Le Point Vétérinaire Expert Rural n° 332 du 01/01/2013
 

UROLOGIE CANINE

Cas clinique

Marie-Joséphine Barrault*, Bertrand Védrine**


*Clinique vétérinaire de la Douzillière
1, rue de la Douzillière
37300 Joué-les-Tours
**Clinique vétérinaire de la Douzillière
1, rue de la Douzillière
37300 Joué-les-Tours

Bien que rare, la présence d’un corps étranger vésical doit être envisagée en cas de cystite résistante au traitement médical.

Résumé

→ Un yorkshire terrier mâle de 6 mois est référé pour une hématurie, une pollakiurie et une dysurie évoluant depuis 15 jours. Les urines sont stériles. L’examen échographique abdominal révèle la présence d’un corps étranger vésical dont l’aspect est très évocateur d’un épillet. Une cystotomie permet le retrait d’un épillet de 2 cm de longueur. La récupération postopératoire s’effectue sans complication.

La présence d’épillets dans la vessie est anecdotique. Dans la phase aiguë, leur aspect échographique est généralement caractéristique et le diagnostic ne pose pas de problème particulier. À l’inverse, les stades chroniques sont associés à la formation d’un urolithe qui empêche leur détection. L’analyse du nidus est alors indispensable au diagnostic étiologique.

Summary

Intravesical vegetal foreign body in a dog

→ A 6-month old male Yorkshire terrier was referred for hematuria, pollakiuria and dysuria for 2 weeks. The urine was sterile. Ultrasonographic abdominal examination revealed the presence of a vesical foreign body, which closely resembled a grass awn. The 2 cm long grass seed was removed by cystotomy. Postoperative recovery was uneventful. The presence of grass awns in the bladder is anecdotal. In the acute phase, the ultrasonographic appearance is generally characteristic and diagnosis is unproblematic. Inversely, chronic cases are associated with formation of uroliths, which hinders detection. The analysis of the nidus is essential for the aetiological diagnosis.

Key words

Grass awn, bladder, ultrasonography, dog, cystotomy

Un yorkshire terrier de 6 mois est référé pour l’exploration d’une hématurie, d’une pollakiurie et d’une dysurie persistant depuis 15 jours, sans autre signe clinique associé.

Cas clinique

1. Anamnèse

Le vétérinaire traitant a réalisé un prélèvement d’urines par cathétérisme vésical, porté immédiatement au laboratoire pour pratiquer un examen cytobactériologique des urines (ECBU). Dans l’attente des résultats, le chien a reçu un traitement à base de scopolamine (Scopalgine®, 0,8 mg/kg/24 h) et d’amoxicilline/acide clavulanique (Késium®, 15 mg/kg/12 h). La persistance de l’hématurie après 5 jours de traitement a motivé un changement d’antibiothérapie pour de la marbofloxacine (Marbocyl®, 2 mg/kg/24 h). Les résultats de l’ECBU montre une hématurie (> 1 000 000/ml), une leucocyturie (20 000/ml) et une albuminurie (dosage semi-quantitatif : +++). La culture bactérienne est stérile. Le chien nous est référé afin de poursuivre les investigations.

2. Examen clinique

Les constantes vitales sont normales. La vessie est de petite taille et souple, sa palpation ne génère pas d’inconfort. Un léger souillage sanguin du pelage à l’extrémité distale du fourreau est notée. Le reste de l’examen clinique est normal, en accord avec l’âge et la race du chien.

3. Diagnostic différentiel

La symptomatologie étant caractéristique d’une inflammation des voies urinaires basses, le diagnostic différentiel inclut les causes d’urétrite et de cystite chez le chien : infection, lithiase, traumatisme, néoplasie, infiltration éosinophilique, urétrite proliférative. Les causes médicamenteuses (cyclophosphamide) sont exclues par l’anamnèse. En raison du jeune âge du chien, un facteur favorisant de type malformation de l’appareil urinaire (malformation rénale, anomalie urétérale, diverticule de l’ouraque) est initialement suspecté.

4. Examen complémentaire

Une échographie abdominale est réalisée avec une sonde convexe de 8 MHz. L’état de réplétion de la vessie est faible, ce qui est cohérent avec les signes cliniques de cystite présentés par l’animal. L’épaisseur de la paroi vésicale est jugée subjectivement normale pour son état de réplétion. Sa surface luminale est régulière et sa structure en couche est conservée. L’échogénicité de la musculeuse est discrètement hétérogène en zone cranio-ventrale. L’urine contient une quantité faible d’un matériel hyperéchogène en suspension. Des interfaces linéaires multiples très hyperéchogènes sont visibles, disposées grossièrement en fuseau (photo 1). La partie craniale de ce dernier, plus dense, crée un léger cône d’ombre et semble pénétrer partiellement la paroi vésicale à son pôle cranial (photo 2). Il n’existe aucun signe ni d’inflammation périvésicale, ni d’épanchement abdominal. Un corps étranger vésical d’environ 2 cm de longueur est diagnostiqué, sans signe indirect de perforation vésicale. Sa forme est très évocatrice d’un épillet. Le reste de l’examen échographique est normal. Une absence d’adénopathie iliaque médiale est notamment notée.

5. Traitement

Une cystotomie est décidée. Le chien est prémédiqué avec de la médétomidine par voie sous-cutanée (Medetor®, 80 µg/kg), puis l’anesthésie est induite par un bolus intraveineux à effet de thiopental (Nesdonal®, environ 5 mg/kg). À l’induction, une injection sous-cutanée de morphine (Morphine Lavoisier®, 0,1 mg/kg) et une antibioprophylaxie intraveineuse avec de la céphalexine (Rilexine®, 20 mg/kg) sont réalisées. Une perfusion de Ringer lactate (10 ml/kg/h) est mise en place et maintenue durant de l’anesthésie. Celle-ci est maintenue par un mélange gazeux d’isoflurane et d’oxygène. Le chien est placé sous monitoring cardiorespiratoire. La cystotomie permet le retrait d’un épillet de 2 cm de longueur (photos 3 et 4). La paroi vésicale est légèrement enflammée, mais intègre. La vessie est refermée par un surjet simple (Biosyn®, -décimale 2), la paroi musculaire et la peau sont refermées classiquement. Au réveil, le chien reçoit une injection sous-cutanée de méloxicam (Metacam®, 0,1 mg/kg). Le chien est rendu à ses propriétaires le lendemain. Les traitements antibiotique (Rilexine®, 15 mg/kg/12 h) et anti-inflammatoire (Métacam®, 0,1 mg/kg/24 h) sont poursuivis pendant une semaine. L’hématurie postopératoire s’estompe en quelques jours.

Discussion

1. Prévalence des corps étrangers intravésicaux

En médecine vétérinaire, les corps étrangers vésicaux sont anecdotiques. De rares cas de localisation vésicale d’épillets sont décrits chez le chien et seulement deux cas sont rapportés chez le chat [1-3]. Cependant, si un corps étranger n’est pas détecté (absence de signes cliniques ou erreur diagnostique), sa présence chronique peut être masquée au sein d’un calcul pour lequel il sert alors de nidus. En effet, en provoquant des changements dans la composition de l’urine (concentration en minéraux, pH, introduction d’agents infectieux), il peut favoriser sa cristallisation [2, 3]. Dans une étude portant sur 182 cas de lithiase urinaire, le nidus de 0,25 % des échantillons était constitué par un corps étranger : morceaux de cathéter urinaire, poils, balles d’armes à feu, aiguilles et végétaux [1]. La détermination de la prévalence réelle des corps étrangers vésicaux, notamment végétaux, implique donc une analyse systématique du nidus des calculs des voies urinaires basses.

Les publications en médecine humaine rapportent des cas de corps étrangers intravésicaux asymptomatiques, parfois de grande taille. L’absence de signe clinique n’exclut donc pas leur présence.

Bien que le faible nombre de descriptions ne permette pas d’analyse statistique de facteurs prédisposants, dans une étude récente, les trois cas rapportés chez le chien concernaient des yorkshire terriers mâles, comme ici [2]. L’hypothèse avancée est que la petite taille de la race et la longueur de leur pelage prédisposeraient à la migration urétrale des épillets.

2. Pathogénie

La présence d’un corps étranger dans les voies urinaires peut survenir par différentes voies de migration. Pour les épillets, la migration par voie urétrale rétrograde est la seule supposée à ce jour selon les cas rapportés. Cette voie est en effet facilitée par la forme fuselée des épillets et la présence d’arêtes sur les glumes empêchant tout changement d’orientation (progression antérograde constante de l’épillet) [2, 3]. Dans le cas décrit, l’absence de lésion pariétale vésicale, d’inflammation périvésicale et l’orientation longitudinale de l’épillet dans la vessie témoignent de sa progression urétrale rétrograde. Plus rarement, la migration d’un corps étranger vers les voies urinaires peut s’effectuer par voie transvésicale (à partir d’un autre organe abdominal) ou transabdominale (à partir de la peau) [3]. La migration du corps étranger est souvent associée à l’introduction de bactéries dans le tractus urinaire, telles que Staphylococcus intermedius ou Enterococcus fecalis [2]. Cette contamination n’est cependant pas systématique, comme dans le cas décrit [2].

3. Apport de l’imagerie dans le diagnostic des corps étrangers végétaux

L’aspect échographique des épillets est généralement évocateur au sein des tissus mous, constitué par deux ou trois interfaces hyperéchogènes disposées en fuseau [4]. Cet aspect typique facilite leur recherche, ceinte notamment au cœur de trajets fistuleux et peut guider un retrait chirurgical [5]. La formation d’un cône d’ombre est occasionnelle car elle dépend de la taille de l’épillet, de sa densité et de son degré de dégradation [5]. L’aspect échographique des épillets dans les voies urinaires est généralement évocateur dans les cas aigus. Dans notre cas, six glumelles étaient visibles sous la forme d’interfaces hyperéchogènes. En revanche, dans les cas plus chroniques, la formation d’un calcul autour du corps étranger empêche sa détection. Dans une étude de cas, un épillet chronique a pris l’aspect d’une structure à centre hyperéchogène entouré d’une zone hypoéchogène, elle-même ceinte d’une zone hyperéchogène [2]. L’analyse a démontré un calcul de struvite autour d’un noyau végétal [2]. Dans les cas plus avancés, l’examen échographique ne permet que la détection d’une lithiase d’échogénicité homogène, et seule l’analyse du nidus permet le diagnostic étiologique [3]. Il convient donc d’inclure les corps étrangers végétaux dans le diagnostic différentiel des causes de lithiases vésicales.

Dans le cas décrit, l’échographie conduit à suspecter une pénétration partielle de la paroi vésicale au pôle cranial alors qu’aucune effraction n’a été mise en évidence lors de la cystotomie. Cette fausse image de pénétration a été décrite récemment dans un autre cas d’épillet vésical [2]. À chaque fois, une sonde de 8 MHz a été utilisée. Une sonde de plus haute fréquence aurait peut-être permis l’obtention d’images non équivoques de l’intégrité pariétale vésicale, en améliorant la résolution spatiale.

Dans certaines études, les autres techniques d’imagerie (radiographie, scanner, imagerie par résonance magnétique) ont montré une sensibilité moindre dans la détection des épillets au sein des tissus mous, par rapport à l’échographie qui constitue l’examen de choix [4, 5].

4. Traitement

Chirurgie

La contamination microbiologique naturelle d’un épillet peut engendrer une infection sur son trajet migratoire, avec un risque de dissémination. De plus, sa progression antérograde constante expose à un risque de perforation d’organes creux. Son retrait doit donc être réalisé au plus vite pour être curatif, mais sa localisation peut rendre ce geste délicat. Dans le cas des corps étrangers vésicaux, la cystotomie est la seule méthode de retrait décrite dans les publications vétérinaires.

En médecine humaine, l’utilisation d’une pince lors de cystoscopie transurétrale constitue la technique de choix, peu invasive, pour le retrait des corps étrangers vésicaux. L’urètre est en effet très dilatable. Cette technique est très peu accessible en médecine vétérinaire et n’a donc pas encore été décrite dans cette indication. En considérant les caractéristiques morphologiques des épillets (hautement adaptés pour une progression antérograde), leur structure compressible (facilitant un retrait peu traumatique par voie transurétrale) et la spaciosité potentielle de la vessie après dilatation (permettant une réorientation transvésicale atraumatique de l’épillet en direction du trigone vésical), la cystoscopie représenterait la technique de choix pour le retrait d’épillets vésicaux.

Antibiothérapie

La mise en place d’une antibiothérapie est justifiée par la présence d’un corps étranger non stérile. Elle doit être adaptée selon les résultats de l’antibiogramme.

5. Prévention

Pendant la période estivale, un examen attentif du pelage est recommandé après chaque promenade, notamment près de champs de céréales ou à proximité de broussailles. Une tonte des zones anatomiques les plus fréquemment touchées est conseillée (face ventrale des pavillons auriculaires chez les races à oreilles tombantes, espaces interdigités). Au vu des précédentes publications, une tonte de l’extrémité distale du fourreau peut être envisagée chez les races de petite taille à poils longs, notamment chez les yorkshire terriers.

Conclusion

Bien qu’étant une cause anecdotique de cystite, les corps étrangers végétaux doivent être inclus parmi les hypothèses étiologiques relativement peu nombreuses de cystite canine, particulièrement face à une cystite réfractaire au traitement, qu’elle soit stérile ou non.

  • 1– Brennan KE, Ihrke PJ. Grass awn migration in dogs and cats: a retrospective study of 182 cases. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1983;182(11):1201-1204
  • 2– Cherbinsky O, Westropp J, Tinga S et coll. Ultrasonographic features of grass awns in the urinary bladder. Vet. Radiol. Ultrasound. 2010;51(4):462-465.
  • 3– Del Angel-Caraza J, Pérez-García CC, Bende B et coll. Mouse barley awn (Hordeum murinum) migration induced cystolithiasis in 2 male dogs. Can. Vet. J. 2011;52(1):67-69.
  • 4– Gnudi G, Volta A, Bonazzi M, Gazzola M, Bertoni G. Ultrasonographic features of grass awn migration in the dog. Vet. Radiol. Ultrasound. 2005;46(5):423-426.
  • 5– Staudte KL, Hopper BJ, Gibson NR, Read RA. Use of ultrasonography to facilitate surgical removal of non-enteric foreign bodies in 17 dogs. J. Small Anim. Pract. 2004;45(8):395-400.

Points forts

→ La localisation intravésicale d’un corps étranger végétal est anecdotique, mais doit être incluse dans le diagnostic différentiel des cystites.

→ Parmi le peu de cas décrits à ce jour, les yorkshire terriers mâles représentent une forte proportion.

→ L’échographie est l’examen d’imagerie de choix pour la recherche d’épillets au sein de tissus mous.

→ L’aspect échographique est caractéristique lors de la phase aiguë, mais généralement non spécifique en cas de corps étranger chronique.

→ Le diagnostic différentiel des lithiases vésicales doit inclure les corps étrangers végétaux.

1. Coupe parasagittale de la vessie : multiples interfaces linéaires hyperéchogènes dans la lumière vésicale. Les curseurs délimitent la paroi vésicale.

2. Coupe parasagittale de la vessie : disposition en fuseau des interfaces et création d’un cône d’ombre dans sa partie craniale. Une pénétration pariétale au pôle cranial vésical est suspectée. Les curseurs délimitent le corps étranger.

3. Vue peropératoire du corps étranger vésical.

4. Vue postopératoire de l’épillet.

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