Le point Vétérinaire n° 307 du 01/07/2010
 

IMAGERIE DES NAC

Infos

FOCUS

Le furet se prête bien à l’échographie en raison du contraste intra-abdominal important qu’il présente. La sensibilité de cet examen varie en fonction des affections recherchées.

L’examen échographique du furet se pratique facilement par un abord ventral. Selon le caractère de l’animal, il se réalise indifféremment chez l’animal vigile ou anesthésié. Le furet est tondu sur la ligne blanche, du processus xiphoïde jusqu’à la symphyse pubienne. Les animaux peu coopératifs peuvent être soulevés par la peau du cou et maintenu en position verticale.

La sonde la mieux adaptée est une sonde linéaire de haute fréquence (12 à 18 MHz). Une sonde sectorielle peut également être utilisée. Elle a pour avantage de présenter une plus faible surface de contact, mais souvent pour inconvénient d’offrir une moins bonne résolution.

Appareil urinaire

• Les reins sont localisés sous la voûte lombaire. Le rein droit est, comme chez le chien, un peu plus cranial que le rein gauche. Ils sont entourés de graisse, surtout dans leur partie caudale. La sonde balaye la région de la voûte lombaire en coupe longitudinale. Le faisceau d’ultrasons se déplace latéralement et un balayage complet en coupe longitudinale est réalisé. Les reins mesurent environ 3 cm de long. Ensuite, la sonde pivote de 45° pour effectuer des coupes transversales et examiner les reins du pôle caudal au pôle cranial. Les images échographiques permettent d’examiner de l’extérieur vers l’intérieur : la capsule rénale, la corticale, qui est hypoéchogène (par rapport à la rate), la medulla, anéchogène, le bassinet et la graisse du bassinet, hyperéchogènes.

La structure échographique et la forme du rein sont très proches de ce qui est observé chez le chien.

Chez le furet, des kystes rénaux localisés dans la corticale sont fréquemment observés, en général sans répercussion clinique ou biochimique (photo 1).

• Les uretères ne sont pas visibles.

• La vessie est située sur le plan médian, cranialement à la symphyse pubienne. Elle présente un pôle cranial et un col caudal. Comme chez le chien et le chat, chez le furet, la paroi est formée de trois couches : la séreuse (hyperéchogène), la musculeuse (hypoéchogène) et la muqueuse (échogène). L’urine est anéchogène. L’examen s’effectue en coupe transversale en balayant du pôle vers le col, puis en coupe longitudinale latéralement à droite et à gauche afin de visualiser la totalité de la lumière vésicale. À la face dorsale de la vessie, l’aorte (au centre) et le départ des deux artères iliaques internes sont observés (en bas de l’image). Plus dorsalement, la zone hyperéchogène est le cône d’ombre du corps d’une vertèbre lombaire.

L’échographie est indiquée dans le diagnostic de maladies urinaires. La présence de calculs vésicaux se matérialise de la même façon que chez le chien ou le chat : ils se caractérisent par la visualisation d’une interface hyperéchogène suivie en aval d’un cône d’ombre. Une inversion d’échogénicité de la corticale et de la médullaire est notée lors de néphrite. La prostate peut être de taille augmentée et d’échogénicité très hétérogène lors de maladie surrénalienne.

Glandes surrénales

• Le furet possède deux glandes surrénales situées au pôle cranial des reins. Proportionnellement à la taille du furet, elles sont relativement grosses et souvent faciles à repérer à l’échographie. La glande surrénale droite se situe à proximité de la veine cave caudale, en avant du pôle cranial du rein droit. La sonde est placée le long de l’hypochondre droit. Un balayage latéral et à droite en direction de rein droit est réalisé. La glande surrénale gauche est un peu plus caudale, proche du rein gauche, entre son hile et son pôle cranial. La rate sert souvent de fenêtre acoustique, ce qui facilite son identification (photo 2 complémentaire sur www.WK-Vet.fr). Les mâles possèdent des glandes surrénales plus longues (en rapport avec la taille du corps). Les furets plus âgés et stérilisés présentent des surrénales plus grosses, environ 8 mm de long sur 4 mm de large et 3 mm d’épaisseur. Les glandes surrénales ont une forme en amande discrètement réniforme. La graisse, hyperéchogène, souligne leur hypoéchogénicité. Il convient de ne pas confondre la surrénale gauche et le nœud lymphatique mésentérique.

• La maladie surrénalienne est relativement fréquente chez les furets adultes stérilisés. La précocité de la stérilisation, l’absence de photopériodisme saisonnier ou encore une origine génétique sont les causes identifiées du développement de la maladie. Les signes cliniques observés sont une alopécie bilatérale symétrique débutant en régions dorso-lombaire et nucale, des retours en chaleurs chez la femelle avec une hypertrophie de la vulve, ainsi que des troubles urinaires chez le mâle associés à une hypertrophie de la prostate. Le diagnostic est clinique, échographique et, éventuellement, hormonal. Trois entités pathologiques sont décrites : l’hyperplasie simple, l’adénome surrénalien et l’adénocarcinome surrénalien. Elles peuvent se succéder dans le temps (photo 3).

• L’échographie permet de préciser la taille de la glande surrénale. La longueur, la largeur et l’épaisseur doivent être mesurées. L’épaisseur (diamètre dans le plan longitudinal de la glande) est le paramètre le plus sensible pour détecter une adrénomégalie. Une valeur seuil de 5,5 mm a été proposée pour être le maximum acceptable. L’âge du furet est à prendre en compte : plus l’animal est vieux, plus les glandes surrénales augmentent de taille. L’échographie est un examen sensible dans la détection des hyperplasies surrénaliennes. En revanche, en ce qui concerne la nature de la lésion, il convient d’être réservé. La distinction entre une hyperplasie simple, un adénome et un adénocarcinome s’effectue avant tout par un examen histopathologique à la suite de l’exérèse de la glande ou par ponction échoguidée. Une anomalie de forme ou une hétérogénéité de l’échostructure sont néanmoins susceptibles d’évoquer un adénome ou un adénocarcinome. L’envahissement de la veine cave caudale par la glande surrénale droite peut être visible à l’échographie. C’est un facteur pronostique péjoratif dans la mise en place d’un traitement efficace. Un bilan d’extension abdominal échographique est indispensable en présence d’une maladie surrénalienne. Le foie peut être le siège de métastases. Une splénomégalie est souvent constatée. D’autres affections peuvent être associées : insulinome, lymphome, kystes rénaux. Une prostatomégalie entraînant une dysurie est décrite chez le mâle atteint de maladie surrénalienne.

Nœuds lymphatiques et rate

• Le nœud lymphatique (NL) mésentérique est de grosse taille chez tous les mustélidés : de 10 à 14 mm de long et de 4 à 8 mm de large. Il est situé dans la graisse mésentérique à la jonction des veines mésentériques cranial et caudal. Quelques petits NL additionnels, qui mesurent environ 3 mm, sont observés dans la graisse mésentérique. Il convient de ne pas les confondre avec des nodules pancréatiques.

La sonde est placée ventralement en coupe longitudinale ou transversale. L’aspect échographique est proche de celui qui est observé chez le chien et le chat : les NL sont bien délimités, homogènes et plutôt hypoéchogènes par rapport à la graisse environnante. Un halo hypoéchogène est parfois observé à la périphérie. La rate est située à gauche le long de la grande courbure de l’estomac. Son échogénicité est comparable à celle des carnivores domestiques.

• Chez le furet, les nœuds lymphatiques et la rate sont particulièrement réactionnels. Un processus pathologique généralisé peut s’accompagner d’une lymphadénomégalie et d’une splénomégalie, à ne pas confondre avec un processus tumoral primaire. Lors d’hypertrophie de la rate, il convient de faire attention à ne pas établir de diagnostic de lymphome par excès. Seule l’analyse histopathologique ou cytologique permet de confirmer une origine tumorale. De plus, le NL mésentérique est particulièrement réactionnel en cas d’entérite catarrhale épizootique et c’est sa ponction échoguidée qui oriente le diagnostic (photo 4 complémentaire sur www.WK-Vet.fr). De même, il convient de ne pas confondre un NL avec des nodules pancréatiques lors d’insulinome. Généralement, les insulinomes sont de petite taille, enchâssés dans le parenchyme pancréatique, et les nœuds lymphatiques situés dans la région pancréatique peuvent être discernés par leur taille souvent plus grande et la graisse hyperéchogène qui les entoure lors de phénomène réactionnel (stéatite), très fréquent chez le furet.

Appareil digestif

La fréquence élevée des corps étrangers digestifs dans cette espèce fait de l’échographie un outil diagnostique de grand intérêt. L’aspect échographique normal du tractus digestif est identique à celui des autres carnivores domestiques, mais n’est réellement accessible qu’à l’aide de sondes de très haute fréquence (15 à 20 MHz) en raison de la faible épaisseur des structures. La présence de corps étrangers peut se manifester par la visualisation d’une ombre acoustique et/ou la présence d’une stase digestive : accumulation de liquide en amont et arrêt du péristaltisme. Une adénomégalie mésentérique est très souvent observée en cas de troubles digestifs. Le foie du furet présente les mêmes caractéristiques échographiques que celui des carnivores domestiques. Il doit être systématiquement exploré dans le cadre des bilans d’extension de la maladie surrénalienne, de l’insulinome ou du lymphome car il peut être le siège de métastases.

Pancréas

• Le pancréas est un organe difficile à visualiser car son échogénicité est peu différente de celle de la graisse qui l’entoure. La principale maladie rencontrée chez le furet est l’insulinome. C’est un processus tumoral, généralement cancéreux (métastases tardives dans le foie, la rate, les nœuds lymphatiques), qui touche les furets à partir de l’âge de 4 ans. Il se caractérise par des épisodes d’hypoglycémie entraînant une ataxie postérieure, un ptyalisme, des convulsions et un coma. Les cellules Β des îlots de Langerhans synthétisent de façon autonome des vagues d’insuline. Le diagnostic est avant tout clinique et biochimique (courbe de glycémie sur une journée).

• L’échographie permet de le compléter en recherchant des nodules à l’intérieur du pancréas. Toutefois, il convient d’être prudent lors de l’interprétation des images car cet examen est moyennement sensible pour le diagnostic de l’insulinome. Selon certains auteurs, seul 1 furet sur 4 atteints d’insulinome présente un nodule pancréatique détectable à l’échographie. De nombreux nodules sont trop petits pour être identifiés.

Cœur

Chez le furet, l’échocardiographie requiert dans la majorité des cas une anesthésie, si le praticien souhaite procéder à un examen précis et aux mesures nécessaires. Elle fait appel aux mêmes principes que chez le chien ou le chat. Les différentes coupes, mode Doppler ou temps-mouvement sont utilisables afin de diagnostiquer les principales anomalies cardiaques décrites chez le furet, comme les cardiomyopathies hypertrophiques ou dilatées et les affections valvulaires. Face à la difficulté de mise en œuvre de cette procédure, une radiographie permet en première intention de détecter une cardiomégalie ou une insuffisance cardiaque congestive.

De nombreuses maladies peuvent être diagnostiquées par cet examen d’imagerie. Cependant, il convient de se méfier des interprétations abusives, notamment lors de suspicion de lymphome (diagnostic par excès).

Image échographique d’un kyste rénal.

Une hypertrophie de la glande surrénale gauche d’un furet suspect de maladie surrénalienne est notée à l’examen échographique. Sur g : glande surrénale gauche.