Frank-Duncombe – IFR 146
ICORE, Université de Caen,
14053 Caen Cedex 4
karine.maillard@calvados.fr
******Unité de dermatologie, cancérologie,
Laboratoire de dermatopathologie, VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon,
69280 Marcy-L’Étoile
didier.pin@vetagro-sup.fr

La gale sarcoptique est rare chez le cheval, mais elle ne doit pas pour autant être exclue du diagnostic différentiel des dermatoses prurigineuses chez le cheval.

Résumé

Une jument de 33 ans, résidant dans la même pâture depuis plus de 30 ans, a présenté une dermatose prurigineuse chronique caractérisée par des dépilations sur les quatre membres, des squames et des croûtes éparses sur l’ensemble du corps et un poil de mauvaise qualité, d’aspect laineux.

L’examen microscopique direct, des squames et des poils prélevés par raclage, a mis en évidence un parasite Sarcoptes scabiei, agent de la gale sarcoptique chez de nombreux mammifères.

Le traitement a consisté en l’administration d’antiparasitaires interne et externe, mais la jument était dans un tel état d’affaiblissement qu’elle a été euthanasiée 12 jours plus tard.

L’origine de la contamination serait un animal sauvage tel qu’un renard. Considérée comme absente de France depuis 1950, la gale sarcoptique doit être, de nouveau, incluse dans le diagnostic différentiel des dermatoses prurigineuses du cheval.

Summary

Case of sarcoptic mange in a 33-year old mare

A 33-year old mare that had grazed on the same pasture for more than 30 years presented with a chronic pruritic dermatosis characterised by hair loss affecting the four limbs, scaly and crusty lesions all over the body and a poor-quality coat with a woolly appearance. Direct microscopic examination of scales and hairs obtained by skin scraping revealed the parasite Sarcoptes scabiei, the mite responsible for sarcoptic mange in numerous mammals.

Treatment consisting of the administration of internal and external antiparasiticides was instigated but the mare was in such a poor state that the animal was euthanased 12 days later.

The origin of the infestation would have been a wild animal such as a fox. France was considered free from sarcoptic mange since 1950 but this condition must now once again be included in the differential diagnoses of pruritic dermatoses in horses.

Key words

horse, Sarcoptes scabiei, mange, France

Une jument de 33 ans est présentée à un vétérinaire praticien pour une dermatose prurigineuse.

Description du cas

Anamnèse

La dermatose prurigineuse évolue depuis au minimum 6 mois et est associée, depuis peu, à un état général très altéré avec une perte d’appétit, un amaigrissement et une faiblesse intense. La jument vit seule, depuis un peu plus de 30 ans, dans le même pré, sans contact avec d’autres animaux domestiques. Aucun antécédent n’est rapporté.

Examen clinique

L’examen révèle un amaigrissement et une faiblesse sévère, en partie dus à la baisse d’appétit. Le prurit, intense, est à l’origine de dépilations des quatre membres, d’excoriations, de squames grisâtres et de croûtes éparses sur l’ensemble du corps. Les poils sont ternes et cassants, d’aspect laineux. La peau, épaissie et lichénifiée, est parsemée de papules non folliculaires surmontées d’une croûtelette évoquant ce qui est, classiquement, appelé “boutons de gale” (photo 1).

Démarche diagnostique et examens complémentaires

• Face à une dermatose prurigineuse chronique généralisée avec atteinte de l’état général, les hypothèses retenues sont, d’une part, les dermatoses prurigineuses graves, extensives, susceptibles d’avoir un retentissement général et, d’autre part, les maladies générales à expression cutanée, prurigineuses, caractérisées par un état kérato-séborrhéique étendu ou généralisé.

Les premières peuvent être :

– une gale psoroptique ;

– une hypersensibilité à des piqûres d’insectes ou une thrombiculose compliquée d’infection bactérienne, en raison de l’époque d’apparition des symptômes (été ou automne précédent) ;

– une pyodermite telle qu’une folliculite ou un syndrome de prolifération bactérienne de surface ;

– un lymphome cutané épithéliotrope ;

– un pemphigus foliacé ;

Les secondes peuvent être :

– la maladie épithéliotrope éosinophile systémique ;

– la sarcoïdose.

• Compte tenu des hypothèses diagnostiques envisagées, les examens complémentaires choisis sont :

– pour la recherche d’une ectoparasitose : un prélèvement de poils, de squames et de débris épidermiques par raclages cutanés multiples jusqu’à la rosée sanguine est l’examen de choix (photo 2).

– pour la recherche d’une pyodermite, qu’elle soit primaire ou secondaire : un prélèvement est effectué au niveau des lésions à l’aide d’un écouvillon.

Ces prélèvements sont envoyés au laboratoire Frank-Duncombe pour recherches de parasites et examen bactériologique.

– pour infirmer ou confirmer les hypothèses de lymphome cutané, de pemphigus foliacé, de maladie épithéliotrope éosinophile systémique et de sarcoïdose : des biopsies cutanées sont réalisées pour examen histopathologique.

• L’analyse parasitologique a consisté en l’examen microscopique des poils, des squames et des débris épidermiques (microscope, objectifs 20 et 40), qui a mis en évidence Sarcoptes scabiei (photo 3).

Cet acarien est caractérisé par son corps globuleux, son rostre court et carré, ses huit pattes courtes, les ventouses portées par un pédicule long et non articulé, sur les première et deuxième paires de pattes, ainsi que par des écailles triangulaires et des épines (six ou sept paires) sur la face dorsale. La mise en culture bactériologique a mis en évidence une population monomicrobienne et très abondante de Staphylococcus pseudintermedius.

• L’examen histopathologique a montré une dermatite périvasculaire superficielle hyperplasique avec un infiltrat composé essentiellement de lymphocytes et d’éosinophiles (photos 4 et 5).

• L’examen histopathologique, qui permet d’éliminer les hypothèses de lymphome cutané, de pemphigus foliacé, de maladie épithéliotrope éosinophile systémique et de sarcoïdose, évoque une infestation parasitaire, un syndrome de prolifération bactérienne de surface ou un phénomène d’hypersensibilité.

• Le diagnostic établi est celui de gale sarcoptique.

Traitement

Le traitement a consisté en une injection d’un antiparasitaire interne (ivermectine, Eqvalan®), en l’administration d’un antibiotique (association triméthoprime­sulfaméthoxypyridazine, Avemix®) per os tous les jours dans l’attente des résultats du laboratoire, et en l’application d’un antiparasitaire externe (fenvalérate, Acadrex®) après un shampooing antiseptique (peroxyde de benzoyle, Paxcutol®), traitement topique réalisé deux fois à 1 semaine d’intervalle. La jument ayant été retrouvée par terre par sa propriétaire (et en raison du caractère zoonotique de la maladie), celle-ci a demandé son euthanasie 12 jours après la mise en place du traitement.

Discussion

Parasite responsable

Sarcoptes scabiei est un acarien parasite, de la famille des Sarcoptidés, de 350 à 500 µm de long pour la femelle et de 250 µm pour le mâle.

Les différents stades vivent sur la peau ou dans des galeries creusées dans le Stratum corneum. Ils se nourrissent de débris épidermiques et de sérosités [9].

C’est un parasite trouvé chez la plupart des espèces de mammifères domestiques et chez l’homme, ainsi que chez les animaux sauvages [12].

La classification actuelle ne distingue qu’une espèce de sarcopte : Sarcoptes scabiei (Linnaeus, 1758) repérée chez des mammifères euthériens appartenant à plus de 16 familles et 9 ordres, dont des variants semblent, plus ou moins, spécifiques d’espèces ou de groupes d’espèces [1, 2, 5].

Signes cliniques

L’évolution clinique est caractérisée par trois phases.

Phase initiale

Après une incubation d’une durée de 8 à 15 jours, les symptômes de la gale se traduisent par un prurit, plus ou moins intense, de petites papules non folliculaires couvertes d’une croûtelette, appelées “boutons de gale”, et de légères dépilations. Ces signes cliniques débutent par le garrot et s’étendent sur les faces de l’encolure, la tête, et les épaules [3].

Phase d’état

À la suite du grattage incessant des animaux malades, des suintements, des croûtes, de larges excoriations, des dépilations étendues sont observés. Le prurit est violent pendant la nuit et augmenté par la chaleur. Progressivement, le dos, les côtes et la face interne des membres sont atteints, sans dépasser les genoux et les jarrets, sauf dans de très rares cas. La gale sarcoptique respecte les parties du tégument recouvertes de crin comme le toupet, le bord supérieur de l’encolure, la queue et l’extrémité inférieure des membres [3].

Phase terminale

Lorsque la maladie est ancienne, abandonnée à elle-même, le tégument est épaissi, plissé, induré, croûteux, avec un effet éléphantiasique. Cela donne aux animaux un aspect d’autant plus misérable que ces lésions cutanées, troublant l’exécution des grandes fonctions physiologiques, débilitent les organismes et les conduisent au marasme et à la cachexie. Son évolution peut durer des mois, voire des années [3, 9).

Des complications infectieuses bactériennes, à staphylocoques (Staphylococcus pseudintermedius, S. aureus), sont fréquentes.

Épidémiologie

• La gale sarcoptique a une répartition géographique mondiale et provoque de nombreuses épidémies dans les populations d’animaux sauvages tels que les loups, les coyotes et les renards [4, 11].

Chez le cheval, elle est considérée éradiquée d’Europe occidentale et des États-Unis depuis 1950 [6]. Elle demeure une préoccupation majeure, tant chez l’homme que chez les animaux d’élevage ou de compagnie, dans les pays en voie de développement [10, 12].

• Cette jument n’ayant pas eu de contact avec un congénère galeux, sa gale sarcoptique peut être due à une contamination à partir d’un animal sauvage tel qu’un renard [4].

Une contamination à partir de renards a été suspectée chez un cheval en Suède et, récemment, chez un âne âgé en Grande-Bretagne [7, 8]. Dans ces deux cas, aucune contagion aux congénères en contact n’a été observée. L’âne, âgé de 35 ans, présentait une atteinte de la tête, du cou, des épaules et de la zone de passage de sangle et le cheval, des lésions des membres et de la face ventrale du tronc.

La gale sarcoptique est endémique chez le renard (en France, au Royaume-Uni et en Suisse) et à l’origine de nombreux cas de gales chez le chien. Quelle que soit l’origine de la variété de S. scabiei dans le cas décrit, cette dernière a entraîné, chez cette jument, une gale sarcoptique infectieuse et, probablement, contagieuse.

L’homme est un cul-de-sac épidémiologique lors de contamination à partir d’un chien ou d’un cheval atteint de gale sarcoptique car les sarcoptes pénètrent la peau de l’homme mais ne peuvent s’y développer ni s’y multiplier. Ainsi, l’homme présente des lésions et du prurit tant que l’animal galeux persiste à son contact.

Pour la jument, la situation est très différente. Elle a développé une gale sarcoptique, suffisamment grave pour nécessiter une euthanasie, en l’absence de contact, permanent ou répété, avec un animal galeux.

La jument étant seule, il est impossible de savoir si elle pouvait être contagieuse pour un autre cheval.

Conclusion

La gale sarcoptique doit être de nouveau incluse dans le diagnostic différentiel des dermatoses prurigineuses chez le cheval, afin de la détecter et de la traiter avant qu’elle ne se répande dans les effectifs de chevaux. Elle n’est plus inscrite dans la liste des maladies contagieuses du cheval à déclaration obligatoire.

Dans le cas décrit, l’origine de la contamination est inconnue, mais en raison des conditions épidémiologiques, nous supposons que cette gale est due à un animal sauvage tel qu’un renard. Cliniquement, cette gale est indiscernable d’une gale sarcoptique classique du cheval. Il nous paraît donc justifié de parler de gale sarcoptique.

Références

  • 1 – Abu-Samra MT, Ibrahim KE, Aziz MA. Experimental infection of goats with Sarcoptes scabiei var. ovis. Ann. Trop. Med. Parasitol. 1984;78(1):55-61.
  • 2 – Arlian LG, Runyan RA, Estes SA. Cross infestivity of Sarcoptes scabiei. J. Am. Acad. Dermatol. 1984;10(6):979-986.
  • 3 – Barrier A. Gale sarcoptique des équidés. Rapport de MA. Barrier, vétérinaire-inspecteur de l’armée. Dans : 10e Congrès international de médecine vétérinaire, Londres, 3-8 août. Ed. John Bale, Son & Danielsson Ltd, London. 1914;517-525.
  • 4 – Bates P. Sarcoptic mange (Sarcoptes scabiei var. vulpes) in a red fox (Vulpes vulpes) population in north-west Surrey. Vet. Rec. 2003;152:112-114.
  • 5 – Bochkov AV. A review of mammal-associated psoroptidia (Acariformes : Astigmata). Acarina. 2010;18:99-260.
  • 6 – Bourdeau PJ. Mites and ticks. In: Robinson NE. Current therapy in equine medicine 5. Ed. Elsevier, St Louis. 2003:187-190.
  • 7 – Christensson D, Lindstedt E, Wierup M. Sarcoptes-skabb hos hast i Sverige. Sven. Vet. 1984;36:15-17.
  • 8 – De Pennington N, Colles KM. Sarcoptes scabiei infestation of a donkey in the UK. Equine Vet. Educ. 2011;23:19-23.
  • 9 – Lapage G. Class Arachnida. In: Veterinary Parasitology. Ed. Oliver and Boyd, Edinburgh. 1956:694-704.
  • 10 – Osman SA, Hanafy A, Amer SE. Clinical and therapeutic studies on mange in horses. Vet. Parasitol. 2006;141:191-195.
  • 11. Pence DB, Ueckermann E. Sarcoptic mange in wildlife. Sci. Tech. Off. Int. Epizoot. 2002;21:385-398.
  • 12 – Walton SF, Currie BJ. Problems in diagnosing scabies, a global disease in human and animal populations. Clin. Mic. Reviews. 2007;20:268-279.

Éléments à retenir

→ La gale sarcoptique peut toucher des chevaux en contact avec des animaux sauvages tels que des renards.

→ Dans sa phase de début, la maladie se traduit par un prurit, des boutons de gale et des dépilations légères.

→ Dans sa forme chronique, elle correspond à une dermatose prurigineuse généralisée avec atteinte de l’état général.

→ Le diagnostic de certitude repose sur la mise en évidence du parasite (Sarcoptes scabiei) par examen microscopique du produit de raclage cutané (jusqu’à la rosée sanguine).

Conflit d’intérêts

Aucun.

Photo 1. Jument âgée de 33 ans atteinte d’alopécie et de lichénification.

Photo 2. Prélèvements de squames grisâtres et de croûtes.

Photo 3. Observation microscopique de Sarcoptes scabiei isolés chez la jument, (grossissement x 400).

Photo 4. Dermatite périvasculaire superficielle hyper­plasique. Noter l’épiderme hyperplasique (A) et l’infiltrat inflammatoire périvasculaire dans le derme superficiel (B). Coloration hémalun-éosine, grossissement x 50.

Photo 5. Infiltrat inflammatoire composé de lymphocytes (flèche noire) et d’éosinophiles (flèche blanche). Coloration hémalun-éosine, grossissement x 400.

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